La récente sortie de Monsieur Jean Pierre Coly contre l’ancien Premier ministre Amadou Ba contient des éléments sérieux, mais aussi plusieurs approximations qu’il convient de corriger afin de préserver la rigueur du débat public.
D’abord, il faut reconnaître un point essentiel : Amadou Ba a effectivement raison lorsqu’il rappelle que le Sénégal a longtemps évolué sous des programmes du FMI sans décaissements directs importants. Le programme ISPE mis en place durant son passage au ministère des Finances relevait principalement d’un mécanisme de suivi, d’encadrement et de crédibilisation macroéconomique. Ce type d’instrument permettait surtout au Sénégal de rassurer les bailleurs et de faciliter l’accès aux financements extérieurs.
Sur ce point précis, la critique selon laquelle Amadou Ba mentirait totalement apparaît excessive.
Cependant, cela ne signifie pas que les relations financières entre le Sénégal et le FMI furent neutres ou sans conséquences sur l’endettement du pays.
Car les programmes du FMI, même sans décaissements massifs directs, servent souvent de label de crédibilité financière internationale. Ils facilitent ensuite l’accès aux marchés, aux partenaires bilatéraux et aux institutions multilatérales. Autrement dit, l’encadrement du FMI peut indirectement soutenir une dynamique d’endettement lorsque les gouvernements multiplient les recours aux financements extérieurs.
C’est là que le débat devient sérieux.
Les rapports du FMI de l’époque montrent effectivement que les autorités sénégalaises présentaient des indicateurs macroéconomiques jugés globalement satisfaisants. Le déficit budgétaire semblait sous contrôle. Le risque de surendettement était considéré comme faible. La trajectoire de convergence de l’UEMOA paraissait respectée.
Or les révélations récentes sur l’état réel des finances publiques ont profondément fragilisé cette lecture.
La question centrale devient alors celle de la sincérité des données transmises aux partenaires internationaux, mais aussi celle de la responsabilité politique des dirigeants ayant piloté la stratégie financière du pays pendant plus d’une décennie.
Sur ce terrain, Amadou Ba ne peut évidemment échapper au débat. Il fut l’un des principaux responsables de la politique économique et budgétaire sous Macky Sall. Il doit donc répondre politiquement des choix effectués, notamment concernant le rythme de l’endettement, le recours aux financements non concessionnels et la soutenabilité de la dette publique.
En revanche, certains chiffres avancés dans la réponse de Jean Pierre Coly méritent prudence et vérification. Le niveau exact de la dette publique reste encore discuté selon les méthodologies retenues et les audits en cours. De même, plusieurs références aux décaissements du FMI semblent mélanger différents programmes et différentes périodes.
Le véritable enjeu dépasse désormais les querelles de communication.
Les Sénégalais veulent surtout comprendre comment un pays longtemps présenté comme stable et discipliné sur le plan macroéconomique se retrouve aujourd’hui confronté à une situation financière aussi tendue.
Le débat mérite donc mieux que des simplifications. Il exige de la précision, de la mémoire et surtout de la vérité.
Par Boubacar Tall

