*Sonko, Le Patrimoine Et L’épreuve De La Cohérence* *Par Babou Biram Faye*

Chronique : La politique a ceci de particulier qu’elle finit souvent par soumettre ses acteurs aux mêmes exigences qu’ils ont eux-mêmes contribué à imposer au débat public.

Depuis son accession aux plus hautes responsabilités de l’État, Ousmane Sonko demeure l’une des figures politiques les plus influentes et les plus controversées du Sénégal. Porte-étendard de la rupture, de la souveraineté et de la lutte contre la corruption, l’ancien Premier ministre a bâti une grande partie de son capital politique sur l’exigence de transparence et la dénonciation de la mauvaise gouvernance.

Mais, aujourd’hui, le débat semble changer de direction. Alors, que la déclaration de patrimoine du Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a fait l’objet d’une communication officielle, celle d’Ousmane Sonko continue d’alimenter les interrogations, les spéculations et les controverses.

Sur les réseaux sociaux et dans certains cercles politiques, des accusations de dissimulation de patrimoine, d’acquisitions immobilières importantes et de détention d’avoirs financiers considérables sont régulièrement avancées. Pourtant, à ce jour, aucune preuve officielle rendue publique ni aucune décision judiciaire définitive ne permet de confirmer ces allégations.

Entre droit à l’information, présomption d’innocence et exigence de transparence, cette controverse soulève une question fondamentale : dans le Sénégal de la reddition des comptes, les citoyens peuvent-ils légitimement demander aux dirigeants actuels le même niveau de transparence qu’ils exigeaient hier de leurs prédécesseurs ?

Pendant plus d’une décennie, Ousmane Sonko a incarné, aux yeux de millions de Sénégalais, le combat contre la corruption, l’opacité dans la gestion des affaires publiques et les privilèges d’une élite politique accusée d’avoir confisqué l’État à son profit.

Son discours était simple, puissant et mobilisateur : les gouvernants doivent rendre des comptes au peuple.

Cette exigence a trouvé un écho considérable dans une société sénégalaise fatiguée des scandales à répétition, des soupçons d’enrichissement illicite et de l’absence de sanctions contre certains détenteurs de pouvoir.

Aujourd’hui, l’histoire semble vouloir appliquer à l’ancien Premier ministre le même principe qu’il réclamait hier pour les autres.

Depuis plusieurs mois, des accusations, des révélations non vérifiées et des publications relayées sur les réseaux sociaux évoquent un patrimoine supposé particulièrement important attribué à Ousmane Sonko. Villas, terrains, immeubles, véhicules, comptes bancaires et participations dans des sociétés privées alimentent une controverse devenue un sujet récurrent du débat politique.

Pour l’heure, aucune preuve officielle rendue publique ne permet d’établir la véracité de ces affirmations. Aucune décision judiciaire n’est venue confirmer les montants parfois avancés. En conséquence, toute conclusion définitive serait prématurée et contraire aux principes élémentaires du journalisme responsable.

Mais la question essentielle n’est peut-être pas là.

Le véritable sujet est celui de la cohérence.

Peut-on bâtir un projet politique sur la transparence et considérer ensuite que les demandes de transparence deviennent illégitimes lorsqu’elles concernent ses propres dirigeants ?

Peut-on exiger des déclarations de patrimoine détaillées de ses adversaires et considérer comme secondaire la publication des siennes ?

Peut-on faire de la reddition des comptes un combat national tout en acceptant que subsistent des zones d’ombre autour des plus hautes autorités de l’État ?

Ces interrogations ne visent pas seulement Ousmane Sonko.

Elles concernent l’ensemble de la classe politique sénégalaise.

Pendant trop longtemps, la transparence a été utilisée comme un argument de campagne avant d’être reléguée au second plan une fois le pouvoir conquis. Cette pratique a contribué à nourrir la méfiance des citoyens envers les institutions et les dirigeants.

Le Sénégal se trouve aujourd’hui à un tournant.

Les attentes populaires sont immenses. Les exigences citoyennes sont plus fortes que jamais. La révolution politique promise ne pourra être crédible que si elle s’accompagne d’une révolution dans les pratiques de gouvernance.

Cette révolution commence par un principe simple : la transparence ne doit pas dépendre des personnes.

Elle doit être la même pour tous.

Pour les anciens dirigeants comme pour les nouveaux.

Pour les opposants d’hier comme pour les gouvernants d’aujourd’hui.

Pour les alliés comme pour les adversaires.

La démocratie sénégalaise gagnerait énormément à ce que les déclarations de patrimoine des plus hautes autorités soient systématiquement publiées, vérifiées et accessibles aux citoyens. Une telle démarche permettrait d’assainir le débat public et de réduire l’espace laissé aux rumeurs, aux manipulations et aux procès d’intention.

Au fond, ce que réclament les Sénégalais n’est pas la condamnation de tel ou tel responsable politique.

Ils réclament la vérité.

Et la vérité ne se construit ni dans les réseaux sociaux, ni dans les batailles de communication, ni dans les règlements de comptes politiques.

Elle se construit dans les faits.

La transparence n’est ni une arme contre ses adversaires ni un bouclier pour ses alliés.

C’est un principe républicain.

Et dans une démocratie mature, ce principe ne saurait connaître ni exception, ni privilège.

Au-delà des hommes, des partis et des circonstances politiques, c’est la crédibilité de nos institutions qui est en jeu. Le Sénégal de demain se construira sur la confiance, et la confiance ne prospère que dans la transparence, la responsabilité et la vérité.

*BBF*

#Transparence #DeclarationDePatrimoine #Gouvernance #RedditionDesComptes #EtatDeDroit #Democratie #BonneGouvernance #Senegal #PolitiqueSenegalaise #OusmaneSonko #BassirouDiomayeFaye #ResponsabilitePublique #Justice #Verite #Journalisme #BabouBiramFaye

webmaster

Author

webmaster

Up Next

Related Posts