*Le soliloque de Sonko face au silence de Diomaye* Par Stanislas Ndiaye,*

La sortie publique d’Ousmane Sonko, à la veille du congrès de Pastef, ne saurait laisser indifférent. Elle ne peut s’analyser qu’à la lumière de la nouvelle posture de l’homme, désormais écarté du cœur de l’Exécutif. Les réalités ont changé : le Président de la République, usant de ses prérogatives constitutionnelles, a repris l’initiative politique. Deux décrets auront suffi.

Je vous partage ma lecture en quatre points. Stanislas Ndiaye

 

  1. *De la communication : l’enfer, c’est toujours les autres*

 

Depuis des années, le leader incontesté de Pastef nous sert le même discours, avec le même narratif. On finit par se demander à qui il s’adresse réellement, et quelle opinion publique il entend convaincre.

 

Il est temps qu’Ousmane Sonko sorte de son registre habituel de victimisation, populisme, diabolisation de l’adversaire, théorie du complot, fuite des responsabilités, menaces à peine voilées. Il est temps qu’il dépasse ce panafricanisme brandi comme une bouée de sauvetage, et qu’il s’adresse enfin, concrètement, aux Sénégalaises et aux Sénégalais qui, le moment venu, élisent le Chef de l’État.

 

En attendant ce rendez-vous électoral, chaque citoyen a le devoir de résister au formatage de l’opinion publique et de déconstruire ce narratif, systématiquement assorti d’une permanente irresponsabilité, après deux années passées à conduire l’action gouvernementale depuis la Primature.

 

  1. *Du petit palais au perchoir : une tactique de repli ?*

 

Ousmane Sonko a lui-même révélé avoir exprimé devant le Président de la République son souhait, face au limogeage, de rejoindre l’Assemblée nationale. Il lui appartient désormais d’assumer pleinement ce choix, et de sortir du champ de l’Exécutif pour l’équilibre des pouvoirs et le fonctionnement régulier des institutions de la République. Sa crédibilité politique en dépend.

 

Le glissement de cible qu’il opère délibérément, du Président de la République vers le nouveau chef de la Primature, mérite attention. Que cacherait ou redouterait un ancien Premier ministre, au moment précis où son successeur prend à peine ses fonctions ? L’avenir nous édifiera.

 

  1. *Justice : une question de perception*

 

Les Sénégalais se sont faits, à juste titre, leur propre perception de la Justice dans le pays. Mais au-delà de la seule « perception de la Justice » qu’Ousmane Sonko suggère au Président de la République, qu’il s’interroge aussi sur celle que les Sénégalais se font de ses deux années à la tête de la Primature.

 

Quelle perception ont-ils, par exemple, du Jub-Jubal-Jubbanti, de la réduction annoncée du train de vie de l’État, de la transparence dans la gestion des deniers publics ? Que pensent-ils des voitures de luxe et des jets privés ? De leur vie quotidienne malgré la réduction des prix et la pratique des taxes ?

 

  1. *2029 : si loin, si proche*

 

Le Président de la République a assumé le limogeage d’un Premier ministre qu’il avait lui-même nommé pour conduire la Politique de la Nation. De facto, Pastef, en perdant l’initiative de l’Exécutif, ne peut plus dicter sa ligne au Chef de l’État. Dès lors qu’Ousmane Sonko ne peut plus jouer le rôle de « fusible politique » pour reprendre ses propres mots, le parti Pastef a le devoir de souffrir de voir Diomaye et sa coalition avancer résolument, avec les Sénégalais qui continuent, objectivement, de lui accorder la confiance née des urnes en 2024.

 

Néanmoins, Ousmane Sonko entretient délibérément une confusion de régimes : le Sénégal n’est pas un régime parlementaire, quand bien même Pastef constituerait la première force politique au sein de l’hémicycle.

 

*Conclusion*

En définitive, cette sortie publique me semble avant tout une opération de communication à l’approche du congrès de Pastef. Si, en 2026, Ousmane Sonko n’a plus que l’Assemblée nationale et son perchoir pour exister politiquement, cela traduit une double réalité :

  • Pastef et son leader n’ont de projet que le fauteuil présidentiel ;
  • Le « Guide de la Révolution » n’est plus pleinement maître d’un jeu dont il a perdu les cartes essentielles.

 

Pastef peut bloquer le pays, s’il le veut.

Oui, mais « un pays, c’est sérieux », comme le martèle Ousmane Sonko lui-même.

Pastef peut bloquer le pays.

Oui, mais seulement jusqu’au moment où, par la force des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.

 

L’un n’est pas déloyal envers l’autre. Et si tant est qu’il existe encore un pacte en vue de 2029, les distances actuelles entre les deux hommes, en disent long sur sa solidité.

 

En politique, la responsabilité incombe davantage à l’élu qu’au nommé. Cette réalité sociopolitique demeure de rigueur au Sénégal.

 

 

*Stanislas Ndiaye,*

*Rufisque*

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