Développement territorial, service civique, exemplarité de l’Etat et responsabilité citoyenne : les quatre piliers d’un redressement national durable.
» L’éducation est le meilleur rempart contre le désordre, et le civisme en est la plus belle expression »
Mes deux récente tribunes consacrées à l ‘anarchie urbaine qui gangrène Dakar, puis au civisme comme fondement de toute nation forte, ont suscité de nombreuses réactions. Plusieurs d’entre elles méritent d’être saluées pour leur qualité.
Je tiens, à cet égard, à exprimer ma profonde gratitude à mon jeune frère et ami, Mouhamadou Lamine Thiam, Expert en Développement International et Business Management, dont la contribution a enrichi le débat par une analyse pertinente et des propositions concrètes.
Dans une démocratie mâture, les idées ne s’affrontent pas ; elles se complètent. Ce qui importe n’est pas de savoir qui a raison, mais de construire ensemble des solutions capables de servir durablement l’intérêt général.
Si Dakar souffre aujourd’hui d’un désordre urbain préoccupant, il serait réducteur de n’y voir qu’un simple problème d’un civisme. Ce désordre est aussi le révélateur de déséquilibres profonds qui se sont installés au fil des décennies.
La concentration des administrations, des universités, des investissements et des opportunités économiques dans la capitale a provoqué un exode rural massif. Des milliers de jeunes quittent leurs terroirs, non par choix, mais par nécessité. Tant que les régions ne bénéficieront pas d’un développement économique équilibré, Dakar continuera d’étouffer sous une pression démographique toujours plus forte.
Le premier levier du redressement national consiste donc à réhabiliter nos territoires. Développer les pôles économiques régionaux, promouvoir l’entreprenariat local, créer des emplois décents et rapprocher les services publics des populations permettront non seulement de désengorger Dakar, mais aussi de restaurer l’équilibre national.
Toutefois, le développement économique, aussi indispensable soit-il, ne suffira jamais à lui seul.
Car le premier levier est avant tout humain
Aucune République ne peut prospérer sans citoyens profondément attachés au respect de la loi, du bien commun et de l ‘intérêt général.
Comme l’affirme la sagesse Africaine :
» Xaleel poto-poto la, nooko raaxé rekk lay weyé »
» L’enfant est comme la boue fraîche ( banco ) , la forme que tu lui donnes est celle qu’il gardera en séchant »
Cette vérité traverse les siècles. Le civisme ne nait pas spontanément ; il se transmet. Il s’enseigne dans la famille, à l’école, dans les lieux de culte , dans les médias, mais surtout par l’exemple donné quotidiennement par les institutions publiques.
Notre sagesse populaire exprime cette réalité avec autant de profondeur :
» Ku bey sa bànneex goob saw naquar »
Autrement dit, chacun récolte ce qu’il séme. Une société qui séme le respect, la discipline, la responsabilité et la solidarité recoltera inévitablement la stabilité et le progrès.
À cet égard, la réflexion proposée par Mouhamadou Lamine Thiam sur le National Youth Service Corps ( NYSC ) du Nigeria mérite une attention particulière.
Depuis plus d’un demi-siecle, ce programme impose aux jeunes diplômés une année de service national hors de leur région d’origine. Affectés dans l’éducation, la santé, l’administration ou le développement communautaire, ils développent un profond sens du devoir, de la discipline et de la cohésion nationale.
Le Sénégal n’a évidemment pas vocation à reproduire mécaniquement cette expérience. En revanche, il gagnerait à s’en inspirer pour créer un Service Civique National, adapté à notre histoire, à nos valeurs et à nos réalités. Une telle initiative renforcerait l’engagement citoyen, le brassage des populations, la solidarité nationale et le respect de l’intérêt général.
Cette réflexion appelle également une meilleure maîtrise l’occupation de l ‘espace public et une gestion concertée des flux migratoires.
La libre circulation des personnes constitue un principe essentiel de l’intégration africaine. Mais elle ne saurait justifier l’anarchie ni l’occupation irrégulière du domaine public. Le respect des lois de la République doit s’imposer à tous, sans distinction, dans un esprit de justice, de fraternité et de dignité.
Enfin, il serait vain d’exiger des citoyens une discipline que l’Etat lui-même ne s’imposerait pas.
L’autorité publique ne repose pas uniquement sur la force de la loi ; elle repose avant tout sur l’exemplarité.
La transparence dans la gestion publique, la lutte résolue contre la corruption, le mérite dans les nominations, la reddition des comptes et le respect scrupuleux des règles sont les conditions indispensables pour restaurer la confiance entre l’Etat et les citoyens.
» Le prix que les honnêtes gens paient pour leur indifférence aux affaires publiques est d’être gouvernés par des hommes moins vertueux qu’eux »
Cette citation nous rappelle que chaque citoyen porte une part de responsabilité dans le destin collectif.
Le Sénégal possède toutes les ressources humaines, culturelles et spirituelles nécessaires pour réussir sa transformation. Mais aucune réforme économique, aussi ambitieuse soit-elle, ne pourra produire ses effets sans une profonde révolution civique.
Le temps est venu de passer du diagnostic à l ‘action.
Le civisme doit devenir une grande cause nationale. Il doit être enseigné, valorisé et pratiqué à tous les niveaux de notre société.
Le développement territorial, le service civique, l’exemplarité de l ‘État et la responsabilité citoyenne constituent désormais les quatre piliers d’un nouveau contrat national.
Car une évidence s’impose aujourd’hui : on ne bâtit pas une grande nation avec des citoyens désengagés ; on construit d’abord des citoyens responsables pour batir ensuite une nation forte.
J’invite les pouvoirs publics, les collectivités territoriales, les enseignants, les leaders religieux et coutumiers, les organisations de la société civile, les médias et chaque citoyen à faire du civisme une priorité nationale.
C’est à ce prix que nous rendrons à Dakar son ordre, à nos territoires leur plein essor , à l’Etat son autorité morale et au Sénégal toute sa grandeur.
Monsieur
Serigne Habib Ndaw
Patriote Octogénaire Engagé
Au Service De La Nation.
Mail. ndaw.habib45@gmail.com

