L’Action pour les Droits Humains et l’Amitié (ADHA) remet en question l’interprétation faite par les autorités sénégalaises de la baisse du nombre de migrants sénégalais arrivés aux îles Canaries en 2025. L’organisation estime que cette évolution s’explique davantage par des facteurs régionaux et politiques que par l’efficacité des mesures gouvernementales.
L’Action pour les Droits Humains et l’Amitié (ADHA) a vivement réagi aux chiffres récemment publiés par le Comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière (CILMI), qui font état d’une baisse de 49 % des arrivées de migrants sénégalais aux îles Canaries entre 2024 et 2025.
Dans un communiqué signé par son président, Adama Mbengue, l’organisation considère que les autorités tirent des conclusions hâtives en attribuant cette baisse à l’efficacité des politiques nationales de lutte contre la migration irrégulière.
Selon l’ADHA, les statistiques officielles espagnoles montrent que les arrivées maritimes globales aux Canaries ont diminué d’environ 44 % sur la même période, passant de plus de 61 000 à près de 33 000 migrants toutes nationalités confondues. Pour l’organisation, la baisse observée chez les ressortissants sénégalais s’inscrit dans une dynamique régionale liée notamment au renforcement des contrôles maritimes entre plusieurs pays de la façade atlantique, dont le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal.
L’association estime également que les chiffres de 2024 avaient été influencés par le contexte politique sénégalais de l’époque. Elle rappelle que les tensions politiques et les poursuites judiciaires signalées durant cette période avaient conduit certains migrants à mettre en avant leur nationalité sénégalaise dans le cadre de demandes de protection internationale en Espagne.
Pour l’ADHA, l’amélioration du climat politique observée après l’alternance a modifié ce comportement, entraînant mécaniquement une baisse des déclarations de nationalité sénégalaise à l’arrivée, sans nécessairement refléter une diminution réelle des départs.
L’organisation attire par ailleurs l’attention sur les routes migratoires alternatives qui se développent dans la région sahélienne. Elle cite notamment l’augmentation du nombre de migrants expulsés d’Algérie vers le Niger, estimant que la pression migratoire demeure forte malgré la baisse enregistrée aux Canaries.
Au-delà des statistiques, l’ADHA considère que le véritable défi reste économique. Elle soutient qu’aucune stratégie sécuritaire ne pourra durablement freiner les départs tant que les jeunes ne disposeront pas d’opportunités d’emploi, de formation professionnelle et de perspectives d’insertion.
L’organisation appelle ainsi le gouvernement à publier une méthodologie détaillée permettant d’évaluer précisément l’impact de son action et à présenter un programme chiffré de création d’emplois destiné à la jeunesse. Elle plaide également pour l’ouverture d’un débat national sur les politiques migratoires afin de privilégier davantage les réponses économiques et sociales aux approches essentiellement sécuritaires.

