Le Sénégal a perdu une figure majeure de la défense des droits des personnes en situation de handicap. Ndèye Dagué Gueye, militante engagée et pionnière du combat pour les femmes handicapées motrices, est décédée samedi à l’âge de 64 ans, laissant derrière elle un héritage marqué par le courage, la résilience et le plaidoyer pour l’égalité des chances.
Atteinte de poliomyélite à l’âge d’un an, Ndèye Dagué Gueye avait dû affronter très tôt les conséquences physiques du handicap. Grâce à plusieurs opérations chirurgicales, des séances de réadaptation et l’usage de cannes anglaises, elle avait réussi à retrouver une certaine mobilité.
Son parcours fut également marqué par le soutien constant de sa famille, notamment de son père adoptif, qui joua un rôle déterminant dans son intégration sociale et scolaire.
Enseignante durant plus de vingt-cinq ans, elle a très tôt fait face à la discrimination. Alors qu’elle exerçait comme élève-maîtresse à l’École normale des jeunes filles Germaine Le Goff de Thiès, elle fut licenciée en raison de son handicap, les autorités estimant qu’elle n’était pas apte à enseigner.
Cette décision, vécue comme une profonde injustice, deviendra un tournant majeur dans sa vie. Avec l’appui de son père adoptif, elle parvient finalement à être réintégrée dans ses fonctions. Cette expérience renforcera son engagement en faveur des droits des femmes handicapées.
En 1984, elle rejoint l’Association nationale des handicapés moteurs du Sénégal où elle crée la première section féminine afin de mieux prendre en charge les besoins spécifiques des femmes vivant avec un handicap moteur.
Son action militante lui permettra ensuite de devenir représentante des femmes au sein de la Fédération sénégalaise des associations de personnes handicapées (FSAPH). Avec ses collaboratrices, elle mènera de nombreuses campagnes de sensibilisation et de plaidoyer pour l’inclusion sociale et économique des femmes handicapées.
Grâce à ses initiatives et aux partenariats noués avec plusieurs ONG, plus de 250 femmes handicapées motrices ont bénéficié de formations professionnelles dans divers métiers.
Ndèye Dagué Gueye s’est également investie dans les questions liées à la santé reproductive des femmes handicapées, plaidant notamment pour l’accès au planning familial, le suivi prénatal, la gratuité de la césarienne et l’amélioration de l’accessibilité des structures sanitaires.
Son engagement lui a valu plusieurs distinctions nationales et internationales, dont le titre de femme pionnière dans la promotion des femmes handicapées décerné par le ministère sénégalais chargé des Femmes, le prix d’innovatrice Ashoka en 2002 ainsi que le TIAW Award en 2012, une distinction internationale également attribuée à l’ancienne secrétaire d’État américaine Hillary Clinton.
Participant à de nombreuses conférences internationales en Afrique, en Europe, en Asie et aux États-Unis, elle restera comme une voix forte du mouvement associatif sénégalais et international. Son credo, « L’égalité des chances est possible pour tous », résume l’essence de son combat.

