J’ai souvent défendu l’idée d’inscrire, dans notre dispositif constitutionnel, une chambre dédiée aux autorités religieuses et coutumières.
L’objectif serait double.
D’abord, protéger la République contre les interventions désordonnées de religieux indépendants dans la politique partisane.
Ensuite, protéger nos autorités religieuses et traditionnelles contre les calculs, les récupérations et les manœuvres politiciennes.
Ces autorités tiennent une part importante de leur légitimité du consentement de millions de citoyens. Elles incarnent des repères sociaux, spirituels, moraux et culturels qui ne doivent ni être ignorés par l’État, ni dégradés par le jeu partisan.
Une telle réforme permettrait d’inventer une laïcité plus enracinée, plus apaisée et plus conforme à nos réalités. Une laïcité qui ne combat pas nos valeurs traditionnelles, mais les organise dans un cadre républicain clair.
Le Ghana offre déjà une référence utile. Sa Constitution garantit l’institution de la chefferie traditionnelle et prévoit une National House of Chiefs. Le Chieftaincy Act de 2008 organise aussi les maisons nationales et régionales des chefs traditionnels.
Mais cette reconnaissance doit avoir une contrepartie forte : les autorités religieuses et traditionnelles reconnues par la Constitution ne devraient pas exercer, en même temps, des responsabilités politiques partisanes.
Leur mission devrait être négociée avec elles : préservation du patrimoine culturel et immatériel, médiation sociale, transmission des valeurs, conseil éthique, cohésion nationale.
Il ne s’agirait donc pas de politiser la tradition.
Il s’agirait de républicaniser sa place.
Vivement une proposition de loi de l’Assemblée nationale !
Par Boubacar Tall

