LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA SENELEC

Monsieur le Directeur général,

L’électricité n’est pas un simple confort. Elle est devenue une nécessité vitale, un droit d’usage quotidien, une condition de dignité et, dans bien des situations, une question de vie ou de mort.

Depuis quelque temps, notre pays fait face à des perturbations dans la fourniture de l’électricité dont les conséquences dépassent largement le simple désagrément domestique.

Derrière chaque coupure, il y’a une famille, un malade, un étudiant, un commerçant, un artisan, un détenu, un enfant, parfois même une urgence médicale.

Monsieur le Directeur général,

Je ne vous écris ni pour vous accabler, ni pour rechercher un responsable à désigner.

Je vous écris parce qu’à la tête de Senelec, vous êtes aujourd’hui l’un des principaux visages d’une question qui touche directement la vie quotidienne de millions de Sénégalais.

Alors, permettez-moi de vous poser quelques questions, simplement, humainement, mais avec toute la gravité qu’elles méritent.

Avez-vous pensé à nos enfants dans les internats, particulièrement à ces jeunes venus de l’étranger qui découvrent notre pays, notre climat et parfois même notre langue ? Comment peuvent-ils supporter, dans des dortoirs souvent exigus, une chaleur accablante lorsqu’à l’absence de climatisation s’ajoute celle de la ventilation et de l’électricité ?

Avez-vous pensé aux malades hospitalisés dans nos structures sanitaires les plus modestes ? À ceux qui n’ont déjà pas les moyens de régler leurs frais d’hospitalisation, leurs ordonnances ou leurs examens ? À ceux dont la prise en charge médicale dépend directement d’équipements qui nécessitent une alimentation électrique permanente ? Que devient un malade lorsque le courant s’interrompt au moment où la médecine a besoin de fonctionner sans interruption ?

Avez-vous pensé aux personnes âgées, aux nourrissons et aux personnes particulièrement vulnérables ? Comment une famille peut-elle protéger un bébé, une personne âgée ou un malade lorsqu’une chambre devient, pendant plusieurs heures, une véritable étuve ?

Avez-vous pensé aux détenus, privés de leur liberté, qu’ils soient détenus à tort ou à raison, qui vivent eux aussi sous cette chaleur accablante ? La privation de liberté ne doit-elle pas, malgré tout, préserver la dignité humaine ?

Avez-vous pensé au Sénégalais lambda qui peine déjà à payer son loyer, ses factures et la nourriture de sa famille, et qui se retrouve parfois avec son épouse et ses enfants dans une seule pièce ? Que lui reste-t-il lorsque même la possibilité de se rafraîchir ou de conserver correctement ses aliments lui est retirée ?

Avez-vous pensé aux petits commerçants, aux boulangers, aux restaurateurs, aux tailleurs, aux coiffeurs, aux soudeurs, aux artisans et à tous ceux dont l’activité dépend directement de l’électricité ? Combien d’heures de travail perdues ? Combien de revenus disparus ? Combien de petits entrepreneurs voient leurs efforts anéantis par une interruption qu’ils ne peuvent ni prévoir ni maîtriser ?

Avez-vous pensé aux familles qui voient leurs réfrigérateurs, congélateurs, téléviseurs, climatiseurs, ordinateurs et autres appareils électroménagers subir des dommages à la suite des coupures et des variations de tension ? Qui indemnisera ces familles déjà éprouvées par la cherté de la vie ?

Avez-vous pensé aux étudiants qui doivent préparer leurs examens, aux élèves qui doivent réviser leurs leçons et aux travailleurs qui doivent poursuivre leurs activités jusque tard dans la nuit ? Comment demander à notre jeunesse de produire, d’étudier et d’exceller lorsque les conditions élémentaires de travail deviennent difficiles ?

Avez-vous pensé aux femmes qui doivent conserver les aliments de leur ménage, aux restauratrices qui vivent de leur petit commerce et aux familles qui ne peuvent pas se permettre de perdre en quelques heures ce qu’elles ont acheté avec tant de sacrifices ?

Et surtout, avons-nous le droit de considérer ces difficultés comme une simple fatalité ?

Monsieur le Directeur général,

Senelec est une entreprise stratégique pour notre pays. Son propre discours institutionnel rappelle que la sécurisation de l’approvisionnement énergétique et l’excellence opérationnelle figurent parmi ses priorités.

Je ne rejette donc pas sur vous, personnellement, la responsabilité de toutes les difficultés du système électrique national. Je vous demande simplement de regarder la réalité en face et de contribuer, avec l’ensemble des autorités compétentes, à apporter des réponses durables.

Ne serait-il pas temps de dépasser les solutions provisoires pour rechercher une réponse structurelle et définitive ?

Ne faudrait-il pas réunir autour d’une même table le Gouvernement, les techniciens, les acteurs du secteur énergétique et les partenaires concernés afin d’établir un véritable plan d’urgence et de sécurisation durable de l’électricité ?

Ne faudrait-il pas faire de la continuité du service électrique une priorité nationale absolue, particulièrement à l’approche des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026, qui accueilleront la jeunesse du monde au Sénégal ?

Notre pays s’apprête à accueillir le premier événement olympique organisé sur le sol africain. Nous voulons montrer au monde notre hospitalité, notre savoir-faire, notre Teranga et notre capacité à relever de grands défis.

Pouvons-nous accueillir le monde tout en laissant nos propres populations subir quotidiennement les conséquences de l’instabilité électrique ?

Quel Sénégal voulons-nous présenter au monde si, au même moment, certains de nos compatriotes ne peuvent même pas dormir convenablement chez eux faute d’électricité ?

La question mérite d’être posée à chacun de ceux qui exercent une responsabilité publique.

– Car les fonctions passent ;
– Les titres passent ;
– Les privilèges passent ;
– Mais les actes demeurent.

Monsieur le Directeur général,

Alors, plutôt que de chercher à savoir qui sera tenu responsable demain, travaillons dès aujourd’hui à ce que demain n’ait plus besoin de chercher un responsable.

Que les plus Hautes Autorités de l’État puissent convoquer, dans les meilleurs délais, un Conseil interministériel consacré exclusivement à la situation énergétique, afin d’arrêter des mesures immédiates, mais surtout une stratégie durable de sécurisation de notre système électrique.

À l’approche des JOJ Dakar 2026, mais surtout à l’approche des défis économiques et sociaux qui attendent notre pays, le Sénégal mérite une électricité stable, fiable et accessible.

Ce n’est pas une revendication politique.
Ce n’est pas une attaque contre Senelec.
C’est simplement le cri d’un citoyen qui refuse de considérer comme normale une situation qui affecte la vie quotidienne de ses compatriotes.

Monsieur le Directeur général, l’histoire retiendra moins les difficultés que vous aurez rencontrées que les solutions que vous aurez contribué à leur apporter.

À vous donc de transformer cette épreuve en opportunité et de faire en sorte que votre passage à la tête de la Senelec soit associé, demain, à une avancée durable pour le Sénégal.

Le Sénégal nous appartient à tous.
Son avenir également.

Avec toute ma gratitude et ma reconnaissance.

Dr. Mohamed Diallo
Ancien Ministre
Président de la Coalition Natangué Askan Wi

Saër DIAL

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Saër DIAL

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