Dans le cadre de son enquête sur les Sénégalais condamnés au Maroc pour trafic de migrants, Libération recueille le témoignage d’El Hadji Maguette Guèye. Condamné à dix ans de prison, il décrit des conditions de détention qu’il juge particulièrement difficiles et appelle à la mise en œuvre du mécanisme permettant le transfert de certains détenus sénégalais vers leur pays.
La voix tremblante, El Hadji Maguette Guèye raconte les difficultés auxquelles il dit être confronté depuis son incarcération au Maroc. Condamné à dix ans de prison pour trafic de migrants, le Sénégalais explique avoir déjà purgé près de trois ans et cinq mois de sa peine.
Selon le témoignage rapporté par Libération, El Hadji Maguette Guèye affirme être arrivé au Maroc en décembre 2022 avant son arrestation. Il indique avoir passé plusieurs jours en mer avec d’autres personnes avant leur interpellation, puis leur placement en détention.
« Ce que nous vivons est très dur, c’est vraiment pénible », témoigne-t-il, exprimant son souhait de pouvoir rentrer au Sénégal. Il décrit notamment ses conditions de détention dans une cellule où il affirme être le seul Sénégalais et le seul détenu noir parmi plusieurs Marocains.
La question de la langue constitue, selon lui, une difficulté supplémentaire. Il explique que la communication avec les responsables pénitentiaires serait compliquée lorsqu’il s’exprime en français et qu’il doit parfois recourir à l’aide d’un autre détenu noir parlant arabe pour se faire comprendre.
Le détenu évoque également des tensions quotidiennes et des difficultés financières liées au coût de la nourriture. Il affirme qu’une somme de 50 000 francs CFA envoyée par sa famille ne lui permettrait de tenir qu’une vingtaine de jours.
Une convention de transfert évoquée
El Hadji Maguette Guèye rappelle par ailleurs l’existence d’une convention entre le Sénégal et le Maroc, signée en mars 2025, qui permettrait le transfert de certains citoyens sénégalais détenus au Maroc vers des établissements pénitentiaires au Sénégal.
D’après son témoignage rapporté par Libération, les détenus concernés ont réclamé l’application de ce mécanisme. Le Maroc aurait publié en juin 2025 une liste de 57 personnes susceptibles de bénéficier d’un transfert, sur laquelle son nom figurerait.
Mais, selon lui, aucune suite concrète ne leur aurait encore été communiquée concernant ce transfert.
Son témoignage intervient alors que Libération poursuit son enquête sur les Sénégalais condamnés à de lourdes peines au Maroc pour trafic de migrants et sur leurs conditions de détention.

