Quatre mois de vide contractuel et salarial : quand c’est le Chef de l’État qui doit pallier la défaillance de la Fédération
Il a remporté la CAN 2025. Il a qualifié le Sénégal pour la Coupe du monde. Il a préparé l’équipe dans les moindres détails pendant quatre mois — sans contrat, sans salaire, sans aucune base légale. Ce mercredi 27 mai 2026, alors que les Lions devaient s’envoler pour les États-Unis à l’aube du premier Mondial de Pape Thiaw en tant que sélectionneur national, c’est le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, qui a dû intervenir personnellement pour débloquer une situation que la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) était seule responsable de résoudre. Une défaillance institutionnelle grave, qui appelle des réponses claires.
Le contrat de Pape Thiaw est arrivé à expiration en février 2026, soit un mois pile après la victoire historique en finale de la CAN 2025 face au Maroc. Depuis lors, le sélectionneur national a travaillé sans aucune base légale et sans rémunération. Quatre mois durant lesquels il a néanmoins conduit les matchs amicaux, finalisé la liste des 26 joueurs et encadré l’intégralité de la préparation — par sens du devoir, et par souci de ne pas fragiliser le groupe.
Selon des informations révélées par Seneweb, la FSF avait bien entamé des discussions après le sacre à la CAN. Mais ces négociations n’ont pas abouti, la fédération ayant proposé des clauses jugées irrecevables par le camp du sélectionneur. C’est dans ce vide que Pape Thiaw a continué à exercer ses fonctions, jusqu’à menacer, le jour même du départ, de ne pas voyager avec le groupe tant que sa situation contractuelle ne serait pas régularisée. Le vol, initialement prévu à 15h30, a ainsi été repoussé à deux reprises avant un départ tardif à 23h00.
C’est le Président Bassirou Diomaye Faye qui a finalement décanté la situation, en s’entretenant personnellement avec le sélectionneur pour le convaincre de rejoindre les Lions aux États-Unis, son nouveau contrat devant lui être remis une fois sur place. Une intervention décisive — mais qui est, en elle-même, la preuve la plus accablante contre la FSF. La Présidence de la République n’a pas vocation à gérer les contrats des sélectionneurs nationaux.
Face à la polémique, la FSF a publié un communiqué dans la nuit du 27 mai pour tenter de calmer les esprits. Elle attribue le retard du départ à des contraintes administratives et logistiques — obtention des autorisations de vol spécial, finalisation des visas — et dément formellement que le sélectionneur aurait refusé d’embarquer pour des motifs contractuels. Mais ce communiqué se contredit lui-même : tout en niant le différend, la FSF reconnaît que des discussions contractuelles sont toujours en cours — à quinze jours du coup d’envoi du Mondial. Un démenti qui n’a convaincu personne.
Et ce n’est pas tout. Dans les jours précédant le départ, les Lions ont été contraints de s’entraîner en salle, la SOGIP — gestionnaire des infrastructures sportives publiques — ayant refusé l’accès au stade à la délégation nationale en raison d’une dette estimée à 100 millions de FCFA réclamée à la FSF. Champion d’Afrique en titre, l’équipe nationale du Sénégal s’est donc préparée à la Coupe du monde dans des conditions proprement inacceptables.
Le 23 mai 2026 — soit quatre jours avant ce bras de fer — le président de la FSF, Abdoulaye Fall, lançait solennellement lors de l’AGO au CICAD de Diamniadio un appel à « une véritable union sacrée » autour des Lions. Derrière la façade des grandes déclarations, le sélectionneur était sans contrat et sans salaire depuis quatre mois, et la fédération devait 100 millions à la SOGIP. En janvier 2026, la ministre des Sports avait pourtant annoncé publiquement la prolongation imminente de Pape Thiaw. Promesse restée sans suite. On ne peut pas appeler à l’union sacrée le mardi et laisser le sélectionneur sans contrat le mercredi.
Ce dysfonctionnement ne touche pas qu’un individu. Il atteint l’ensemble de l’édifice sportif national. Pape Thiaw d’abord, champion d’Afrique, qui aborde son premier Mondial en tant que sélectionneur après quatre mois de vide juridique et financier, et qui part aux États-Unis avec la promesse d’un contrat à venir — sans rien de signé à ce jour. Les joueurs ensuite, qui méritent de préparer une Coupe du monde dans une structure saine, pas dans une salle faute d’accès au stade national. Le peuple sénégalais enfin, qui mérite que ceux qui représentent sa fierté nationale soient traités avec la dignité que l’institution impose.
La FSF doit des réponses claires et publiques. Pourquoi le renouvellement du contrat n’a-t-il pas été formalisé en quatre mois ? Qui au sein du Comité Exécutif porte la responsabilité de ce vide administratif ? Quand les arriérés de salaire seront-ils réglés ? Comment une dette de 100 millions envers la SOGIP a-t-elle pu s’accumuler au point de priver les Lions de leur stade d’entraînement à quinze jours du Mondial ? Et comment garantir que de telles défaillances ne se reproduisent plus jamais ?
Le Sénégal s’apprête à disputer sa quatrième Coupe du monde face à la France, la Norvège et l’Irak. Ce moment de fierté nationale mérite une institution fédérale rigoureuse, respectueuse et responsable. La FSF doit cesser de gouverner dans l’improvisation et le laxisme administratif, sans attendre que la Présidence de la République vienne suppléer à ses carences. Le Sénégal, champion d’Afrique, mérite mieux que cela.
À l’heure où ces lignes sont écrites, Pape Thiaw est aux États-Unis sans contrat signé..
Alioune Aw
Keur Massar Nord
badou60@gmail.com

