Les changements de gouvernement anticonstitutionnels ont gravement affecté la démocratie participative en Afrique, entraînant notamment une résurgence des régimes militaires, de l’autoritarisme et des dictatures, ainsi qu’une mauvaise gouvernance et une faiblesse des dirigeants, en particulier en Afrique de l’Ouest.
C’est pourquoi le processus en cours de révision de la Constitution de la Quatrième République du Ghana, premier pays d’Afrique subsaharienne à accéder à l’indépendance politique le 6 mars 1957, suscite un vif intérêt.
Le regretté lieutenant d’aviation John Jerry Rawlings a supervisé le processus qui a abouti à la Constitution de la Quatrième République du Ghana en 1992, qu’il a utilisée pour la transition du pays d’un régime militaire à une démocratie multipartite il y a 34 ans.
Depuis lors, les deux principaux partis politiques ghanéens, le Congrès national démocratique (NDC) et le Nouveau Parti patriotique (NPP), ont alterné pacifiquement au pouvoir à huit reprises, un record dans une Afrique de l’Ouest politiquement instable, souvent qualifiée de « ceinture des coups d’État ». Par ailleurs, le Ghana a lui aussi connu son lot de coups d’État militaires (cinq) avant 1992 !
Cette question a pris de l’ampleur sous la présidence de John Kufuor, du NPP, surnommé le « Géant au cœur tendre », dixième président du Ghana. L’une des propositions récurrentes est l’allongement du mandat présidentiel. Même après avoir quitté ses fonctions, Kufuor, qui a effectué les deux mandats autorisés par la Constitution de 1992 (2001-2009), a suggéré une prolongation de cinq à huit ans.
John Attah-Mills, du NDC, a succédé à Kufuor en janvier 2009 et est resté en poste jusqu’au décès de ce dernier, trois ans et 199 jours plus tard. Son vice-président, John Mahama, a terminé son mandat et a remporté l’élection présidentielle de 2012, mais a perdu sa tentative de réélection en 2016 face à Nana Akufo-Addo, du NPP, qui a lui aussi effectué deux mandats. Mahama a réalisé un retour spectaculaire et a vaincu un autre candidat du NPP lors de l’élection de 2024.
Contrairement à la Constitution du Bénin, qui stipule catégoriquement qu’une personne ne peut exercer la fonction de président plus de deux mandats au cours de sa vie, les constitutions de la plupart des pays africains restent vagues sur cette question cruciale, à l’exception du Cap-Vert, dont la constitution interdit deux mandats présidentiels consécutifs.
Des dirigeants politiques africains ont exploité cette faille pour modifier leurs constitutions nationales et entamer de « nouveaux mandats », arguant que les mandats conférés par les anciennes constitutions ne sont plus valides.
Dans la région de la CEDEAO, le président ivoirien Alassane Ouattara a eu recours à cette méthode controversée pour modifier la constitution de son pays en 2016 et s’est maintenu au pouvoir, effectuant un quatrième mandat.
Alpha Condé, président de Guinée, a suivi l’exemple d’Ouattara en organisant un référendum et une élection présidentielle en 2020, en pleine pandémie de COVID-19. Ces événements ont entraîné la mort d’au moins trois hauts responsables gouvernementaux, dont le président de la commission électorale nationale, Mamdou Salif Kébé. Condé a été renversé lors du coup d’État de septembre 2021 mené par le colonel Mamady Doumbouya, qui s’est ensuite promu général.
Doumbouya a modifié la constitution, organisé des élections boycottées par l’opposition et revendiqué la victoire en décembre 2025, en violation flagrante du Protocole additionnel de 2001 de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance. Ce protocole prescrit une tolérance zéro à l’égard des changements anticonstitutionnels de gouvernement et stipule expressément qu’un putschiste ne doit pas tirer profit d’une telle action illégale.
Mais Doumbouya n’est pas un cas isolé. Les présidents du Togo et du Bénin ont également procédé à des amendements controversés à leurs constitutions respectives, entraînant notamment l’allongement du mandat présidentiel au Bénin de cinq à sept ans et des modifications du mode d’élection du président au Togo. L’ancien président béninois, Patrice Talon, a été élu président du Sénat le 6 août 2026, trois mois après avoir quitté ses fonctions et après avoir survécu à une tentative de coup d’État en décembre 2025, déjouée grâce à l’aide du Nigeria.
L’ancien président sénégalais Macky Sall, désormais engagé dans une campagne désespérée pour le poste de secrétaire général de l’ONU, a dû abandonner sa candidature controversée à un troisième mandat, mais non sans qu’elle ait entraîné la mort de dizaines de citoyens impliqués dans des manifestations antigouvernementales.
Les juntes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso, qui ont retiré leurs pays de la CEDEAO à la suite de coups d’État pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), et de la Guinée-Bissau, quatrième pays de la région dirigé par l’armée après un coup d’État mené par son ancien président, Umoru Sissico Embaló, gouvernent toutes par décrets et modifient leurs constitutions nationales.
Cette vague de coups d’État est perçue comme une conséquence directe de la mauvaise gouvernance et d’une attitude antidémocratique chez les dirigeants politiques. La CEDEAO se trouve dans une impasse, et les répercussions se font sentir dans d’autres pays africains comme le Gabon, le Tchad et le Soudan.
Le Ghana semble toutefois avoir opté pour une approche plus mesurée et stratégique de sa réforme constitutionnelle. Le président Attah-Mills a mis en place une Commission de révision constitutionnelle (CRC) en 2010, dont les recommandations ont abouti à un Livre blanc gouvernemental. Son successeur, Akufo-Addo (NPP), n’a pas donné suite à ces recommandations.
Lors de son second mandat, le président Mahama a nommé une nouvelle Commission de révision constitutionnelle (CRC), qui a remis ses recommandations en décembre 2025. Le 30 juillet 2026, le procureur général et ministre de la Justice, Dominic Ayine, a annoncé la position du gouvernement concernant le rapport de la CRC. Outre la prolongation du mandat présidentiel, les principales recommandations acceptées par le gouvernement Mahama comprennent :
L’abaissement de l’âge minimum de la présidence de 40 à 35 ans, l’allongement de la durée du mandat parlementaire de quatre à cinq ans, l’interdiction pour les députés d’être nommés ministres, le plafonnement du nombre de sièges au Parlement à 300 (276 élus et 24 à la proportionnelle), et l’assujettissement du président à l’impôt sur le revenu sur son salaire et ses indemnités, ainsi qu’aux taxes indirectes sur les biens et services.
Parmi les autres mesures figurent le plafonnement du nombre de ministres d’État à 60, la fixation de la date des élections nationales à la première semaine de novembre, la suppression des fonctions de ministre d’État et de membre du cabinet pour le procureur général, la nomination d’un ministre de la Justice pour superviser le secteur, tandis que le procureur général conserve la responsabilité des conseils juridiques et des poursuites en matière d’infractions.
Le Livre blanc du gouvernement recommande également que le juge en chef exerce un mandat unique non renouvelable de dix ans ou jusqu’à l’âge de la retraite, l’abolition de la peine de mort, remplacée par la réclusion à perpétuité, l’autorisation pour les personnes ayant la double nationalité de se présenter aux élections législatives, l’élection des chefs de district par le peuple et non leur nomination par le président, et la possibilité pour les citoyens de proposer des amendements constitutionnels avec 10 % des signatures des électeurs inscrits.
Ces questions ont fait l’objet de larges consultations, de débats publics et d’auditions parlementaires. Certaines devront encore être examinées par le Parlement, tandis que les amendements clés seront soumis à un référendum national, nécessitant un minimum de 70 % des voix et un taux de participation d’au moins 35 % pour être adoptés.
Le ministre Ayine a déclaré que, si elles étaient adoptées, ces modifications « amélioreraient la gouvernance ». Défendant la prolongation du mandat présidentiel, il a ajouté : « Les premiers mois de chaque administration sont consacrés aux questions de transition, et la dernière année est largement consacrée aux élections. »
Toutefois, le professeur Kwasi Prempeh, président de la Commission constitutionnelle de réforme (CRC), estime que la position du gouvernement sur les recommandations aurait dû figurer parmi les contributions, et non parmi les conclusions, du rapport de la Commission. « Ce qui caractérise un processus constitutionnel, c’est le degré de participation publique dont il bénéficie. »
D’autres commentateurs, dont Richard Mawuli Amegatse, candidat à la présidentielle de 2028, sont également en désaccord avec le document du gouvernement sur certains points. Il a par exemple déclaré : « Si vous embauchez quelqu’un et qu’il est peu performant au bout de quatre jours, lui accordez-vous un cinquième jour pour justifier son échec, ou le licenciez-vous dès le cinquième jour ? Un second mandat est une récompense pour un premier mandat réussi. Passer de quatre à cinq ans ne résout pas le problème de l’incompétence sous-jacente ; cela ne fait que lui donner plus de temps pour faire des dégâts. »
On ignore si le processus fera encore l’objet de débats et de contributions publiques. Malgré son engagement à ne pas briguer un nouveau mandat en 2028, les théories du complot redoublent d’efforts, affirmant que Mahama, à l’instar d’Ouattara et d’autres, tentera probablement de se représenter pour un troisième mandat après la révision constitutionnelle.
En politique, rien n’est acquis. Mais pour l’instant, rien ne permet de penser que Mahama, compte tenu de son parcours, reviendra sur sa parole.
Néanmoins, le processus de révision constitutionnelle au Ghana semble davantage axé sur la démocratie participative que d’autres exemples ayant engendré une instabilité politique. À tout le moins, les deux principaux partis politiques y sont impliqués.
Ejime est un analyste en affaires internationales et consultant en communication sur la paix, la sécurité et la gouvernance.

