Dans une tribune intitulée « La société civile n’est pas un marchepied », Aboubakr Bengelloun, président de l’association Article 25, critique vivement l’attitude du Pastef au pouvoir. Il reproche au parti d’avoir délaissé plusieurs engagements démocratiques défendus lorsqu’il était dans l’opposition et dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation des institutions et des contre-pouvoirs.
La société civile ne saurait être réduite à un instrument de conquête du pouvoir, encore moins être sollicitée uniquement lorsque ses positions servent les intérêts des gouvernants. C’est, en substance, le message porté par Aboubakr Bengelloun dans sa tribune consacrée aux relations entre le Pastef et les organisations citoyennes.
Le président de l’association Article 25 s’étonne des critiques adressées à la société civile pour son prétendu silence, alors que, selon lui, les autorités n’auraient pas suffisamment entretenu le dialogue avec elle depuis leur accession au pouvoir. Il rappelle qu’à l’époque de l’opposition, le Pastef avait soutenu plusieurs combats portés par les acteurs citoyens, avant de prendre ses distances avec certaines revendications une fois aux responsabilités.
Des engagements démocratiques remis en question
Dans sa tribune, Aboubakr Bengelloun dresse la liste de plusieurs réformes qu’il estime toujours en attente. Il cite notamment l’interdiction de manifester devant l’Assemblée nationale et sur la place de l’Indépendance, l’article 80 relatif à la sûreté de l’État et l’article 254 portant sur l’offense au chef de l’État.
Il évoque également le RAW-GADDU, le Pacte de bonne gouvernance démocratique et l’audit citoyen de la dette. À ses yeux, ces dossiers illustrent le décalage entre les engagements pris et les actes posés depuis l’arrivée du Pastef au pouvoir.
L’auteur critique par ailleurs le fonctionnement de la majorité parlementaire, qu’il décrit comme insuffisamment ouverte au débat contradictoire. Il estime que les résultats électoraux et le poids numérique du groupe majoritaire ne devraient pas dispenser les élus de leur responsabilité dans le contrôle de l’action publique.
L’amnistie et le rôle du Conseil constitutionnel au cœur des critiques
La question de l’amnistie occupe également une place importante dans son argumentaire. Aboubakr Bengelloun reproche au Pastef d’avoir défendu l’abrogation de la loi lorsqu’il était dans l’opposition, avant de soutenir au pouvoir une loi interprétative qui, selon sa lecture, maintenait l’amnistie pour les autres faits concernés.
Il dénonce ce qu’il considère comme une contradiction dans le rapport des dirigeants au Conseil constitutionnel : une institution saluée lorsqu’elle rend une décision favorable à leurs positions, mais contestée lorsqu’elle les contrarie.
L’auteur rappelle, dans le même temps, que les familles des victimes des événements politiques attendent toujours, selon lui, que les responsabilités soient établies devant la justice.
Une réforme institutionnelle jugée intéressée
Aboubakr Bengelloun s’en prend également à la réforme institutionnelle dont certains reprocheraient à la société civile de ne pas avoir suffisamment défendu le principe. Il estime que cette initiative n’a pas fait l’objet d’une concertation adéquate et qu’elle aurait été conçue dans un contexte de tensions entre les différentes composantes du pouvoir.
Selon son analyse, la réforme aurait affaibli la fonction présidentielle tout en préservant des dispositions relatives au mode de scrutin et aux infractions qu’il juge répressives. Il y voit davantage un règlement de comptes politique qu’une transformation institutionnelle répondant à des principes démocratiques clairement établis.
« La société civile n’a rien à prouver »
Au-delà des désaccords sur les réformes, le président d’Article 25 défend une conception de la démocratie fondée sur la souveraineté populaire, l’existence de contre-pouvoirs effectifs et la séparation entre le parti et l’État.
Il met en garde contre une concentration excessive du pouvoir politique et contre la confusion entre les intérêts d’une formation politique et ceux des institutions publiques. Pour lui, une démocratie participative ne peut fonctionner sans indépendance de la société civile et sans respect du pluralisme.
En conclusion, Aboubakr Bengelloun estime que la responsabilité de concrétiser les engagements annoncés incombe désormais aux gouvernants. Il affirme que la société civile reste disponible pour défendre les principes démocratiques, mais refuse d’être tenue pour responsable des retards ou des renoncements qu’il attribue au pouvoir.

