Abdou Fall, Babacar Gaye et Abdou Khafor Touré : réhabiliter la pensée dans un débat public gagné par le vacarme

Nous avons suivi avec intérêt et déférence le débat instructif porté par nos respectables concitoyens Abdou Fall, Babacar Gaye et Abdou Khafor Touré.
Cette initiative a eu le mérite de nous extraire, ne serait-ce qu’un instant, des débats de personnes, souvent stériles et finalement vides de sens, qui empestent le paysage politique sénégalais depuis plus de quatre ans.
Une véritable relique d’un débat politique nauséabond, à tel point que nombre de nos esprits les plus brillants ont préféré garder le silence, laissant progressivement le champ libre à la médiocrité. Des voix qui, dans un Sénégal normal, n’auraient probablement jamais eu l’outrecuidance de squatter le débat public, encore moins d’en occuper durablement l’espace, se sont imposées.
Ces gens fulminent désormais de toutes parts. Sous le label, souvent autoproclamé, de « chroniqueurs », ils prétendent parler de tout et sur tout. Sans connaissance avérée, sans expertise reconnue et parfois sans même la moindre profondeur analytique, ils s’érigent, de manière aussi spectaculaire que douteuse, en donneurs de leçons, en météorologues de la politique et en censeurs des consciences.
Le plus préoccupant n’est peut-être même pas leur présence dans le débat. C’est la démission progressive de ceux qui, par leur compétence, leur expérience et leur culture politique, auraient dû naturellement occuper cet espace.
Les politiques expérimentés, les universitaires, les économistes, les juristes, les diplomates, les ingénieurs, les entrepreneurs, les syndicalistes, les intellectuels et, plus largement, tous ceux qui disposent d’une expérience réelle de l’État et de la société doivent réinvestir l’espace public.
Il faut remettre la compétence au centre du débat.
À ce titre, les prises de parole de ces trois figures respectées et, surtout, reconnues pour leur connaissance des affaires publiques, ne peuvent qu’enrichir la qualité du débat national.
Il est temps que les acteurs politiques, les sachants de tous horizons, les universitaires, les techniciens et les experts reconnus reprennent la parole et réinvestissent pleinement la place qui doit être la leur dans le débat public.
Pour ma part, je ne partage pas nécessairement l’ensemble des thèses développées par nos trois concitoyens. Mais je leur tire mon chapeau pour avoir fait l’effort de déplacer le débat, de l’élever et de le recentrer sur des perspectives autrement plus sérieuses.
Il est évident que chacun a, à sa manière, prêché depuis la chapelle de son jardin libéral. C’est, après tout, parfaitement légitime. La gauche, qui a historiquement joué un rôle fondamental dans les grandes évolutions politiques de notre pays, aura certainement sa réponse et sa propre lecture.
Et c’est précisément cela que nous devons retrouver : la confrontation des idées plutôt que celle des personnes ; la contradiction féconde plutôt que l’invective ; l’expertise plutôt que la posture ; la pensée plutôt que le bruit.
Il faut surtout sortir de cette étrange conception de la politique où l’on considère le nombre de passages dans les médias ou la capacité à produire quotidiennement du bruit confèrent automatiquement une expertise.
Le Sénégal mérite mieux que le vacarme permanent des certitudes sans fondement.
Le courant libéral a parlé.
La gauche, qui a historiquement contribué à structurer une partie essentielle de la pensée politique sénégalaise, devra à son tour produire sa lecture, ses arguments et ses propositions.
Ceci n’était qu’une modeste appréciation.
Respect, Messieurs.

Bara Diouf
Citoyen sénégalais

Saër DIAL

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