*Sénégal: Riz Local, Protéger Plutôt Que Subventionner* Par Le Prof Amath Ndiaye

La filière rizicole sénégalaise traverse une crise de commercialisation qui ne résulte pas d’une véritable surproduction. La production nationale demeure inférieure aux capacités des rizeries de la vallée du fleuve Sénégal et le pays continue d’importer d’importants volumes de riz. Le véritable problème est donc celui de l’écoulement de la production locale.

 

Cette situation s’explique par plusieurs facteurs : un financement insuffisant de la commercialisation et du stockage, des circuits de distribution encore incomplets, une concurrence du riz importé et un déficit de compétitivité sur certains segments du marché.

 

Pour y faire face, le Gouvernement a annoncé une subvention de 50 FCFA par kilogramme de riz local commercialisé. Cependant, selon des informations concordantes provenant des acteurs de la filière, cette subvention n’a pas été versée aux commerçants qui avaient pourtant acheté les volumes de riz demandés par l’État. En mobilisant leur trésorerie sans recevoir la compensation promise, ces opérateurs ont été privés de l’incitation économique qui devait accélérer l’écoulement des stocks. Cet épisode illustre les fortes contraintes de trésorerie auxquelles les finances publiques sont aujourd’hui confrontées.

 

 

Le DPBEP 2027-2029 décrit en effet un État confronté à un déficit budgétaire élevé, à une dette importante et à des besoins de financement considérables. À ces contraintes s’ajoute l’alourdissement probable des subventions énergétiques provoqué par le conflit au Moyen-Orient et la hausse des prix internationaux du pétrole. Dans ce contexte, une politique reposant principalement sur les subventions apparaît difficilement soutenable.

 

Une augmentation progressive et ciblée des droits et taxes sur le riz importé constituerait une réponse plus durable. Contrairement aux subventions, les droits de douane génèrent des recettes publiques tout en améliorant la compétitivité du riz local.

 

À court terme, des mesures urgentes s’imposent, notamment le gel temporaire des importations afin d’accélérer l’écoulement des stocks. À moyen terme, un système de contingentement des importations, adapté au niveau de la production nationale, permettrait de mieux protéger la filière. Cette politique devrait être accompagnée d’une vaste campagne de communication mettant en avant les qualités du riz local et les avantages économiques du « consommer local ».

 

Une telle stratégie peut préserver le pouvoir d’achat des ménages en orientant progressivement la demande vers le riz local, tout en stimulant la production nationale, l’investissement et les gains de productivité.

 

Les recettes supplémentaires issues des droits et taxes à l’importation pourraient alimenter un Fonds de développement de la filière rizicole, destiné à financer le stockage, la commercialisation, les mécanismes de crédit ainsi que l’amélioration de la qualité et de la compétitivité du riz local. Dans le contexte actuel, cette approche apparaît plus soutenable et plus efficace qu’une politique fondée principalement sur des subventions que les finances publiques peinent à honorer.

 

Pr Amath Ndiaye

FASEG-UCAD

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