Alors qu’une mission technique du Fonds monétaire international (FMI) séjourne à Dakar pour préparer un éventuel nouvel accord avec le Sénégal, le débat sur les responsabilités dans la crise de la dette publique refait surface. Certains analystes estiment que l’institution financière internationale n’a pas su détecter à temps les déséquilibres qui se sont accumulés sous l’ancien régime.
Une délégation technique du Fonds monétaire international est arrivée à Dakar pour engager des discussions avec les autorités sénégalaises sur les perspectives macroéconomiques du pays, ses besoins de financement et les réformes à mettre en œuvre. Selon le quotidien Tribune, cette mission doit également évaluer la soutenabilité de la dette publique dans l’optique d’un futur programme de coopération.
Ces discussions interviennent dans un contexte particulièrement sensible marqué par la découverte de passifs non déclarés accumulés au cours des années précédentes. Cette situation avait conduit à la suspension du programme de financement de 1,8 milliard de dollars conclu avec le Sénégal.
Selon Tribune, la dette publique consolidée serait désormais comprise entre 119 % et 132 % du produit intérieur brut après intégration des engagements hors bilan, des arriérés et de certaines dettes d’entreprises publiques.
Le service de la dette représenterait l’un des principaux défis budgétaires du pays. Pour l’année 2026, les remboursements prévus atteindraient environ 5 500 milliards de francs CFA, dont près de 1 190 milliards d’intérêts, soit une charge particulièrement lourde pour les finances publiques.
Le rôle du FMI au cœur des interrogations
Si la responsabilité principale est attribuée à l’ancien régime de Macky Sall pour l’accumulation de dettes non déclarées, plusieurs observateurs s’interrogent également sur le rôle joué par le FMI.
Le journal Tribune rapporte que certains experts considèrent que les mécanismes de surveillance de l’institution n’ont pas permis de détecter suffisamment tôt l’ampleur des engagements financiers cachés.
Les analyses de soutenabilité de la dette réalisées au cours des dernières années auraient ainsi présenté une image plus favorable que la situation réelle, contribuant à rassurer les investisseurs et les bailleurs de fonds.
Selon cette lecture, les validations successives accordées par le FMI auraient renforcé la confiance des marchés financiers et facilité l’accès du Sénégal à de nouveaux financements, alors même que certains risques demeuraient sous-estimés.
Une crise aux conséquences durables
La suspension du programme de financement du FMI a par ailleurs compliqué la gestion de trésorerie de l’État. Pour faire face à ses besoins immédiats, le Sénégal a dû intensifier son recours au marché financier régional et à d’autres mécanismes de financement souvent plus coûteux.
Cette situation a accentué les pressions sur les finances publiques et renforcé les préoccupations relatives à la soutenabilité de la dette.
Les discussions en cours entre Dakar et le FMI sont donc perçues comme une étape cruciale pour restaurer la confiance, clarifier les perspectives budgétaires et définir un nouveau cadre de coopération.
Au-delà de la recherche d’un accord financier, l’enjeu est également de tirer les enseignements de cette crise afin de renforcer la transparence budgétaire, la qualité du contrôle des finances publiques et l’efficacité des mécanismes de surveillance économique, tant au niveau national qu’international.

