Le mot est lâché : Transparence. Le Sénégal assure aujourd’hui que sa dette publique est «pleinement alignée» sur les standards du Fonds monétaire international. Une déclaration relayée avec assurance par le Directeur Général de la Comptabilité Publique et du Trésor (DGCPT) Alioune Diouf, dans les colonnes de Reuters. Mais, dans un contexte de tension budgétaire et de surveillance accrue des partenaires internationaux, cette affirmation mérite plus qu’un simple écho : elle appelle un examen rigoureux.
Partant, de quelle transparence parle-t-on ? Celle qui surgit après des divergences majeures constatées en 2024 entre les chiffres officiels et ceux du FMI ? Celle qui intervient une fois que des audits ont imposé une mise à plat des données sur plusieurs années ?
Si transparence il y a aujourd’hui, c’est bien parce qu’il y a eu, hier, opacité ou, à tout le moins, insuffisance de fiabilité.
Le gouvernement met en avant une «réconciliation» des données. Mais, une réconciliation n’est jamais neutre : elle signifie qu’il existait deux vérités. Et dans la gestion des finances publiques, cette dualité n’est pas un simple détail technique ; elle touche au cœur du contrat de confiance entre l’État, les citoyens et les partenaires financiers.
Autre sujet d’inquiétude : le recours à des instruments financiers complexes comme les Total Return Swap (TRS). Présentés comme des outils modernes d’optimisation, ces mécanismes appartiennent à une ingénierie financière sophistiquée, souvent difficilement accessible au contrôle citoyen.
Peut-on, sérieusement, parler de transparence lorsque les outils, eux-mêmes, échappent à la compréhension du plus grand nombre ? La modernité financière ne doit pas devenir un nouveau voile. La régularisation des passifs soulève, elle aussi, des interrogations. Transformer des prêts bancaires en titres publics est présenté comme un simple ajustement technique. Dans les faits, cette opération peut aussi traduire une volonté de reconfigurer la présentation de la dette pour en améliorer la lisibilité, ou la perception. La frontière entre clarification et requalification stratégique est parfois ténue.
Quant aux nouveaux efforts de reporting (rapports trimestriels, bulletins statistiques), ils vont dans le bon sens. Cependant, la vraie question reste entière : ces publications diront-elles tout ? Ou diront-elles seulement ce qu’il est utile de montrer ?
En réalité, ce moment est un test. Un test de crédibilité pour l’État du Sénégal. Un test de cohérence entre le discours et la pratique. Un test de maturité institutionnelle aussi. Car la transparence ne se décrète pas dans une interview, fût-elle accordée à Reuters. Elle se construit dans le temps long, dans la constance des chiffres, dans l’acceptation du regard critique et dans la capacité à rendre des comptes sans contrainte extérieure.
Le dialogue en cours avec le Fonds monétaire international montre bien que la question dépasse le simple cadre technique. Elle touche à la crédibilité internationale du Sénégal, à sa capacité à mobiliser des financements et à défendre sa souveraineté économique.
Derrière les mots, il y a donc un enjeu central : la confiance. Et celle-ci, contrairement aux chiffres, ne se réconcilie pas. Elle se mérite.
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