L’inauguration de l’aéroport de Ziguinchor, présentée comme un moment fort pour la région sud du pays, a été marquée par une absence remarquée : celle de la compagnie nationale Air Sénégal SA. Un choix qui a rapidement suscité interrogations et débats, tant sur le plan technique que symbolique.
Alors que l’événement devait incarner une vitrine du savoir-faire et de l’ambition du Sénégal dans le secteur aérien, c’est finalement une compagnie privée qui a assuré le vol inaugural. Une décision loin d’être anodine dans un contexte où les enjeux de souveraineté et de soutien aux entreprises nationales occupent une place centrale dans le débat public.
Selon des sources internes à Air Sénégal, l’absence de la compagnie nationale s’explique avant tout par des considérations techniques et sécuritaires. L’aéroport de Ziguinchor ne remplirait pas encore toutes les conditions nécessaires pour accueillir ses opérations dans le respect de ses standards.
« L’aéroport ne remplit pas toutes les conditions de sécurité exigées. La compagnie nationale respecte les conditions de sécurité à l’instar de l’aéroport de DIASS et du Cap Skirring. « A ce jour, à l’instar de l’aéroport de Saint-Louis, celui de Ziguinchor ne satisfait pas encore aux conditions optimales de sécurité définies par nos manuels d’exploitation » a indiqué une source proche de la compagnie.
Ces préoccupations sont corroborées par un technicien de l’aéroport international Blaise Diagne (AIDB), qui précise que l’aéroport de Ziguinchor remplira les conditions d’un aéroport dit « contrôlé » qu’à compter du 14 mai 2026. A cette date, il disposera des équipements et personnels tels que les contrôleurs aériens pour répondre aux standards requis. D’ici là, l’exploitation de l’aérodrome se fera sous un régime provisoire, dit AFIS (service d’information de vol d’aérodrome), moins exigeant qu’un contrôle aérien complet.
Bien que l’infrastructure ait été homologuée le 24 avril 2026 par ANACIM, plusieurs éléments essentiels restent en suspens. Les résultats concernant la résistance des chaussées ne sont pas encore disponibles et certaines évaluations reposent encore sur des projections théoriques.
Autre limite importante : l’absence de personnels de tour de contrôle. L’aéroport fonctionne actuellement uniquement de jour, excluant toute opération nocturne. Des conditions qui, selon les normes internes d’Air Sénégal, ne permettent pas encore d’y opérer en toute conformité.
Au-delà des aspects techniques, l’absence de la compagnie nationale a déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux. Pour de nombreux Sénégalais, un vol inaugural dépasse la simple dimension opérationnelle : il s’agit d’un acte hautement symbolique.
« Un vol inaugural est un message, une image, une déclaration politique », estime un internaute. Pour lui comme pour d’autres, la présence d’Air Sénégal aurait été un signal fort de souveraineté et de fierté nationale.
Certains dénoncent ainsi un manque de cohérence dans les politiques publiques, s’interrogeant sur le choix de faire appel à une compagnie privée pour un événement aussi stratégique. « L’État ne doit pas laisser tomber sa compagnie nationale, surtout dans un moment aussi important », écrit un autre citoyen.
Cette situation ravive une tension classique entre exigences de sécurité et impératifs symboliques. D’un côté, une compagnie nationale soucieuse de respecter strictement les normes internationales. De l’autre, une opinion publique attachée à l’image et au rôle stratégique de ses entreprises nationales.
Abdou Faye, cadre des transports aériens.

