Calvaire au sein des ménages : Dans le vécu des femmes stériles

La naissance d’un enfant dans un couple, constitue un moment de bonheur intense pour les deux conjoints et solidifie leur union.

Dans l’envers du décor (couple stérile ou sans enfant), certains couples souffrent en silence au bout de plusieurs années de vie commune. Cependant force est de reconnaître que dans l’univers de ces unions, les femmes sont souvent mal vues et sont exposées à de multiples commérages, médisance et préjugés.

Pour tout dire, si le mariage ne se termine pas par un divorce, durant tout ce temps de vie commune sans aucun ombre de « bouts de bois de Dieu », elles vivent le calvaire au quotidien. Reportage ‘’très discret’’ de lactuacho.com dans cet univers injuste.

Le décor

Le vécu du fameux slogan « Pour le meilleur et pour le pire » dans beaucoup de ménages est souvent mal réparti. Au Sénégal quand deux conjoints après plusieurs années de mariage, ne parviennent pas à avoir un enfant, cela devient situation qui ne manque pas de causer beaucoup de problèmes aux femmes évoluant dans ces ménages.

Il est midi dans un quartier populeux de la banlieue. A cette  heure, les rayons ardents du soleil tapaient fort, obligeant certaines personnes à choisir l’ombre des arbres pour retrouver un peu de fraîcheur. Quelques enfants jouent au football tandis que d’autres bambins s’adonnent à leur jeu préféré, au cache-cache, saut à la corde pour les jeunes filles. Sous l’ombre des arbres, les adultes s’adonnent à des jeux de carte à côté des femmes qui font des tresses. C’est l’ambiance qui rythme ce quartier très populeux de la banlieue.

« Un pan de ma vie… »

C’est  dans cet endroit qui illustre parfaitement la précarité qui sévit en banlieue où nous avons rencontré Mame Nafi, une femme âgée d’une quarantaine d’années qui a accepté de lever un pan de sa vie.

« Je me suis mariée très tôt et je suis en ma quinzième année de mariage. Et jusqu’à présent je suis sans enfant. C’est une situation difficile car l’enfant est très important dans un couple », avance Mame Nafi, très ému car cette dame est tellement malheureuse qu’elle a perdu l’espoir d’avoir un enfant un jour.

«  Je pense que je n’aurai jamais d’enfant, car j’ai fait 15 années de mariage sans voir l’ombre d’un fils. Mon mari a pris une seconde sous la pression de sa famille pour avoir des héritiers. Aujourd’hui, il a eu trois enfants, deux garçons et une fille. Je commence à prendre de l’âge et la ménopause s’approche. Cette souffrance, je la vis au quotidien », presque au bord des larmes.

Pas solitaire dans ce calvaire

Une voisine avec qui elle s’est liée d’amitié vit elle aussi ce drame familiale et elle témoigne en ces termes : « J’ai été enceinte une fois dans ma vie. De cette grossesse, j’ai fait une fausse couche et depuis cette date, je ne suis plus tombée enceinte. Aujourd’hui, je capitalise 7 années de mariage sans voir l’ombre d’un enfant dans ma maison. C’est une situation très difficile, très pénible que je suis en train de vivre. Ma consolation est que mon mari, solidaire, me dit qu’il ne va jamais chercher une autre femme car c’est Dieu qui en a décidé ainsi ».

Autre lieu, autre témoignage…

Cette troisième femme qui a accepté de parler sous l’anonymat a la trentaine  bien sonnée. Pour elle, des faux espoirs ont ainsi illustrer sa vie/

«  J’ai eu deux avortements successifs durant mes 9 années de mariage. Depuis ces deux événements douloureux, je ne peux plus tombée enceinte. C’est cette situation qui a poussé mon mari à trouver une seconde épouse. Et il a eu un enfant avec cette dernière qui est à nouveau enceinte. Je suis parfois dépressive et je suis tout le temps stressée. Je suis méconnaissable car beaucoup de gens me disent que j’ai perdu du poids » nous confie-t-elle.

Pour avoir d’enfants, des femmes font recours à des pratiques mystiques !

Dans la recherche effrénée de solutions à leur problème, les femmes se tournent dans la médecine traditionnelle après avoir consulté la médecine moderne.

« J’ai fait le tour des hôpitaux, le tour de tous les spécialistes, uniquement dans le but d’avoir un enfant. Et jusqu’à présent, toutes mes démarches sont sans succès. Ce qui est étonnant, mon mari et moi, sont partis en ensemble chez tous ces spécialistes et leurs analyses ont révèle qu’on peut bel et bien avoir un enfant car nous sommes bien portants. Aujourd’hui, je fonde tous mes espoirs à la médecine traditionnelle. J’ai fait presque toutes les régions du pays à la recherche de bons marabouts pour avoir un enfant. J’ai tellement dépensé de l’argent mais je n’ai eu aucun résultat positif. Il ne reste plus qu’à se remettre à Dieu. Peut-être un jour, j’aurai un enfant avant de mourir. En tout cas, j’ai perdu tout espoir d’avoir un jour un enfant. C’est la raison pour laquelle quand je vois une fille ou femme qui commet l’infanticide, j’ai le cœur très serré et j’éclate en sanglot ».

Si cette femme s’est mise à pleurer en évoquant le calvaire qu’elle vit au quotidien, des milliers d’autres femmes vivent cette situation au sein des ménages sénégalais et souffrent en silence.

« Je suis partie durant deux semaines dans mon village maternel pour des bains mystiques, uniquement dans le seul but d’avoir un enfant. Si je vous montrais la liste de mes ordonnances, vous n’en reviendriez pas. J’ai dépensé énormément d’argent pour me soigner mais c’est sans succès. En toute sincérité, j’ai perdu tout espoir de donner des enfants à mon mari qui en a eu deux lors de son précédent mariage. J’ai presque vu beaucoup de tradipraticiens qui m’ont  donné pas mal de remèdes mais toujours sans succès ».

Ces femmes sont à la merci des charlatans qui leur soutirent beaucoup d’argent. Elles sont nombreuses à être roulées dans la farine.

Ces commérages, médisances et de préjugés dont certaines sont exposées

Certaines femmes stériles vivent le calvaire au sein de leur ménage et font l’objet de commérages voire même de préjugés.

« Mes belles-sœurs racontent du n’importe quoi sur mon dos. Elles vont même jusqu’à dire que je suis habitée par un mauvais esprit. Elles disent derrière mon dos que je suis stérile et je n’aurai jamais d’enfant. Un jour, je me suis battue avec l’une des sœurs de mon mari. Elle m’a dit que je suis stérile et je dois cesser de marabouter son grand-frère pour qu’il puisse avoir une autre femme qui lui donne un enfant », témoigne en larmes celle qu’on surnomme dans ce reportage Ndeye..

Mais le plus dur poursuit-elle est que même son mari commence à m’insulter durant leurs disputes.  « Un jour durant une scène de ménage, il m’a insultée en me disant que ses sœurs ont raison de dire que je suis stérile ».

Pour cette deuxième femme qui s’est ouverte à lactuacho, le coup bas vient des parents :

«  Ma belle-mère ne cesse de me dire de laisser son fils car je ne peux pas avoir d’enfant. Chaque fois, elle conseille à mon mari de chercher une autre femme, car elle veut voir ses petits-fils avant de mourir. Je vis le calvaire dans ma belle-famille. Quand je cuisine, ma belle mère et mes belles sœurs ne mangent pas car elles disent que je suis prête à leur marabouter pour garder mon mari pour moi toute seule ».

Pour ‘’Aïda’’, son conjoint a franchi la ligne que redoute certaines

«  Depuis que mon mari a pris une seconde  épouse, je vis le calvaire dans mon ménage. Durant les cérémonies familiales, mes belles-sœurs adulent ma coépouse. Elles disent à hautes voix que nous sommes avec toi car tu nous as donnés des enfants contrairement à celle qu’on ne veut pas nommer. Je vis toute sorte d’humiliation au sein de ma belle famille. Elles vont même jusqu’à dire à ma coépouse de bien surveiller ses enfants avant qu’on ne les maraboute ou même empoisonne. Ce qui me fait mal dans tout cela, c’est le fait que mon mari  les laisse faire. Il m’a dit qu’il s’en moque si je le souhaite, je peux quitter la maison ».

Des fois c’est l’ingratitude du métier, car en revivant ces faits ‘’Aïda’’ fond en larmes, nous poussant à mettre fin à ces confidences.

Des mariages  qui volent en éclat à cause de ce phénomène…

A force de subir au quotidien  beaucoup d’humiliation, certaines femmes demandent le divorce car ne pouvant plus supporter la situation.

« Aujourd’hui, j’ai demandé et obtenu le divorce de mon mari. Nous n’avons pas eu d’enfants après 10 années de mariage. Comme il commençait à fréquenter d’autres femmes au su de tout le monde, j’ai préféré partir pour ne faire l’objet des discussions dans le quartier. Un jour, il m’a dit sans gêne qu’il fréquentait ces femmes pour avoir un enfant dont je suis incapable de lui donner après 10 ans de vie commune. Mais à cela s’ajoutaient les commérages et les médisances de mes belles-sœurs. Comme je ne pouvais plus supporter tout cela, j’ai demandé le divorce », nous confie l’une d’elles.

La dame Soukeye vit la même situation.

« Ne pouvant plus supporter les méchancetés gratuites de mes belles-sœurs, je suis retournée chez mes parents. Mes belles-sœurs me traitaient tous les noms d’oiseaux ainsi que leur propre mère. Elles ne rataient jamais l’occasion de m’insulter. Elles amenaient leurs copines à la maison pour pousser leur frère à choisir l’une d’entre elles pour épouse. Elles ont même réussi à pousser mon mari  à épouser une fille qu’on avait confiée à ma belle-mère. Ce qui est écœurant, c’est que cette fille en question, je l’ai éduquée. Il y a tous ces facteurs-là qui ont poussé à demander le divorce ».

Saër DIAL

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Saër DIAL

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