Les symboliques d’une nation ne sont pas de simples dessins : ils sont la mémoire de son peuple , l’écho de sa culture et le reflet de son âme.
» Ku wath sa ànde, ánde boo dem fek fa boroom mu took »
Par Monsieur Serigne Habib Ndaw – En politique, les symboles ne sont jamais neutres. Un nom, un emblème ou un logo ne relèvent pas du seul exercice de communication : ils traduisent une vision, incarnent une identité et cherchent à susciter l’adhésion. C’est pourquoi il est naturel que le choix du nom et de l ‘identité visuelle du parti KIIRAAY fasse aujourd’hui l ‘objet d’analyses et de débats.
Le terme » Kiiraay » , en ouolof, peut être appréhendé de différentes manières selon les usages, les sensibilités et les contextes. Cette pluralité d’interprétations constitue une richesse linguistique. En communication politique, toutefois, certains spécialistes estiment qu’un message gagne en efficacité lorsqu’il laisse le moins de place possible aux ambiguïtés.
Le logo lui-même mérite également réflexion. Son élément central est un parapluie, vraisemblablement choisi pour symboliser la protection, le rassemblement ou la solidarité. Cette lecture est parfaitement recevable. Mais, comme tout symbole , il reste ouvert à d’autres interprétations.
Dans l’imaginaire collectif, un parapluie est un objet qui protège des intempéries ordinaires, mais dont l’efficacité trouve rapidement ses limites face à des conditions climatiques extrêmes. Sous un vent violent, il peut se retourner, se détériorer ou devenir inopérant. Dès lors, certains observateurs pourraient s’interroger sur la pertinence d’un tel symbole pour représenter les valeurs de stabilité, de solidité, la force, la résilience et la pérennité que l ‘on associe à l’exercice du pouvoir.
D’autres pourraient également relever que la forme même du parapluie, notamment sa pointe orientée vers le ciel, peut susciter des lectures symboliques diverses. Certains pourraient même y voir une image rappelant le risque d’attirer la foudre . Il ne s’agit évidemment pas de prêter une quelconque intention aux concepteurs du logo , mais simplement de rappeler qu ‘en matière de communication visuelle, un symbole appartient toujours au regard de celui qui l’observe qu ‘a celui qui l’a imaginé.
Au delà de sa signification universelle, une autre interrogation peut être formulée. Le parapluie est certes un objet quotidien, connu de tous, mais il n’apparaît pas, à la différence de nombreux autres symboles, comme un marqueur fort de l’imaginaire culturel sénégalais ou africain.
Dans nos traditions, la protection est davantage incarnée par des symboles de force, de permanence et d’enracinement que par un objet conçu pour répondre aux aléas passagers du climat.
L’identité visuelle semble, par ailleurs, réunir plusieurs éléments forts : la carte du Sénégal, une main, un parapluie, une couronne de l ‘auriers et une typographie affirmée. Chacun possède une portée symbolique. Leur combinaison témoigne d’une volonté de transmettre plusieurs messages simultanément. Certains professionnels du design estiment néanmoins que les identités visuelles les plus marquantes reposent souvent sur une plus grande simplicité graphique, facilitant leur mémorisation et leur reconnaissance.
Un autre élément mérite également réflexion : la couronne de lauriers. Héritée des traditions gréco-romaines puis largement diffusée dans la culture occidentale, elle évoque la victoire, le mérite et le triomphe. Cette symbolique est connue et respectable.
Toutefois, on peut légitimement se demander si elle constitue le signe le plus représentatif de notre héritage culturel sénégalais et africain.
Notre pays regorge de symboles, de valeurs et de références puisés dans nos traditions, notre histoire et nos civilisations. Le recours à un emblème davantage enraciné dans notre patrimoine culturel aurait peut-être permis d’affirmer une identité visuelle plus singulière et plus immédiatement identifiable par les Sénégalais : le baobab, arbre de la sagesse et de l ‘enracinement ; l’arbre à palabres, lieu du dialogue et de la recherche du consensus ; la calebasse, symbole du partage ; le tam-tam, instrument de rassemblement ; la kora, porteuse de mémoire ; sans oublier les valeurs de JOM, de KERSA, de NGOR, de SUTURA ou encore de TEGGIN, qui constituent l’une des plus belles expressions de notre identité collective.
Cette observation ne remet nullement en cause la valeur universelle de la couronne de lauriers. Elle invite simplement à réfléchir à la place que pourraient occuper, dans notre communication politique, des symboles qui parlent d’abord de nous-mêmes, de notre histoire, de nos cultures et de nos références propres.
Ces observations ne constituent ni un jugement de valeur sur le parti KIIRAAY ni une remise en cause de ses dirigeants. Elles participent au débat légitime sur la communication politique, domaine où chaque choix graphique est susceptible d’être interprété, discuté et apprécié différemment par les citoyens.
Au fond, la véritable question n’est peut-être pas de savoir si ce logo est » réussi » ou » raté » . Elle est de déterminer s ‘il exprime, avec suffisamment de clarté et de force, les valeurs qu’il entend incarner.
En démocratie, les idées se confrontent . Les symboles aussi. Et lorsqu’un logo suscite le débat, il rappelle qu ‘en politique , la forme est souvent le premier langage du fond .
Monsieur
Serigne Habib Ndaw
Patriote Octogénaire Engagé
Au Service De La Nation
Dakar, Le 30 Juillet 2026

