La Gambie et les États-Unis ont conclu un accord sur le rapatriement et l’utilisation de fonds issus de la confiscation du bien immobilier Potomac, lié aux activités financières de l’ancien président Yahya Jammeh. Les sommes doivent alimenter le Fonds de réparations destiné aux victimes des violations commises sous son régime.
Une nouvelle étape vient d’être franchie dans le processus gambien de justice transitionnelle. Les gouvernements de la Gambie et des États-Unis ont conclu un accord portant sur le rapatriement et l’affectation de fonds récupérés à la suite de la confiscation du bien immobilier Potomac, associé aux activités financières de l’ancien président gambien Yahya Jammeh.
Selon Sud Quotidien qui relaie l’info de Apanews, les sommes concernées doivent être transférées au Fonds de réparations ouvert auprès de la Banque centrale de Gambie. Leur gestion sera assurée de manière indépendante par la Commission gambienne des réparations.
L’accord intervient alors que la question des biens et avoirs liés à l’ancien chef de l’État demeure au cœur du processus engagé par la Gambie pour traiter les violations commises durant les années de son pouvoir.
Le mécanisme retenu vise ainsi à transformer une partie des actifs récupérés en ressources destinées directement au processus d’indemnisation des victimes. Le transfert des fonds américains vers le dispositif gambien de réparations constitue, à ce titre, une nouvelle source de financement pour ce mécanisme.
Plus de 1,24 milliard de dalasis d’avoirs recensés
La question des avoirs de Yahya Jammeh fait depuis plusieurs années l’objet d’un processus de recensement et de récupération. En mai 2025, le ministère gambien de la Justice avait rendu public un inventaire des biens confisqués à l’ancien président, pour une valeur estimée à plus de 1,24 milliard de dalasis, soit environ 17 millions de dollars à l’époque.
L’inventaire comprenait notamment des actifs financiers, des propriétés immobilières, des véhicules, des équipements et du bétail.
Parmi les principaux actifs recensés figurait une participation de 14,32 % dans Gam Petroleum, évaluée à 551,25 millions de dalasis. Des actions détenues dans Comium Gambia Ltd étaient également estimées à 5,75 millions de dalasis. Les propriétés immobilières cédées représentaient, quant à elles, environ 202,75 millions de dalasis.
Selon toujours Sud Quotidien citant Apanews, la gestion de ces biens avait toutefois suscité des interrogations et des controverses en Gambie, notamment après la révélation de transactions intervenues avant l’achèvement des travaux de la Commission Janneh, chargée d’enquêter sur les avoirs et les pratiques de l’ancien régime.
Face à ces controverses, le président Adama Barrow avait annoncé des mesures destinées à renforcer la transparence et le contrôle de la gestion des biens confisqués.
Les réparations, un volet central de la transition
Au-delà de la récupération des biens, l’enjeu principal demeure celui des réparations en faveur des victimes des violations commises pendant les années de pouvoir de Yahya Jammeh.
Le régime de l’ancien président, arrivé au pouvoir en 1994 et ayant quitté la Gambie en janvier 2017, fait l’objet d’un processus de justice transitionnelle visant notamment à établir les responsabilités et à répondre aux demandes des victimes.
En janvier 2026, la Commission gambienne des réparations avait annoncé le début des versements aux victimes de violations des droits humains commises entre juillet 1994 et janvier 2017.
Le nouvel accord conclu avec Washington devrait ainsi permettre d’ajouter des ressources au mécanisme national de réparations. Il s’inscrit dans une démarche plus large visant à établir un lien entre la récupération des biens considérés comme liés à l’ancien régime et l’indemnisation des personnes affectées par les violations commises durant cette période.
La gestion indépendante des sommes transférées constitue, dans ce contexte, un élément central du dispositif. Les fonds doivent être déposés auprès de la Banque centrale de Gambie et administrés par la Commission des réparations.
Cette nouvelle opération illustre donc la volonté des autorités gambiennes de faire de la récupération et de la gestion des avoirs liés à l’ancien régime un levier du processus de réparation.
L’accord avec les États-Unis devrait permettre d’intégrer ces nouvelles ressources au dispositif national, alors que la Gambie poursuit parallèlement ses mécanismes de justice transitionnelle, de recherche des responsabilités et d’indemnisation des victimes du régime de Yahya Jammeh.

