Les dernières projections du Fonds monétaire international, issues du World Economic Outlook (avril 2026), marquent un tournant pour l’économie sénégalaise. Elles traduisent l’entrée dans une phase de contraintes macroéconomiques plus fortes, après l’épisode de croissance tirée par les hydrocarbures.
*Une dégradation des principaux équilibres macroéconomiques*
Le FMI projette une croissance de 2,2 % en 2026 et 2,3 % en 2027, nettement en dessous des standards régionaux.
Dans le même temps, l’inflation atteindrait 2,6 % en 2026, traduisant des tensions modérées mais réelles.
Le déficit du compte courant resterait élevé à –6,2 % du PIB en 2026, confirmant la persistance des déséquilibres externes.
À cela s’ajoute une contrainte budgétaire forte. Le déficit public, bien qu’en réduction progressive (autour de –6,7 % du PIB en 2026 avec une trajectoire vers –3 % à l’horizon 2029–2031), demeure élevé et impose un ajustement significatif.
*Comment expliquer ce ralentissement ?*
Les mesures d’ajustement budgétaire — hausse des impôts et taxes, réduction des dépenses publiques, notamment des investissements — ont exercé un effet restrictif sur la demande intérieure.
Parallèlement, la production et les exportations de pétrole stagnent en volume, limitant leur contribution à la croissance.
L’économie se retrouve ainsi prise en étau entre un resserrement budgétaire contraint et un affaiblissement de son moteur externe.
Dans ce contexte, les effets récessifs auraient pu être atténués par un calibrage plus favorable à la croissance :
- éviter une contraction des investissements publics,
- renforcer le soutien à l’offre (crédits et garanties aux entreprises),
- relancer le secteur des Bâtiments et Travaux publics, à fort effet d’entraînement,
- et favoriser les exportations agricoles, notamment arachidières, plutôt que d’envisager leur taxation.
Sur ce dernier point, une taxation des exportations aurait un effet contre-productif : elle réduit les incitations à produire, freine les volumes exportés et pèse sur les recettes en devises. À l’inverse, une stratégie de promotion des exportations agricoles aurait permis de soutenir simultanément la croissance, l’emploi rural et l’équilibre extérieur.
*La dette comme contrainte centrale*
Le FMI met en avant :
- un endettement élevé,
- des passifs non déclarés,
- et la suspension du programme en 2024.
La gestion de la dette devient de plus en plus coûteuse, risquée, voire potentiellement insoutenable.
Dans un contexte de tensions géopolitiques (guerre au Moyen-Orient), les pressions inflationnistes mondiales pourraient maintenir des taux d’intérêt élevés, aggravant encore le service de la dette et réduisant les marges budgétaires.
*Un impératif de redressement : consensus national, PNERS et ancrage avec le FMI*
Les prévisions du FMI actent une réalité : l’économie sénégalaise est entrée dans un nouveau régime, dominé par les contraintes de financement et les fragilités structurelles.
Dans ce contexte, la réponse exige un large consensus national, condition de crédibilité et de réussite des réformes.
Deux leviers apparaissent complémentaires :
Un Plan National de Redressement Économique et Social (PNERS), structurant l’ajustement autour de priorités claires : discipline budgétaire, efficacité de la dépense, soutien à la production.
Un programme avec le Fonds monétaire international, nécessaire pour :
- restaurer la crédibilité financière,
- sécuriser les financements extérieurs,
- stabiliser les anticipations.
L’enjeu est d’éviter un ajustement subi, en lui substituant une trajectoire maîtrisée, fondée sur la confiance.
Au fond, il ne s’agit plus seulement de gérer le ralentissement, mais de refonder le modèle de croissance sénégalais.
Pr Amath Ndiaye
FASEG-UCAD

