Décryptage d’une séquence de communication politique
En déclarant qu’il préfère être le dugub, « le mil cultivé », plutôt que le diembou, « le faux mil », le président Bassirou Diomaye Faye ne livre pas une simple anecdote paysanne. Il pose les premiers éléments d’un récit politique personnel.
Le choix de rappeler son enfance de fils de cultivateur dans les champs de Ndiaganiao remplit d’abord une fonction d’authentification. Il cherche à montrer que cette métaphore n’a pas été fabriquée par des communicants : elle vient de son milieu, de son expérience et de son rapport à la terre.
Le dugub produit des graines, nourrit et justifie le travail accompli. Le diembou lui ressemble, mais ne donne pas la récolte attendue. Derrière cette opposition se dessine une conception du pouvoir : la légitimité ne vient pas seulement de la position occupée, mais de l’utilité démontrée.
On peut aussi y lire, avec prudence, une réponse aux représentations qui ont longtemps enfermé Bassirou Diomaye Faye dans le rôle d’un président de substitution, d’un héritier ou de l’ombre politique d’un autre. Sans citer personne, il affirme désormais une personnalité, une autorité et une trajectoire propres.
Cette prise de parole accompagne la naissance de KIIRAAY – Les Patriotes Républicains, officiellement présenté le 25 juillet 2026. Le mot Kiiraay, « ce qui protège », renvoie au rempart ou au bouclier.
L’architecture symbolique devient alors cohérente : le grain qui nourrit et le bouclier qui protège.
Le choix de l’appellation « Les Patriotes Républicains » est également significatif. Le mot « patriotes » permet de conserver une partie de l’héritage politique qui l’a porté au pouvoir. L’ajout de « républicains » cherche, quant à lui, à élargir cette identité : il ne s’agit plus seulement d’incarner la contestation ou la rupture, mais de revendiquer une capacité à gouverner, à protéger les institutions et à rassembler au-delà du cercle militant.
Sur le plan de la communication politique, l’opération est habile. Bassirou Diomaye Faye ne rompt pas brutalement avec son passé : il le réinterprète autour de sa propre personne. Il conserve le registre patriotique, mais l’inscrit dans une nouvelle grammaire faite d’enracinement rural, de responsabilité républicaine et d’efficacité.
La difficulté réside cependant dans la double posture. En prenant la tête d’un appareil politique propre tout en demeurant président de la République, il devra éviter que la communication du chef de l’État ne se confonde avec celle du chef de parti. Le symbole du Kiiraay ne sera crédible que s’il protège tous les Sénégalais, y compris ceux qui ne se reconnaissent pas dans sa formation.
La formule du dugub est donc politiquement forte. Mais elle contient aussi sa propre exigence : le mil cultivé ne se distingue pas seulement par son apparence. Il se reconnaît, à la fin de la saison, à la qualité de sa récolte.
*Assane Niang*
Expert en communication institutionnelle
Consultant international

