Le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques du Sénégal (FONSIS) a procédé, vendredi au Pullman Hôtel de Dakar, au lancement officiel des opérations de Kajom Capital, un véhicule financier innovant destiné à faciliter l’accès au logement à travers un mécanisme de location-vente inclusif.
Présidée par le ministre de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des Territoires, Moussa Bala Fofana, la cérémonie a réuni plusieurs partenaires financiers, promoteurs immobiliers et acteurs du secteur de l’habitat autour d’une ambition commune : permettre à des milliers de Sénégalais, notamment issus du secteur informel, de devenir propriétaires.
Dans un contexte marqué par un déficit structurel de logements et une flambée continue des loyers, le lancement de Kajom Capital apparaît comme une réponse stratégique portée par l’État du Sénégal pour transformer durablement le secteur de l’habitat. Conçu par le FONSIS avec l’appui de la Société financière internationale (IFC), filiale du Groupe Banque mondiale, ce nouvel instrument ambitionne de financer, sur une période de dix ans, près de 20 000 contrats de location-vente de logements.
Prenant la parole à l’ouverture de la cérémonie, le directeur général du FONSIS, Babacar Gningue, a insisté sur la portée sociale du projet, qu’il considère comme un levier majeur de justice économique et sociale. Selon lui, Kajom Capital vise à mettre fin à ce qu’il qualifie de « cycle infernal du loyer éternel », qui empêche de nombreux Sénégalais de bâtir un patrimoine malgré des décennies de paiements locatifs.
« Imaginez un Sénégalais qui travaille toute sa vie, paie ses loyers chaque mois et se retrouve quarante ans plus tard sans aucune propriété. Ce n’est pas seulement une fatalité, c’est une injustice sociale et économique », a-t-il déclaré devant un parterre composé d’investisseurs, de banquiers, de représentants d’institutions financières et de promoteurs immobiliers.
Le patron du FONSIS a expliqué que Kajom Capital repose sur un mécanisme de location-vente à long terme, pensé comme une troisième voie entre l’autofinancement souvent inaccessible et le crédit hypothécaire classique qui exclut une large partie des travailleurs du secteur informel. Dans un pays où près de 90 % de la population active évolue dans l’informel, le dispositif veut élargir l’accès à la propriété à des catégories jusqu’ici marginalisées par les systèmes bancaires traditionnels.
Ainsi, commerçants, artisans, transporteurs ou travailleurs indépendants pourront souscrire à un contrat Kajom Capital, à condition de justifier de revenus réguliers permettant le paiement des mensualités. Le modèle prévoit également un mécanisme d’épargne-logement sécurisé : les loyers versés sont transformés en capital progressif ouvrant la voie à l’acquisition du bien immobilier.
Le directeur général du FONSIS a également dévoilé la feuille de route du projet. Après une phase pilote de 200 logements en 2026, Kajom Capital prévoit d’atteindre 1 000 logements en 2027 puis 1 000 autres en 2028, avant de passer à une cadence annuelle de 2 000 logements à partir de 2029. L’objectif affiché est d’accompagner 20 000 ménages sénégalais vers la propriété immobilière.
Pour concrétiser cette ambition, plusieurs partenariats stratégiques ont déjà été noués. La phase pilote est financée conjointement par le FONSIS et la Banque islamique du Sénégal. Des premiers contrats d’acquisition ont également été signés avec des promoteurs immobiliers, notamment la société MST basée à Diamniadio, tandis que des discussions sont en cours avec d’autres opérateurs pour l’acquisition de plusieurs centaines de logements supplémentaires.
Le ministre de l’Urbanisme, Moussa Bala Fofana, a salué une initiative qu’il juge parfaitement alignée avec les orientations stratégiques de l’État en matière d’habitat et d’aménagement du territoire. Selon lui, la question du logement dépasse aujourd’hui la simple construction immobilière pour toucher à des enjeux plus larges liés à l’urbanisation, au cadre de vie et à l’équilibre territorial.
Dans son discours, il a rappelé que le gouvernement, sous l’impulsion du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, déploie actuellement un Programme national de renouveau urbain et d’habitat souverain visant à produire des villes plus inclusives, mieux planifiées et adaptées aux réalités économiques des populations.
Pour Moussa Bala Fofana, la maîtrise du coût du logement constitue également une condition essentielle pour améliorer le pouvoir d’achat des ménages. Il a souligné que la hausse continue des loyers réduit considérablement le « reste à vivre » des familles sénégalaises, limitant leurs capacités d’investissement dans l’éducation, la santé ou l’épargne.
Le ministre a aussi révélé que le déficit de logements au Sénégal, estimé à plus de 320 000 unités en 2013 selon la Banque mondiale, continue de se creuser chaque année de plus de 10 000 logements. À ce rythme, le pays pourrait dépasser le seuil des 500 000 logements manquants dans les prochaines années.
Face à cette situation, il a appelé les banques et investisseurs privés à accompagner massivement Kajom Capital, qu’il considère comme un investissement à la fois rentable et sécurisé. Selon lui, les logements acquis dans le cadre du programme bénéficient déjà d’un important soutien de l’État, notamment à travers des facilités foncières et fiscales réduisant les coûts de production.
« Kajom Capital ne vient pas concurrencer les banques. Il permet au contraire de « dérisquer » l’investissement immobilier tout en générant des revenus réguliers grâce aux contrats de location », a-t-il soutenu.
Au-delà de l’aspect économique, les intervenants ont insisté sur la dimension symbolique et citoyenne de l’accès à la propriété. Pour les promoteurs du projet, devenir propriétaire renforce le sentiment d’appartenance nationale et participe à la construction d’un Sénégal plus souverain et plus stable socialement.
La cérémonie a également été marquée par la présence de plusieurs acteurs privés développant déjà des modèles similaires de location-vente, notamment la société Dela. Le FONSIS affirme vouloir favoriser une dynamique collective plutôt qu’une logique de concurrence afin de massifier les solutions d’accès au logement.
Avec Kajom Capital, les autorités sénégalaises entendent ainsi poser les bases d’un nouveau modèle d’habitat plus inclusif, accessible et adapté aux réalités économiques du pays. Pour les promoteurs du projet, il ne s’agit pas seulement de financer des logements, mais de permettre à des milliers de familles de construire un avenir durable à travers l’accession progressive à la propriété.

