Le Jour Où Nous Cesserons De Nous Combattre Pour Commencer À Combattre Nos Vrais Problèmes
Un Peuple Peut-Il Être Vaincu Sans Avoir D’abord Été Affaibli De L ‘Intérieur ?
Par Serigne Habib Ndaw
Il existe dans l’histoire des peuples des défaites provoquées par la puissance d’un adversaire.
Mais il en existe d’autres, plus douloureuses encore, qui deviennent possibles lorsque les décisions intérieures, les rivalités, les calculs personnels ou les renoncements ouvrent des brèches que l’adversaire n’aurait peut-être jamais pu ouvrir seul.
C’est une leçon vieille comme l’histoire.
Et pourtant, chaque génération semble condamnée à la découvrir.
La question mérite donc d’être posée :
un peuple peut-il être véritablement vaincu tant qu’il demeure uni autour de l’essentiel ?
Des Thermopyles À Nous : La Brèche Vient Parfois De L’intérieur
En 480 avant notre ère, aux Thermopyles, le roi Léonidas et ses hommes tentérent de contenir l’immence armée perse de Xerxés .
La géographie leur donnait un avantage : un passage étroit permettait à une force réduite de résister à une armée beaucoup plus nombreuse.
Mais un homme, Éphialités, révéla aux Perses l’existence d’un sentier permettant de contourner les défenseurs grecs.
La position devint alors intenable.
L’histoire d’Éphialités a traversé les siècles au point que son nom est devenu, dans la mémoire grecque, synonyme de trahison.
Mais ce récit nous enseigne surtout quelque chose de plus universel :les remparts les plus solides deviennent vulnérables lorsque quelqu’un indique le passage de l’intérieur.
L’histoire humaine contient bien d’autres exemples ou conquêtes, dominations et effondrements furent facilités par des rivalités internes, des alliances de circonstance, des ambitions personnelles ou l’incapacité à défendre ensemble l’essentiel.
Il faut évidemment se garder des simplifications :
les conquêtes coloniales, notamment en Afrique, reposent d’abord sur des rapports de force militaires, technologiques, économiques et politiques considérables .
Mais les puissances coloniales surent également exploiter les rivalités existantes et jouer des divisions locales.
C’est précisément là que l’histoire doit nous instruire.
La Défaite La Plus Dangereuse N’est Pas Toujours Celle Que L’on Croit
Aujourd’hui, aucune armée étrangère n’est aux portes de Dakar.
Notre defi est d’une autre nature.
Il réside dans notre capacité à faire vivre une communauté nationale malgré nos désaccords.
Une démocratie est faite de confrontations.
Elle suppose une majorité et une opposition.
Elle accepte les divergences idéologiques, les ambitions politiques, les débats vigoureux et même les conflits d’intérêts.
Mais la démocratie cesse de servir la nation lorsque l’adversaire politique devient un ennemi à abattre et que l’appartenance à un camp finit par compter davantage que l ‘intérêt général.
À ce moment-là, nous ne discutons plus pour construire.
Nous combattons pour vaincre l’autre.
Nous n’écoutons plus pour comprendre.
Nous écoutons pour répondre.
Nous ne cherchons plus ce qui est vrai .
Nous cherchons ce qui conforte notre camp.
Et peu à peu, quelque chose de beaucoup plus précieux qu’une victoire électorale se détériore.la confiance nationale.
Le Piège Des Guerres Entre Sénégalais
Il existe une tentation dangereuse dans toutes les sociétés fortement politisées :
Croire que les problèmes viennent du camp d’en face.
Alors chaque difficulté devient une arme.
Chaque erreur devient un scandale.
Chaque réussite devient suspecte.
Chaque critique est interprétée comme une hostilité.
Chaque désaccord devient une question de loyauté.
Et pendant que les citoyens s’épuisent dans ces affrontements, les véritables urgences demeurent.
On Peut Aimer Son Camp Sans Detester Son Pays À Travers L »Autre
C’est peut-être l’une des distinctions les plus importantes à réapprendre.
On peut appartenir à un parti sans considérer que tous ceux qui pensent autrement sont des ennemis.
On peut soutenir un gouvernement sans approuver chacune de ces décisions.
On peut appartenir à l’opposition sans souhaiter l’echec du pays.
On peut critiquer une institution sans vouloir sa destruction.
On peut défendre vigoureusement ses convictions sans retirer à l’autre sa dignité de citoyen.
La république appartient à tous.
Elle existait avant nos appartenances politiques.
Elle devra leur survivre.
Aucun parti n’est plus grand que le Sénégal.
Aucune ambition personnelle ne devrait être davantage.
La Trahison D’une Nation Peut Être Silencieuse
Le mot » trahison » est fort.
Il ne doit pas être utilisé légèrement..
Il ne s’agit pas ici d ‘accuser tel citoyen, tel parti ou tel responsable.
Il s’agit de nous interroger collectivement.
Car une nation peut se trahir elle-même sans qu’il existe nécessairement un traite unique.
Elle le fait lorsque ses intérêts fondamentaux passent après les intérêts de clans .
Lorsqu’elle laisse ses divisions empêcher les compromis indispensables.
Lorsqu’elle préfère la revanche à la justice.
Lorsqu’elle préfère la rumeur aux faits.
Lorsqu’elle accepte que le débat public soit remplacé par l’invective.
Lorsqu’elle confond la critique avec la haine.
Lorsqu’elle préfère voir échouer une initiative utile plutôt que reconnaître qu’elle vient de l’autre camp.
Lorsqu’elle demande à ses enfants de choisir des camps avant même de leur apprendre à servir le pays.
C’est ainsi que commence l’affaiblissement intérieur.
Pas nécessairement dans le fracas.
Parfois dans l’habitude .
Le Sénégal A Besoin D’un Socle Qui Dépasse Les Camps
Nous pouvons être en désaccord sur presque tout.
Sur la politique économique.
Sur les institutions.
Sur la fiscalité .
Sur la diplomatie .
Sur les réformes.
Sur la manière de gouverner .
C’est la démocratie.
Mais certaines choses devraient pouvoir nous rassembler au-delà des alternances politiques. l ‘intégrité du territoire national ;
la paix civile ;
la justice et l’Ètat de droit ;
la protection des ressources nationales ;
l’éducation de notre jeunesse ;
la lutte contre la pauvreté ;
la préservation du bien public ;
la défense des intérêts stratégiques du Sénégal ;
et la transmission aux générations futures d’un
pays plus solide celui que nous avons reçu.
Sur ces questions, le Sénégal devrait passer avant nos querelles.
Nous Devons Réapprendre À Nous Parler
Une nation n’est pas une communauté de gens qui pensent tous la même chose.
C’est une communauté de destin composée de personnes capables de rester ensemble malgré leurs divergences.
Voilà peut-être l’un de nos plus grands défis.
Réapprendre le désaccord sans la haine.
Réapprendre la critique sans l’insulte.
Réapprendre l ‘autorité sans l’arrogance .
Réapprendre l’opposition sans la destruction.
Réapprendre la victoire sans l’humiliation.
Réapprendre la défaite sans la vengeance.
Et surtout , retrouver cette idée fondamentale celui qui ne pense pas comme moi n’en demeure pas moins Sénégalais comme moi.
Le Sénégal Nous Est Confié
Nous ne sommes que de passage.
Les gouvernements passent.
Les oppositions passent.
Les dirigeants passent.
Les générations elles-mêmes passent.
Le Sénégal demeure.
Nous avons reçu ce pays de ceux qui nous ont précédés.
Avec ses grandeurs.
Avec ses blessures.
Avec ses contradictions.
Avec ses espérances.
Nous avons le devoir de le transmettre.
Non pas parfait – aucun pays ne l’est.
Mais plus solide.
Plus juste.
Plu uni .
Plus conscient de ce qui le rassemble.
Conclusion – La Dernière Frontière
Aux Thermopyles, une armée finit par trouver un passage derrière les défenseurs .
Pour une nation moderne, le passage le plus dangereux n’est plus nécessairement un sentier dans une montagne.
Il peut se trouver dans ses propres divisions .
Dans l’incapacité de se parler.
Dans la haine politique.
Dans les rivalités personnelles.
Dans le triomphe des intérêts particuliers sur l ‘intérêt général .
Dans le moment où chacun préfère la victoire de son camp à la réussite de son pays .
Voilà pourquoi la question n’est finalement pas :
» Qui vaincra l’autre »
La vraie question est :
Qu ‘Allons-Nous Sauver Ensemble ?
Car nous pouvons nous opposer aujourd’hui et avoir besoin les uns des autres demain .
Nous pouvons appartenir à des partis différents et partager la même patrie .
Et lorsque viendra le jour où nos enfants demanderont ce que nous avons fait du pays qui nous avait été confié, puissions nous leur répondre :
Nous Ne Vous Avons Pas Légué Nos Divisions.
Nous Vous Avons Transmis Une Nation Debout.
Monsieur
Serigne Habib Ndaw
Patriote Octogénaire Engagé
Au Service De La Nation .
Mail. Ndaw.Habib45@Gmail.Com
Le 28 Septembre

