Mbour : Pêche industrielle, mauvaises prises et hausse des prix, la rareté du poisson inquiète pêcheurs, mareyeurs et ménages

Au quai de pêche de Mbour, la raréfaction du poisson entraîne une hausse des prix qui pénalise aussi bien les pêcheurs et les mareyeurs que les vendeuses et les consommateurs. Dans ce reportage de l’APS, si certains professionnels pointent du doigt les navires de pêche industrielle, d’autres évoquent les mauvaises conditions météorologiques pour expliquer la baisse des prises.

Une ressource qui se raréfie et devient plus chère

Sur le quai de pêche de Mbour, l’activité habituelle se poursuit dans un climat d’inquiétude. Entre les pirogues immobilisées près du rivage, les charrettes et les étals, pêcheurs et mareyeurs font face à une difficulté grandissante : trouver suffisamment de poisson pour répondre à la demande.

Cette situation se répercute directement sur les prix, au grand dam des commerçants et des ménages qui s’approvisionnent dans ce site, considéré comme l’un des principaux espaces de débarquement du poisson au Sénégal.

Interrogé par l’APS, Babacar Ndiaye met en cause les navires étrangers opérant dans les eaux sénégalaises. Selon lui, certains pratiqueraient une pêche abusive et ne respecteraient pas toujours les conditions de leurs autorisations. Il affirme que des bateaux autorisés à capturer une seule espèce en prélèveraient plusieurs, contribuant ainsi à réduire les prises des pêcheurs locaux.

Un constat partagé par Amadou Guèye, jeune acteur de la pêche artisanale à Mbour. Celui-ci dénonce notamment l’utilisation de filets qui captureraient de petits poissons avant qu’ils aient atteint leur maturité. Une pratique qu’il juge préjudiciable au renouvellement des ressources halieutiques et aux moyens de subsistance des communautés de pêcheurs.

Les vendeuses et les consommateurs en première ligne

La raréfaction du poisson fragilise également les activités commerciales autour du quai. Fatou Seck, vendeuse de poisson, explique devoir réduire ses achats en raison de la flambée des prix. Pour continuer à exercer son activité, elle se rabat sur de plus petites quantités et des poissons de moindre taille.

Cette hausse des coûts d’approvisionnement réduit considérablement les marges des vendeuses, dont les bénéfices dépendent des volumes écoulés sur les marchés.

Pour les ménages, les difficultés sont tout aussi importantes. Venue acheter du poisson pour sa famille, Sokhna Diarra Lô affirme être repartie sans rien trouver. Elle évoque une pénurie qui rend de plus en plus difficile l’approvisionnement quotidien. Contrairement aux professionnels qui mettent en cause les navires industriels, elle estime que les fortes pluies et les mauvaises conditions météorologiques, empêchant les sorties en mer, pourraient également expliquer la faiblesse des débarquements.

La pêche industrielle mise en cause

Au-delà des témoignages recueillis au quai, la question de l’impact de la pêche industrielle sur les ressources marines et les communautés côtières est également soulevée par des spécialistes.

Dans un entretien récent avec l’APS, l’ingénieur des pêches et de l’aquaculture Ibrahima Lô a estimé que les effets de cette activité sur les communautés littorales étaient « globalement négatifs ». Selon lui, les incursions de navires industriels dans des zones proches des côtes contribuent à réduire les captures de la pêche artisanale et à accentuer la raréfaction de plusieurs espèces, notamment la sardinelle, le chinchard et le maquereau.

Ce phénomène aurait également des conséquences sur les activités de transformation du poisson à Cayar, Rufisque, Joal-Fadiouth et Saint-Louis, où les professionnels seraient confrontés à un manque de matières premières.

Pour Ibrahima Lô, la diminution des disponibilités halieutiques ne constitue donc pas seulement une difficulté économique pour les pêcheurs et les mareyeurs. Elle représente aussi un enjeu de sécurité alimentaire, dans un pays où le poisson occupe une place importante dans l’alimentation des ménages.

Entre pression sur les ressources, conditions météorologiques défavorables et renchérissement des prix, la situation à Mbour illustre les difficultés auxquelles sont confrontés les différents acteurs de la filière. Les témoignages recueillis par l’APS mettent ainsi en évidence les conséquences de cette raréfaction sur l’ensemble de la chaîne, de la capture à la consommation.

Dieyna SENE
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