En politique, les grandes victoires électorales ne garantissent jamais la survie des organisations. L’histoire démontre que les partis meurent rarement de leurs adversaires ; ils succombent le plus souvent à leurs propres contradictions.
Le Président Bassirou Diomaye Faye est, aujourd’hui, confronté à ce qui sera, probablement, la décision la plus déterminante de son parcours politique : bâtir un parti capable de lui survivre tout en lui restant fidèle.
Le premier acte fondateur ne réside ni dans le choix du nom, ni dans celui du logo. Il se trouve dans l’architecture du pouvoir interne.
À cet égard, une option paraît s’imposer : Bassirou Diomaye Faye devrait être le *Secrétaire Général de son parti,* et non son président. Cette fonction fait du leader le *garant permanent* de la ligne politique, de la discipline et de la cohésion de l’organisation. À ses côtés, un ou une *Secrétaire Général(e) adjoint(e)* assurerait la continuité opérationnelle, le suivi des activités.
Le reste de l’organigramme pourrait être constitué de Secrétaires nationaux chargés des différents secteurs stratégiques : organisation, communication, élections, jeunesse, femmes, collectivités territoriales, diaspora, économie, agriculture, environnement, justice, relations internationales, culture, numérique, etc.
Une telle structuration renforcerait la discipline interne tout en clarifiant les responsabilités et n’aurait rien d’innovant. Elle s’inscrirait dans la tradition des grands partis politiques qui ont traversé les décennies.
Idrissa Seck avait parfaitement résumé cette philosophie en parlant du Parti démocratique sénégalais (PDS). Il disait:*«Dans le PDS, il n’y a qu’une seule Constante ; tous les autres sont des variables».*
Cette phrase, souvent commentée, résume une réalité politique : un parti ne peut, durablement, exister que s’il dispose d’un centre de gravité incontestable.
C’est, précisément, ce qui explique la remarquable résilience de particulier de partis comme le PS, PDS ou dans une certaine mesure, l’AFP. Malgré les scissions, les départs de figures historiques et les alternances, ces partis demeurent identifiables parce qu’ils restent structurés autour de leurs fondateurs, Léopold Sédar Senghor, Abdoulaye Wade, Moustapha Niass.
Macky Sall en a tiré les leçons en créant l’Alliance pour la République (APR). Aujourd’hui encore, bien qu’il vive hors du Sénégal, son influence sur son parti demeure incontestable. Là encore, la permanence du leadership a prévalu sur les contingences.
Avant, Léopold Sédar Senghor avait lui aussi compris qu’une nouvelle étape politique exigeait une nouvelle organisation. En faisant évoluer l’Union progressiste sénégalaise (UPS) vers le Parti socialiste (PS) sénégalais, il ne changeait pas, seulement, de sigle ; il redéfinissait un rapport entre le pouvoir, le parti et l’État.
Le contraste avec PASTEF est saisissant. Ce parti apparaît davantage comme la rencontre de plusieurs personnalités fortes que comme une organisation structurée autour d’une seule autorité politique. Cette diversité a constitué un levier de conquête et les militants du PASTEF se vantent de ça, mais, cette diversité pourrait devenir une faiblesse lorsque les intérêts, les ambitions ou les stratégies commenceront à diverger.
L’histoire des partis issus de mouvements révolutionnaires est éloquente : lorsque la dynamique de conquête laisse place aux rivalités de succession, les fractures apparaissent rapidement. Chacun estime détenir une part de la légitimité originelle et finit par vouloir tracer sa propre voie. Les scissions deviennent, alors, presque inévitables.
À l’inverse, les partis bâtis autour d’un leadership, clairement, assumé résistent davantage aux secousses. Ils changent de dirigeants, mais, conservent une *colonne vertébrale*.
Certains objecteront que cette conception réduit la démocratie interne. L’objection est recevable. Mais, la démocratie n’est pas l’absence d’autorité. Une organisation politique a besoin de débats, certes, mais, aussi, d’un arbitrage reconnu. À défaut, les ambitions individuelles prennent le pas sur le projet collectif.
Dans nombre de partis africains, les crises ne naissent pas d’un déficit de démocratie, mais, de la multiplication des prétendants au trône.
On connaît bien l’histoire du patron et de ses seconds. Beaucoup se comportent davantage comme des héritiers en attente que comme des serviteurs d’une vision commune.
Bassirou Diomaye Faye dispose, aujourd’hui, d’un avantage rare : il peut apprendre de l’expérience des autres avant de commettre ses propres erreurs.
Le futur parti présidentiel ne sera jugé ni sur son appellation, ni sur la qualité de son congrès fondateur prévu, ce samedi 25 juillet prochain. Il sera évalué sur sa capacité à résister aux tempêtes politiques de demain.
Le véritable défi n’est donc pas de créer un nouveau parti. Le véritable défi est de créer un parti qui ne se disloquera pas au premier vent contraire.
Un parti ne meurt pas de ses adversaires, mais, de ses contradictions internes. C’est mon avis.😀
*Babou Biram Faye (BBF)*
*Journaliste communicant*
*Analyste politique*

