Selon les informations rapportées par Libération, Pape Mor Niang, retraité âgé de 58 ans, a été déféré hier par la Division des investigations criminelles (DIC) pour des faits présumés de faux et usage de faux portant sur des documents administratifs, ainsi que pour usurpation d’identité. L’affaire trouve son origine dans une plainte déposée par son ex-épouse, F. Mbaye, avec laquelle il s’était marié le 5 janvier 1992.
Dans sa plainte, la dame explique qu’au début de leur mariage, son époux, qui résidait alors en Italie, lui avait promis d’entreprendre les démarches nécessaires afin de lui permettre de le rejoindre. À cette fin, elle s’était fait établir un passeport ordinaire sénégalais, délivré le 1er mars 1995.
Toujours selon le récit rapporté par Libération, lors d’un séjour au Sénégal la même année, Pape Mor Niang aurait accompagné son épouse, en compagnie de son frère I. Niang, à l’ambassade d’Italie à Dakar pour le dépôt d’une demande de visa. Sur place, il aurait récupéré le passeport de son épouse, lui demandant de l’attendre à l’extérieur. Quelques minutes plus tard, il serait ressorti avec le document.
Le voyage vers l’Italie n’ayant finalement jamais eu lieu, F. Mbaye affirme ne plus avoir récupéré son passeport.
Un passeport retrouvé avec une autre photographie
Les soupçons de la plaignante auraient pris une autre dimension lorsqu’elle a appris que son mari avait contracté une seconde union en Italie avec une ressortissante nigériane prénommée Esther, présentée à la famille sous le nom de « Thérésa Mooglie ».
D’après son témoignage, son époux lui aurait expliqué que cette femme s’était convertie à l’islam et portait désormais le prénom de « Fatou Binetou Ya Rassouloulahi ». Cette nouvelle identité aurait contribué, selon elle, à ce qu’elle ne fasse pas immédiatement le rapprochement entre son propre nom et celui utilisé par la seconde épouse.
Quelques années plus tard, F. Mbaye affirme avoir découvert son ancien passeport au domicile de sa belle-sœur, épouse du frère de Pape Mor Niang. Mais le document aurait été modifié : son identité y figurait toujours, tandis que la photographie était celle de Thérésa Mooglie.
La plaignante dit avoir récupéré le document avant de le confier à son père pour conservation. Elle aurait ensuite mené ses propres recherches et découvert que son identité aurait été utilisée pour permettre à sa coépouse d’obtenir un titre de séjour, puis la nationalité italienne.
Les vérifications administratives renforcent les soupçons
Dans le cadre de l’enquête, la DIC a adressé des réquisitions à plusieurs administrations, notamment à la Direction de l’automatisation des fichiers (DAF), à la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage (DPETV), ainsi qu’au Consulat général d’Italie au Sénégal.
D’après les éléments rapportés par Libération, la DAF a confirmé que F. Mbaye est bien titulaire d’une carte d’identité CEDEAO enregistrée sous le numéro indiqué dans le dossier. Le fichier correspondant comporterait bien sa photographie.
La DPETV aurait, pour sa part, confirmé l’existence d’un titre de voyage établi au nom de F. Mbaye et reprenant ses données personnelles. Mais, fait particulièrement troublant selon les enquêteurs, la photographie enregistrée dans le fichier ne serait pas celle de la plaignante, mais celle de E. O. Ugbo, identifiée comme la seconde épouse.
La réquisition adressée aux autorités italiennes aurait également révélé que F. Mbaye est enregistrée comme citoyenne italienne et figure au Registre des Italiens résidant à l’étranger auprès du consulat d’Italie à Londres. Là encore, la photographie associée à son identité serait celle de E. O. Ugbo, alias Thérésa Mooglie.
Ces différentes vérifications viennent ainsi conforter, selon les enquêteurs, les déclarations de la plaignante, qui affirme n’avoir jamais quitté le Sénégal alors que son identité apparaît dans les fichiers italiens comme celle d’une citoyenne ayant effectué les démarches administratives correspondantes.
Entendu par les enquêteurs, Pape Mor Niang aurait contesté les faits. Il aurait soutenu que son ex-épouse lui aurait volontairement « donné » son identité en échange de 700 000 francs CFA, il y a une trentaine d’années.
L’enquête devra désormais déterminer les circonstances exactes dans lesquelles les documents ont été utilisés et établir les responsabilités dans cette affaire présumée d’usurpation d’identité.

