Sénégal : Et Si Notre Véritable Urgence Était De Retrouver Nos Valeurs ?
Des vidéos circulant récemment sur les réseaux sociaux présentent le Japon comme le symbole d’une société profondément attachée à l’honnêteté à la discipline, au respect du bien commun et au sens de la responsabilité.
Certaines anecdotes relayées sont vraies, d’autres sont exagérées ou fosses.
Mais elles doivent malgré tout provoquer chez nous une interrogation beaucoup plus importan-te :
Pourquoi sommes nous si prompts à admirer chez les autres des valeurs que nos propres ancêtres nous ont enseignées ?
Car le Sénégal n’a pas attendu le Japon pour connaître le sens de l’honneur.
Nous Sommes Les Héritiers D’une Histoire De Dignité
Cheikh Ahmadou Bamba a opposé à l ‘épreuve la foi, le savoir, le travail, la discipline et une résis-tance spirituelle.
Ndaté Yalla Mbodji a défendu la souveraineté du waalo.
Lat Dior Ngoné Latyr Diop est mort à Dékheulé après avoir résisté à la pénétration coloniale .
Alboury Ndiaye a défendu l’indépendance du Djolof.
Maba Diakhou Bâ , Mamadou Lamine Dramé et Abdoul Bocar Kane ont marqué l’histoire des résistances de leur époque.
Aline Sitoé Diatta a connu l’arrestation et la déportation.
Cheikh Anta Diop a consacré une part essentielle de son œuvre à rendre aux Africains la maîtrise intellectuelle de leur propre histoire.
Et comment ne pas évoquer le Président Mamadou Dia ?
Président du conseil au moment où se construisait le Sénégal indépendant, Mamadou Dia défendit une vision exigeante de l ‘État, du développement et de la souveraineté économique. La crise politique de 1962 qui l’opposa au Président Léopold Sédar Senghor demeure un épisode majeur et controversé de notre histoire politique. Arrêté, condamné puis emprisonné pendant plus de onze années avant d’être gracié en 1974, il continua après sa libération à défendre ses convictions et à participer au débat public.
Quelles que soient les lectures historiques de cette crise, son parcours rappelle une dimension essentielle de notre réflexion : la fidélité à des convictions peut avoir un prix personnel considérable .
Ces femmes et ces hommes appartiennent à des époques différentes. Ils n’avaient ni les mêmes responsabilités, ni les mêmes méthodes, ni nécessairement les mêmes conceptions de la société.
Mais leurs parcours nous rappellent une chose :
il existe des moments où l’intérêt personnel doit savoir s’effacer devant une conviction, une responsabilité ou une certaine idée de la dignité.
C’est aussi cela que signifient pour nous :
Jom – Ngor- Kersa – Fulla – Fayda – Fit Sutura – Muugn……
Voilà le véritable héritage.
Un Pays Ne S’effondre Pas Seulement Par Manque D’argent
Il peut aussi s’affaiblir lorsque certaines petites renonciations deviennent ordinaires.
Lorsque mentir ne dérange plus.
Lorsque tricher devient de la débrouillardise.
Lorsque détourner le bien commun devient une occasion à saisir.
Lorsque salir la rue devient l’affaire de celui qui viendra balayer.
Lorsque l’indiscipline routière devient normale.
Lorsque la parole donnée ne vaut plus engagement.
Lorsque l’enrichissement rapide devient plus admirable que le travail patient.
Lorsque celui qui refuse de tricher passe pour un naîf.
Alors le danger n’est plus seulement économique. Il devient moral et civique.
Et aucune croissance du PIB ne peut, à elle seule, réparer cela.
Retrouvons Nos Mots.Surtout, Retrouvons Ce Qu ‘Ils Exigent.
Jom : cette dignité intérieure qui nous empêche de nous abaisser.
Kersa : la retenue, la pudeur et le respect d’autrui.
Ngor : l’honneur, la droiture et la fidélité à la parole donnée.
Fulla : la personnalité, la maîtrise de soi et la constance.
Fayda : la valeur d ‘une personne dont les actes donnent du poids aux paroles.
Fit : le courage de rester debout lorsque défendre ses principes devient difficile.
Sutura : la pudeur, la discrétion, la dignité et la préservation de l ‘honneur d’autrui.
Mun̈ : patience, endurance, persévérance, et capacité à supporter l’épreuve sans abandonner.
Ces mots ne doivent pas finir dans les dictionnaires, les proverbes et les discours de cérémonie.
Ils doivent redescendre dans la rue.
Dans nos familles.
Dans nos écoles.
Dans l’administration.
Dans les marchés.
Dans les entreprises.
Dans les transports.
Dans les médias.
Dans les lieux de culte.
Dans les réseaux sociaux.
Et jusque dans l’exercice des plus hautes responsabilités.
Le Patriotisme Commence Là Où Personne Ne Nous Regarde
Être patriote, ce n’est pas seulement aimer le drapeau ou chanter l’hymne national .
C’est aussi respecter le bien public.
C’est refuser la corruption.
C’est travailler consciencieusement.
C’est respecter une file d’attente.
C’est ne pas jeter des déchets dans la rue.
C’est ne pas tromper son client.
C’est respecter l’heure et la parole donnée.
C’est reconnaître son erreur lorsqu’on s’est trompé.
C’est accomplir son devoir même lorsque personne ne peut nous sanctionner.
Le Sénégal que nous réclamons aux autres doit commencer par le Sénégal que chacun construit autour de lui.
Assez De Nostalgie : Passons À La Transmission
Nous répétons souvent :
» Autrefois, il y avait plus de JOM . »
Mais à quoi sert regretter les valeurs de nos ancetres si nous ne les transmettons pas à nos enfants ?
Je lance une idée simple :
Sénégal Du Jum – La Dignité Commence Par Moi.
Faisons-en une véritable mobilisation nationale.
Que chaque école consacre régulièrement un moment au civisme et aux valeurs Sénégalaises.
Que chaque administration affiche une charte du service au citoyen .
Que les médias consacrent des émissions aux comportements exemplaires plutôt qu’aux seuls scandales.
Que les collectivités organisent des journées citoyennes.
Que nos guides religieux, éducateurs, artistes, sportifs, intellectuels et influenceurs portent ensemble ce message.
Et surtout, que chacun commence sans attendre l’Ètat.
Le Sénégal N’a Pas Besoin De Devenir Le Japon
Il doit apprendre des réussites des autres peuples, certes.
Mais il doit surtout se retrouver lui-même.
Nous avons une histoire.
Nous avons une culture.
Nous avons des références .
Nous avons des valeurs.
Ce qui nous manque parfois, c’est la volonté quotidienne de les transformer en comportements .
Alors cessons de demander uniquement :
Que Fait L’état ?
Demandons-nous aussi :
Que faisons-nous de notre côté ?
Et cessons d’attendre qu’un autre commence.
Je Commence Par Moi.
Je respecte le bien commun.
Je refuse de tricher.
Je respecte la parole.
Je protège mon quartier .
Je respecte mon prochain.
Je fais correctement mon travail .
Je transmais le JOM à mes enfants.
Parce que le renaissance d’un pays ne commence pas toujours dans un palais présidentiel ou dans un ministère.
Elle peut commencer dans une maison, une école, un atelier, un marché, un bureau, un car rapide, une rue de Dakar ou un village du Sénégal.
Et lorsque des millions de petites dignités individuelles se rejoignent, elles deviennent une force nationale.
Sénégalais, Nous N’avons Pas À Inventer Notre Dignité.
Nous Avons À La Réveiller.
Retrouvons le Jom.
Retrouvons le Ngor.
Retrouvons la Kersa.
Retrouvons le Fulla .
Retrouvons le Fayda .
Retrouvons le Fit.
Retrouvons la Sutura.
Retrouvons le Mûn .
Et transmettons-les à ceux qui viendront après nous.
Parce qu’une nation qui perd ses valeurs peut encore posséder un territoire.
Mais elle risque de perdre progressivement ce qui fait d’elle un peuple.
Le redressement du Sénégal commence aussi par chacun de nous.
Monsieur
Serigne Habib Ndaw Patriote
Octogénaire Engagé Au Service De La Nation .
Mail . ndaw.habib45@gmail.com
Le 24 Septembre 2026

