Xénophobie en Afrique du Sud : Comment des organisations structurées alimentent la contestation contre les migrants

Des milliers de Sud-Africains ont manifesté le 30 juin dans plusieurs grandes villes pour dénoncer l’immigration illégale. Selon RFI, cette nouvelle vague de mobilisation se distingue par l’organisation et les moyens financiers de groupes anti-migrants qui semblent désormais poursuivre des objectifs politiques à quelques mois des élections locales.

La résurgence des manifestations anti-migrants en Afrique du Sud marque une nouvelle étape dans un phénomène qui secoue régulièrement le pays depuis plus de deux décennies. Mardi 30 juin, plusieurs milliers de personnes ont défilé à Johannesburg, Pretoria, Durban et dans d’autres villes pour réclamer l’expulsion des étrangers en situation irrégulière, à l’appel de plusieurs organisations qui avaient fixé un ultimatum aux migrants sans papiers.

Selon RFI, contrairement aux précédentes vagues de violences xénophobes, ces mouvements apparaissent aujourd’hui beaucoup plus structurés, bénéficiant d’une organisation nationale, d’une communication efficace et de soutiens politiques.

Des organisations désormais bien implantées

Parmi les principaux acteurs figure Operation Dudula, née dans le township de Soweto entre 2021 et 2022. Le mouvement s’est fait connaître en empêchant l’accès des étrangers à certains hôpitaux et établissements scolaires, tout en organisant des opérations visant les personnes considérées comme étrangères.

Désormais dirigée par Zandile Dabula, l’organisation est devenue une formation politique après avoir été proche de l’ancien maire de Johannesburg Herman Mashaba, connu pour son discours très ferme contre l’immigration clandestine.

Autre acteur majeur, March and March, dirigé par Jacinta Ngobese Zuma, a progressivement étendu son influence depuis la province du KwaZulu-Natal jusqu’à l’ensemble du pays.

Le mouvement bénéficie, selon plusieurs chercheurs cités par RFI, du soutien de personnalités politiques, notamment de l’ancien président Jacob Zuma et de son parti MK.

À ces organisations s’ajoute Nkosikhona Ndabandaba, qui se présente comme un chef traditionnel zoulou et revendique la direction d’un « régiment zoulou » engagé dans une campagne de « nettoyage » contre les migrants.

Un discours centré sur l’immigration illégale

Officiellement, ces mouvements réclament uniquement l’expulsion des migrants en situation irrégulière. L’Afrique du Sud compte environ 60 millions d’habitants, dont près de trois millions d’étrangers originaires principalement du Zimbabwe, du Mozambique et du Malawi.

Toutefois, les chercheurs interrogés soulignent que les chiffres concernant les migrants clandestins demeurent très controversés, certaines estimations variant entre quatre et quinze millions de personnes.

Selon Cécile Perrot, chercheuse à l’université Rennes II, les attaques ne distinguent généralement pas les migrants réguliers des clandestins. Elle estime également que l’idée selon laquelle les étrangers « volent les emplois » aux Sud-Africains ne repose sur aucun élément économique solide, les migrants occupant majoritairement des emplois peu qualifiés ou développant de petits commerces.

Des financements encore opaques

Ces organisations disposent de ressources importantes leur permettant d’organiser des conférences de presse, de produire du matériel de communication, d’affréter des bus pour transporter leurs militants ou encore de mener des campagnes médiatiques.

Officiellement, elles affirment se financer grâce aux dons de leurs sympathisants. Mais plusieurs universitaires estiment que leurs capacités financières dépassent largement celles de simples mouvements citoyens.

Le professeur Loren Landau, de l’université de Witwatersrand à Johannesburg, évoque notamment l’existence probable de financements provenant d’hommes politiques et de formations partisanes.

Une stratégie électorale assumée

Pour de nombreux observateurs, cette montée de la rhétorique anti-migrants répond également à un calendrier politique.

À quelques mois des élections municipales prévues en novembre 2026, plusieurs chercheurs considèrent que ces organisations cherchent avant tout à démontrer leur capacité de mobilisation afin de peser davantage sur la scène politique nationale.

Selon Loren Landau, les discours sécuritaires servent principalement de levier pour renforcer l’influence de leurs dirigeants et négocier une place dans le paysage politique sud-africain.

Une analyse partagée par la chercheuse Liesl Low Vaudran, qui rappelle que la question migratoire demeure l’un des thèmes les plus mobilisateurs dans un contexte marqué par un chômage élevé et de fortes inégalités sociales.

D’après RFI, cette instrumentalisation politique pourrait contribuer à alimenter davantage les tensions xénophobes dans un pays déjà marqué par plusieurs épisodes meurtriers de violences contre les étrangers.

Momar Diack SECK
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