Une nouvelle controverse oppose la CEDEAO au camp de Fernando Dias da Costa, qui se considère comme président élu de la Guinée-Bissau. Au cœur du différend figurent les déclarations du président du Conseil des ministres de la CEDEAO sur le calendrier électoral et la réforme constitutionnelle annoncés par les autorités de transition.
La crise politique bissau-guinéenne connaît un nouveau rebondissement après les déclarations du ministre sierra-léonais des Affaires étrangères, Timothy Musa Kabba, à l’issue d’une mission de haut niveau de la CEDEAO à Bissau.
À son retour, le responsable régional avait indiqué que les autorités de transition prévoyaient d’organiser des élections générales le 6 décembre 2026 ainsi qu’un référendum constitutionnel.
Ces propos ont immédiatement suscité une vive réaction du camp de Fernando Dias da Costa, qui revendique toujours sa victoire à l’élection présidentielle du 23 novembre 2025.
Le camp Da Costa dénonce une ingérence
Dans un communiqué, la direction de campagne du candidat a accusé la CEDEAO de sortir de son rôle en annonçant des processus relevant exclusivement de la souveraineté nationale.
Les proches de Fernando Dias da Costa rappellent que les résultats du scrutin de novembre 2025 n’ont jamais été proclamés à la suite du coup d’État militaire intervenu trois jours plus tard.
Ils estiment qu’aucune institution étrangère ne peut annoncer un référendum constitutionnel au nom du peuple bissau-guinéen.
Le communiqué appelle également les citoyens à défendre la Constitution et la volonté populaire exprimée lors du scrutin présidentiel.
La CEDEAO défend sa mission
Face aux critiques, la Commission de la CEDEAO a rapidement publié une mise au point.
L’organisation régionale affirme que Timothy Musa Kabba s’exprimait dans le cadre du mandat collectif confié par les chefs d’État de la Communauté et non en qualité de représentant de la Sierra Leone.
Elle précise que sa mission consistait uniquement à accompagner le dialogue politique et à présenter les grandes lignes des discussions engagées avec les autorités nationales.
Selon la Commission, aucune validation d’un processus constitutionnel n’a été effectuée et toute décision demeure du ressort exclusif des institutions et du peuple de Guinée-Bissau.
La CEDEAO appelle par ailleurs l’ensemble des acteurs politiques à privilégier le dialogue et la retenue afin de préserver la stabilité du pays.
Les organisations civiles montent au créneau
Le Forum consultatif et le Front populaire, regroupant plus d’une cinquantaine d’organisations sociales et civiques, ont également exprimé leur inquiétude.
Ces plateformes dénoncent une contradiction entre les principes démocratiques affichés par la CEDEAO et son attitude sur le terrain.
Elles mettent en garde contre toute initiative susceptible de légitimer durablement les autorités issues du coup d’État et demandent à la Conférence des chefs d’État de respecter ses propres engagements en faveur du rétablissement de l’ordre constitutionnel.
Une crise qui met la CEDEAO à l’épreuve
Pour plusieurs analystes, la situation en Guinée-Bissau constitue aujourd’hui un test majeur pour la crédibilité de la CEDEAO.
Alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest traversent des transitions politiques ou sont dirigés par des régimes militaires, la gestion du dossier bissau-guinéen est observée avec attention.
La perspective d’élections organisées sous les autorités de transition alimente les interrogations sur la capacité de l’organisation régionale à défendre de manière cohérente ses principes démocratiques tout en préservant la stabilité politique de ses États membres.
Avec Paul Ejime analyste et consultant en affaires internationales,
spécialisé dans la communication sur la paix, la sécurité et la gouvernance

