Genève ou la ‘’prison dorée’’ de certains étudiants sénégalais : Quand des intellectuels parlent de leurs désillusion et frustrations

La précarité qui rythme le quotidien des étudiants étrangers noirs en occident a toujours fait débat et n’est désormais plus un secret pour personne. En Suisse, entre autres problèmes, les étudiants sénégalais bravent au quotidien ceux liés à leur logement, au financement de leurs études ou encore parcourent des kilomètres pour renouveler leurs passeports. En marge d’une rencontre internationale, nous nous sommes intéressés au vécu quotidien de nos compatriotes résidant en Suisse. Un vécu parsemé de désillusions et de frustrations à Genève que certains de ces apprenants n’hésitent pas à qualifier de … ‘’ prison dorée ‘’.

Témoignages…

‘’ Venir en Suisse n’a jamais été dans mes projets. Le contexte était difficile pour moi, raison pour laquelle je me suis proposé comme candidat à l’émigration ‘’.

C’est en ces termes qu’Abdoul Aziz Fall regrette d’avoir opté pour une expatriation en territoire helvète. Agé de 33 ans, marié et père d’une fille, l’étudiant en dernière année de master en Sciences de l’éducation à l’Université de Genève donnerait tout pour remonter dans le temps et changer de choix.

Ce que déplore encore M.Fall, c’est la ‘’ discrimination institutionnalisée ‘’.

A l’en croire, la Suisse n’est qu’un pays ‘’ d’opportunistes ‘’ où les étrangers qui veulent y gagner une certaine considération doivent être au-dessus du lot et être le meilleur dans le secteur d’activité où ils sont.  C’est un pays pour lui qui n’offre aucune possibilité d’intégration aux étudiants après leurs études. D’ailleurs, les autorités suisses vous caressent certes sur le sens des poils quand vous prouver avant de venir que vous êtes en mesure de financer vos études, mais elles réduisent toutes vos chances d’espérer de vous y installer.

Voici le recueil de ses propos

Attention, vous n’êtes pas chez vous !

« Pour signifier davantage aux étudiants étrangers, noirs de surcroit, qu’ils ne sont pas chez eux, la Suisse leur fait signer un papier. Ses autorités suisses vous font signer un papier où elles vous notifient  clairement qu’à la fin de vos études, vous devez retourner dans votre pays d’origine. Effectivement, elles envoient une lettre pour vous dire que vous avez fini vos études alors vous devez partir.

Comme issue de secours certains qui ne souhaitent pas rentrer au bercail se marient avec des suissesses. Malheureusement, mais c’est ce que bon  nombres font, car en Suisse ça ne vaut pas le coup d’y tenter de vivre dans la clandestinité. Le système suisse est tellement bien huilé que quand on décide d’y devenir clandestin on le regrette. Non seulement tu ne trouveras nulle part du boulot, mais personne ne voudra t’aider de risque qu’on lui inflige des amendes. La Suisse a tout réglé avec les amendes qu’elle inflige à sa population. Ce n’est pas comme en Italie où on peut vendre à la sauvette.

Nos proches d’abord, ensuite on verra …

La Suisse nous fait comprendre tous les jours que nous les étrangers ne sommes pas chez nous. Cela m’engage mais je trouve que la Suisse a un système de discrimination qui est institutionnalisée. Quand par exemple une offre d’emploi est publiée, on y mentionne qu’un postulant qui n’est pas suisse ou encore n’a pas de permis C n’a pas le droit de postuler. Ce qui réduit considérablement nos chances d’y trouver du travail après les études.

La loi a été un peu changée pour les étudiants étrangers et stipule maintenant qu’elle nous laissait six mois pour trouver du travail après nos études. Mais, c’est un cadeau empoisonné. Au bout de ces six mois, même si tu trouves un travail et que tu demandes le permis pour rester, l’office cantonal te signifie qu’il faut attendre qu’il voit s’il n’y a pas un suisse qui veut le boulot que tu viens de décrocher. S’il ne trouve pas de suisse, il vous dit qu’il faut qu’il regarde au niveau de l’union Européenne s’il n’y a pas quelqu’un qui veut ce boulot. S’il n’en trouve pas il va voir du côté des réfugiés avant d’offrir le travail aux étudiants étrangers relégués en quatrième position.

Cette fausse image de la Suisse…

La Suisse n’accueille personne à bras ouvert. La Suisse n’accueille que ceux qui peuvent lui apporter de l’argent. Nous avons été acceptés en tant qu’étudiants parce que nous avons prouvé que nous avions des moyens financiers pouvant nous permettre de financer nos études. C’est un pays d’opportunistes. En tous les cas c’est la lecture que je fais de la situation. Le racisme est là. La Suisse est devenue cosmopolite ».

Cet autre témoignage vous parvient d’un autre compatriote, moins exposé mais qui sait ce qui les Sénégalais en Suisse vivent.

Mamoudou Diallo, un ‘’privilégié’’ confirme

« Je suis très satisfait de mon séjour à Genève! Mes études se passent bien! La diversité des offres de formation combinée à la qualité de l’enseignement conviennent parfaitement à mon plan de carrière! Je suis venu ici il y a trois ans et Dieu merci je ne me plains pas! ». C’est à travers ces propos que l’étudiant Mamadou Diallo a remercié DIEU, avant de témoigner du mal-vivre de ses compatriotes

« Oui c’est de plus en difficile de trouver du boulot. Les crises successives depuis 2009 ont envoyé des milliers de portugais d’espagnols et de français à Genève. Et lorsqu’il s’agit de choisir entre un européen et un étudiant africain, souvent le choix est vite fait!

Oui, la vie est très chère à Genève! Mais lorsqu’on arrive à trouver un petit boulot on peut subvenir à ses besoins primaires (assurances maladie, civile, loyer, nourriture)!

Mais, vue les difficultés que rencontrent mes compatriotes au pays, je trouve indécent de ce plaindre! Je suis un privilégié!

Pour nos soucis du quotidien, nous essayons de nous entre-aider aux mieux du possible entre compatriotes!

Ce cliché toujours présent de l’autre Afrique

Sur le plan social, les genevois sont un peu froids et souvent réticents envers les africains! Cela est dû certainement aux clichés qu’ils ont de l’homme africain! Mais, souvent ils s’en départissent lorsqu’ils vous connaissent vraiment!

Genève est une ville internationale et c’est facile de rencontrer des personnes du monde entier!  Au fil du temps, je me suis fait des amis d’un peu partout (Suisses, français, chinois, américains, péruvien, malgache, italiens) et c’est en cela que je trouve la ville formidable!

 

 

A la découverte d’un appartement ‘’thérapeutique’’

S’il y a un espace où, on peut trouver beaucoup de sénégalais des étudiants en particulier, c’est bien à l’immeuble situé au quartier Mont Brillant. Ressemblant au pavillon N de l’Université Cheikh Anta Diop, cet immeuble géré par une coopérative d’étudiants suisses dénommée La Cigüe, est mis à la disposition des étudiants à bas prix. L’appartement qu’occupent les étudiants sénégalais depuis plus de 20 ans est presque devenu ‘’ une propriété privée ‘’ pour eux. Ils se débrouillent toujours pour l’avoir ou le garder. A Suivre…

Fara Michel DIEYE

Rédacteur

Fara Michel DIEYE

Co-fondateur du site Lactuacho.com, Fara Michel DIEYE jouit de plus de 18 années d’exercice dans la profession du journalisme et de la communication. Il a été notamment Rédacteur en chef du site d’information Dakaractu.com et de l’hebdomadaire Espace Magazine, et Directeur de la Rédaction du Quotidien Rewmi et de l’hebdomadaire économique Ecofi. En savoir plus >>

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