Aquaculture marine : le Sénégal lance sa première ferme en mer pour accélérer la production halieutique

Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans le développement de son secteur halieutique avec le lancement de sa première expérience d’aquaculture marine. Selon l’Agence Ecofin, qui s’appuie sur un communiqué de l’Agence nationale de l’aquaculture (ANA), les premières cages flottantes destinées à l’élevage de poissons en mer ont été installées dans les eaux de Diakhanor, dans la commune de Palmarin.

Ce projet pilote, développé en partenariat avec l’entreprise sénégalaise Atlantic Mariculture, vise à tester les conditions techniques, économiques et environnementales de l’élevage en milieu marin. L’objectif est de permettre au Sénégal d’acquérir une expertise nationale dans ce domaine avant un éventuel déploiement à plus grande échelle.

L’initiative était en préparation depuis plusieurs mois. Déjà en avril dernier, le Directeur général de l’ANA, Samba Ka, avait annoncé l’arrivée des équipements nécessaires à cette expérimentation. La ferme pilote comprend deux cages flottantes de 25 mètres de diamètre pour un investissement dépassant 350 millions de FCFA.

Comme le souligne l’Agence Ecofin, les autorités locales ont également accompagné le projet en mettant à disposition près de 300 hectares dans la commune de Palmarin. Selon les projections de l’ANA, cette première ferme marine pourrait générer environ 400 emplois directs et près de 1 000 emplois indirects si toute la chaîne de valeur est développée.

Cette innovation constitue un tournant pour l’aquaculture sénégalaise, jusqu’ici essentiellement orientée vers les bassins, les étangs et les cages installées sur les cours d’eau continentaux. L’exploitation des ressources marines ouvre désormais la voie à une diversification des productions aquacoles et à un meilleur usage du potentiel maritime du pays.

Les avantages de cette technologie sont également mis en avant par la FAO. Grâce au renouvellement permanent de l’eau sous l’effet des marées et des courants, l’aquaculture en cages flottantes offre un potentiel de production élevé, sous réserve d’une bonne maîtrise de l’alimentation et de la gestion technique des élevages.

Au-delà du tilapia ou du poisson-chat, cette nouvelle orientation pourrait favoriser l’élevage d’espèces marines à plus forte valeur ajoutée comme la dorade ou le bar, répondant ainsi à une demande croissante sur les marchés régionaux et internationaux et offrant de nouvelles perspectives d’exportation.

Cette première ferme s’inscrit dans le nouveau Plan stratégique de développement de l’aquaculture 2026-2030 validé en mai dernier. D’après l’Agence Ecofin, l’ANA ambitionne de porter la production aquacole nationale de 3 049 tonnes en 2025 à 20 000 tonnes en 2030. Pour atteindre cet objectif, l’agence prévoit de mobiliser plus de 36,5 milliards de FCFA d’investissements privés, de produire chaque année 52 millions d’alevins et de développer une industrie nationale d’aliments pour poissons afin de réduire la dépendance aux importations.

Même si la production aquacole demeure encore marginale face aux quelque 500 000 tonnes de poissons issues chaque année de la pêche, cette expérimentation de Palmarin pourrait constituer un jalon important dans la stratégie sénégalaise visant à renforcer durablement la sécurité alimentaire, créer des emplois et diversifier les sources d’approvisionnement en produits halieutiques. L’Agence Ecofin souligne que le véritable défi sera désormais de transformer cette phase pilote en une activité économiquement viable et durable, capable de compléter efficacement la pêche traditionnelle.

Momar Diack SECK
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