Malgré des engagements financiers colossaux en Afrique subsaharienne, la Banque mondiale est critiquée pour l’absence d’une stratégie industrielle explicite dans ses interventions. Source :
La contribution de la Banque mondiale à l’industrialisation de l’Afrique subsaharienne fait l’objet d’une analyse critique. Selon un rapport relayé par l’Agence Ecofin, l’institution mobilise d’importantes ressources pour soutenir les préconditions de l’industrie, sans pour autant définir une orientation claire vers la production industrielle.
Entre 2021 et avril 2026, la Banque mondiale, à travers ses guichets IDA et BIRD, a engagé près de 123 milliards de dollars dans la région, couvrant 790 projets actifs. Pourtant, selon l’Agence Ecofin, cette mobilisation financière ne s’accompagne pas d’une véritable boussole industrielle.
L’analyse souligne que les investissements se concentrent principalement sur les infrastructures, l’énergie ou la gouvernance, sans articulation explicite avec des objectifs de transformation productive. Cette approche, bien que cohérente dans son principe, pourrait retarder indéfiniment l’industrialisation du continent.
Les données de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) confirment cette tendance : sur 358 projets garantis, seuls 21 % concernent directement la transformation industrielle. Par ailleurs, les entreprises africaines restent marginalement bénéficiaires de ces dispositifs.
Du côté de l’International Finance Corporation (IFC), la tendance est similaire. Sur 489 projets financés entre 2017 et 2026, une part très limitée concerne l’industrie, contre une forte concentration dans le secteur financier.
L’Agence Ecofin met en lumière une contradiction doctrinale : bien que la Banque mondiale reconnaisse désormais l’importance de l’industrialisation dans ses discours, cette priorité peine à se traduire concrètement dans ses portefeuilles d’investissement.
Cette absence de ciblage clair a des conséquences directes, notamment en matière de compétitivité productive et de création d’emplois. Elle accentue également les inégalités entre États africains, ceux disposant déjà d’une stratégie industrielle claire étant mieux accompagnés.
Pour les analystes, l’enjeu n’est pas tant d’augmenter les financements que de mieux les orienter. L’institution est ainsi appelée à assumer un rôle plus direct dans la structuration des politiques industrielles africaines.

