Une réflexion enrichie par une contribution Pertinente.
À la suite de mon article précédent consacré à la crise de la filière rizicole et aux défis de la souveraineté alimentaire, plusieurs contributions m’ont été adressées. Parmi elles, les observations de M. Lamine Thiam, Expert en Développement International et Business Management , méritent une attention particulière. Elles enrichissent utilement le débat en y intégrant une dimension essentielle, souvent insuffisamment prise en compte : le lien indissociable entre Souveraineté Alimentaire, Nutrition Et Santé Publique.
Produire plus ne suffit pas, il faut aussi mieux nourrir.
Une politique de souveraineté alimentaire ne peut être appréciée uniquement à travers les volumes de production ou la réduction des importations. Elle doit répondre à une question fondamentale : Quelle Alimentation Voulons Nous Pour Les Sénégalais Et Quelles En Seront Les Conséquences Sur Leur Santé ?
Produire davantage de riz est une nécessité, mais cela ne saurait constituer l’unique objectif d’une politique alimentaire moderne.
Le Paradoxe Sénégalais : Une Forte Consommation De Riz Et Des Maladies En Progression.
Le Sénégal consomme chaque année 1,7 Millions De Tonnes De Riz, dont une part importante est importée. Parallèlement, les maladies non transmissibles , notamment le diabète, l’hypertension artérielle et l’obésité, connaissent une progression préoccupante.
Sans établir un lien de causalité simpliste, cette situation invite à une réflexion approfondie sur nos habitudes alimentaires et sur les orientations de nos politiques publiques.
Le céréales locales : un trésor national sous-exploité .
Notre pays dispose pourtant d’atouts exceptionnels avec le mil, le sorgho, le maïs et le fonio . Ces céréales , parfaitement adaptées à nos conditions climatiques et représentent un formidable levier de développement économique.
Les promouvoir, c’est soutenir les producteurs sénégalais, réduire notre dépendance extérieure et améliorer la qualité de l’alimentation des populations.
L’ITA : Un Savoir-Faire National À Mieux Valoriser
Depuis plusieurs décennies, l’institut de Technologie Alimentaire ( ITA ) mêne des recherches de grande qualité sur la transformation et la valorisation des produits locaux.
Ces travaux doivent désormais être davantage intégrés aux politiques publiques afin d’encourager la consommation des céréales locales et de favoriser leur industrialisation.
Une Politique Publique Cohérente Et Ambitieuse
L’état devrait engager une stratégie nationale favorisant l’introduction des céréales locales dans :
. les cantines scolaires et universitaires ;
. les hôpitaux et structures sanitaires ;
. les casernes et administrations publiques ;
. les programmes de protection sociale ;
. les industries agroalimantaires ;
. les campagnes nationales d’éducation nutritionnelle.
Une telle politique créerait des débouchés durables pour les producteurs, renforcerait la transformation locale, réduirait les importations de riz et ameliorerait la santé des populations.
Vers une souveraineté alimentaire globale
La souveraineté alimentaire ne consiste pas seulement à produire davantage. Elle suppose également de produire mieux, de transformer localement, de promouvoir une alimentation saine et équilibrée et de préserver durablement la santé des citoyens.
La souveraineté alimentaire, la sécurité nutritionnelle et la santé publique doivent désormais être considérées comme les trois piliers d’une même stratégie nationale.
Remerciements
Je remercie très sincèrement M. Lamine Thiam pour la qualité de sa contribution . Son analyse enrichit le débat et rappelle qu’aucune politique de souveraineté alimentaire ne peut être pleinement efficace si elle ne place pas la nutrition et la santé publique au cœur de ses priorités.
Monsieur
Serigne Habib Ndaw

