JOJ 2026 : Dakar peut se nettoyer sans chasser l’étranger (Boubacar Seye)

À l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, les autorités sénégalaises ont parfaitement le droit  et même le devoir  de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité, la salubrité, la circulation et la bonne organisation de cet événement international.

 

Mais une question essentielle mérite d’être posée : dans quelle mesure ces opérations de déguerpissement et de sécurisation peuvent-elles être conduites sans porter atteinte à la dignité des personnes et sans créer un sentiment de stigmatisation à l’égard des étrangers ?

 

Horizon Sans Frontières considère qu’il faut faire une distinction fondamentale entre la lutte contre l’occupation anarchique de l’espace public et le ciblage d’une communauté en fonction de sa nationalité.

 

Lorsqu’une personne, quelle que soit sa nationalité, occupe illégalement l’espace public, exerce une activité sans autorisation ou commet une infraction, les autorités doivent naturellement intervenir. Mais cette intervention doit être fondée sur des faits précis, des procédures régulières et les mêmes règles pour tous, et non sur l’origine ou la nationalité de la personne.

 

Ne pas confondre immigration irrégulière et délinquance !

 

Nous refusons une confusion dangereuse : un étranger en situation irrégulière n’est pas nécessairement un délinquant, pas plus qu’un Sénégalais en situation régulière ne serait automatiquement irréprochable.

 

La situation administrative d’une personne et la commission éventuelle d’une infraction sont deux questions distinctes.

 

S’il existe des personnes en situation irrégulière, l’État dispose de procédures administratives et judiciaires pour traiter leur situation. Mais ces procédures doivent être individuelles, transparentes et respectueuses des droits fondamentaux.

 

Une responsabilité particulière envers ceux qui fuient la guerre !

 

Il existe également une dimension fondamentale que nous ne pouvons pas ignorer : celle des migrations forcées.

 

Tous les étrangers présents au Sénégal ne sont pas dans la même situation. Certains sont des travailleurs, des commerçants, des étudiants ou des membres de familles installées depuis plusieurs années. Mais d’autres ont été contraints de quitter leur pays en raison de guerres, de conflits armés, de persécutions ou de graves menaces contre leur vie et leur sécurité.

 

Cette réalité est particulièrement importante dans le contexte actuel du Sahel. Une partie importante des populations déplacées dans notre région provient de pays confrontés à des conflits et à une insécurité persistante. Pour ces personnes, le déplacement n’est pas toujours un choix économique : c’est parfois une question de survie.

 

Le Sénégal, en tant qu’État partie à la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, ainsi qu’à des instruments africains de protection des réfugiés, a une responsabilité juridique, mais aussi un devoir moral et humanitaire, envers les personnes qui cherchent protection contre les persécutions et les violences.

 

Le principe de non-refoulement, qui constitue un principe fondamental de la protection internationale des réfugiés, commande notamment de ne pas renvoyer une personne vers un territoire où sa vie ou sa liberté serait menacées.

Les autorités doivent éviter  également  veiller  à ne pas tomber dans le piège de certains prétendus nationalistes  et identitaires sans véritables  projet, ni idéologie, qui tentent d’imposer le rejet de l’autre comme réponse  aux difficultés de notre société

C’est pourquoi Horizon Sans Frontières appelle à une vigilance particulière dans toute opération de contrôle ou d’interpellation concernant des ressortissants étrangers.

 

Avant de considérer une personne uniquement comme un migrant irrégulier, il faut pouvoir déterminer si elle est potentiellement une personne ayant besoin d’une protection internationale.

 

Cette distinction est fondamentale.

 

La téranga ne doit pas devenir un simple slogan

 

Le Sénégal est une terre d’accueil. Sa réputation internationale repose notamment sur cette fameuse téranga, cette longue tradition, d’accueil, d’hospitalité  et de respect de l’étranger.

 

Boubacar Seye

Chercheur – consultant en migrations internationales

President d’Horizon Sans Frontières

webmaster

Author

webmaster

Up Next

Related Posts