Nouveau gouvernement : Amadou Chérif Diouf écarté, la diaspora sénégalaise entre incompréhension et déception…Par Momar Dieng Diop

La récente réorganisation gouvernementale ayant conduit à la non-reconduction de Monsieur Amadou Chérif Diouf au poste de Secrétaire d’État chargé des Sénégalais de l’Extérieur a suscité de nombreuses réactions au sein de la diaspora sénégalaise. De Madrid à Milan, de Paris à New York, en passant par les grandes communautés sénégalaises d’Afrique, nombreux sont ceux qui expriment leur surprise et leur incompréhension face à une décision qui intervient alors que son action était largement saluée.

Au-delà de la personne, cette situation relance le débat sur la place réelle accordée aux Sénégalais de l’extérieur dans les politiques publiques nationales. Depuis plusieurs décennies, la diaspora constitue pourtant l’un des piliers essentiels de l’économie sénégalaise. Par ses transferts financiers, ses investissements, son expertise professionnelle, ses initiatives entrepreneuriales et son rôle de relais diplomatique et culturel, elle contribue de manière significative au développement du Sénégal.

Lorsqu’Amadou Chérif Diouf a été nommé à la tête du Secrétariat d’ État chargé des Sénégalais de l’Extérieur, de nombreux compatriotes ont nourri de grands espoirs quant à une meilleure prise en compte de leurs préoccupations. Ayant lui-même vécu l’expérience de l’émigration, il connaît les réalités, les défis et les attentes de la diaspora sénégalaise, un terrain qui ne lui est donc nullement étranger.

Au fil des mois, il a réussi à instaurer une relation de confiance avec une diaspora souvent confrontée à des difficultés administratives, mais aussi au sentiment d’être éloignée des centres de décision.

Son action s’est distinguée par une approche fondée sur l’écoute, la proximité et le dialogue. Pour de nombreux Sénégalais établis à l’éxterieur, il était devenu un interlocuteur accessible, attentif aux réalités du terrain et soucieux d’apporter des réponses concrètes aux préoccupations exprimées.

Parmi les initiatives qui ont marqué son passage figurent les Journées Nationales de la Diaspora. Bien plus qu’un simple événement institutionnel, ces journées ont constitué un véritable espace d’échanges entre les autorités et les Sénégalais de l’extérieur. Elles ont permis à des femmes et des hommes venus d’horizons différents de partager leurs expériences, leurs difficultés, mais aussi leurs propositions pour contribuer davantage au développement du Sénégal.

Le succès de ces rencontres a été largement reconnu. Les débats ont souligné le potentiel considérable de la diaspora et la nécessité de lui accorder une place plus importante dans les politiques publiques. À l’issue de ces journées, plusieurs participants avaient même plaidé pour l’érection du Secrétariat d’État en ministère de plein exercice, estimant que les questions liées à la diaspora méritaient un traitement institutionnel à la hauteur de leur importance stratégique.

Comme tout responsable public, Amadou Chérif Diouf a également été confronté à des critiques, notamment lors de ses premières interventions en Espagne. Mais beaucoup reconnaissent aujourd’hui sa capacité à écouter les remarques, à rectifier certaines approches et à apporter des réponses aux préoccupations les plus pressantes de la communauté sénégalaise.

La question des passeports, qui avait longtemps alimenté l’inquiétude et la frustration de nombreux compatriotes établis en Espagne, a connu des avancées notables grâce à son implication et au suivi assuré par ses services. Pour de nombreuses familles, ces améliorations ont représenté bien plus qu’une simple formalité administrative : elles ont permis de retrouver une certaine sérénité dans leur vie quotidienne.

Plus récemment, durant son mandat de Secrétaire d’État, il a accordé une attention particulière au processus exceptionnel de régularisation en Espagne, veillant à ce que les ressortissants sénégalais concernés puissent en tirer pleinement profit. À cette fin, ses services ont maintenu un dialogue régulier avec les représentants de la communauté sénégalaise afin de suivre l’avancement de la procédure, de recenser les difficultés rencontrées et de contribuer à la recherche de solutions adaptées aux cas signalés.

Cette présence constante a été particulièrement appréciée par de nombreux compatriotes qui ont eu le sentiment, pour une fois, de ne pas être seuls face à la complexité des démarches administratives. Pour beaucoup, cette proximité a constitué l’une des marques les plus visibles de son engagement.

Il convient naturellement de rappeler que le Président de la République dispose, en vertu de ses prérogatives constitutionnelles, du pouvoir de nommer aux fonctions civiles et militaires ainsi que de composer librement son gouvernement. Ce choix relève de son entière responsabilité.

Toutefois, dans une démocratie, les citoyens ont également le droit d’exprimer leurs sentiments et leurs appréciations sur l’action des responsables publics. À ce titre, la déception exprimée par une partie de la diaspora face à l’absence d’Amadou Chérif Diouf dans le nouveau gouvernement apparaît comme l’expression légitime d’un ressenti partagé par de nombreux Sénégalais de l’extérieur.

C’est pourquoi sa non-reconduction suscite aujourd’hui autant d’interrogations. Pour beaucoup, cette décision intervient à un moment où plusieurs réformes engagées commençaient à porter leurs fruits et où une nouvelle dynamique semblait s’installer au bénéfice de la diaspora.

Au-delà de cette situation particulière, le véritable débat reste celui de la place accordée aux Sénégalais de l’extérieur dans le projet national. Car la diaspora ne se résume pas aux transferts financiers qu’elle envoie au pays. Elle est composée de femmes et d’hommes qui, malgré l’éloignement, restent profondément attachés à leur terre natale et souhaitent participer pleinement à son développement.

Comme le rappelait feu Alioune Badara Cissé, paix à son âme, il ne doit pas exister des « Sénégalais à part entière » et des « Sénégalais entièrement à part ». L’ambition collective doit être celle d’un Sénégal qui rassemble tous ses enfants, qu’ils vivent en Casamance, à Ndiaganiao, à Kébémer, à Dakar, à Madrid, à Paris ou à New York, autour d’une même vision de la citoyenneté, de la solidarité et du progrès.

Momar Dieng Diop Espagne

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