Souveraineté africaine : Ousmane Sonko prône une rupture avec les dépendances historiques et trace les voies d’une Afrique actrice du monde multipolaire

Lors d’une conférence de haut niveau à Dakar, le Premier ministre Ousmane Sonko a livré une réflexion approfondie sur les défis de souveraineté du continent africain, appelant à une rupture stratégique face aux dépendances historiques.

Prenant la parole à Dakar lors d’une conférence consacrée au thème « autonomie, patrimoine et monde multipolaire », en présence de l’analyste français Pascal Boniface, le Premier ministre Ousmane Sonko a esquissé les contours d’une souveraineté africaine à reconstruire, entre héritage historique et exigences contemporaines.

D’emblée, Ousmane Sonko a salué l’initiative portée par le comité d’organisation dirigé par Dame Mbodj, tout en mettant en avant la pertinence des échanges dans un contexte international marqué par des recompositions profondes.

Au cœur de son intervention, une interrogation fondamentale : que recouvre réellement la souveraineté africaine ? Pour le chef du gouvernement, il ne s’agit ni d’un acquis, ni d’un simple héritage, mais d’un chantier inachevé. Il a rappelé que l’Afrique, au-delà de sa diversité, constitue une trajectoire historique marquée à la fois par des périodes de grandeur – des civilisations antiques aux grands empires comme celui de Kankan Moussa – et par des ruptures profondes liées à la traite négrière et à la colonisation.

Selon lui, ces séquences historiques ont durablement inscrit le continent dans une position de dépendance, malgré les indépendances formelles acquises au XXe siècle. « Nos États existent, mais décident-ils toujours ? », s’est-il interrogé, soulignant le décalage entre souveraineté juridique et réalité économique.

Dans cette perspective, Ousmane Sonko a pointé les fragilités structurelles des économies africaines, encore largement tournées vers l’exportation de matières premières et dépendantes de financements extérieurs. Une situation qui, à ses yeux, vide la souveraineté de sa substance.

Au-delà du constat, le Premier ministre a insisté sur la nécessité de refonder le patriotisme, qu’il distingue des postures discursives. « Le patriotisme est une discipline et une exigence », a-t-il affirmé, appelant à une gouvernance fondée sur la transparence, la responsabilité et l’exemplarité des élites.

Dans un monde en mutation vers la multipolarité, il a également mis en garde contre les illusions d’un simple changement de partenaires. « Déplacer la dépendance n’est pas la dépasser », a-t-il averti, plaidant pour une stratégie fondée sur la défense des intérêts africains.

Pour Ousmane Sonko, la souveraineté repose sur des piliers concrets : produire localement, maîtriser les chaînes de valeur, mobiliser les ressources internes, renforcer les institutions et mener une « bataille des idées » pour s’émanciper des schémas de pensée importés.

Il a aussi insisté sur l’impératif d’intégration régionale, évoquant notamment la Zone de libre-échange continentale africaine comme levier potentiel, à condition qu’elle s’accompagne de véritables politiques industrielles. Dans le même esprit, il a appelé à préserver la cohésion régionale en consolidant la CEDEAO, malgré les tensions récentes.

Autre axe majeur de son discours : la jeunesse africaine, qu’il considère comme un levier stratégique. « Une jeunesse laissée sans perspectives devient une fragilité, mais formée et mobilisée, elle devient une puissance », a-t-il souligné, plaidant pour son intégration au cœur des politiques publiques, aux côtés de la diaspora.

En conclusion, Ousmane Sonko a lancé un appel à la lucidité et à l’engagement collectif : « La souveraineté n’est pas un héritage à célébrer, mais un combat à organiser ». Un combat qui, selon lui, exige des choix courageux, une vision de long terme et une mobilisation de toutes les forces vives du continent.

Michel DIEYE

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