À l’occasion des obsèques de son ami Ismaëla, dont il affirme que le combat contre l’insuffisance rénale est né de leur rencontre, le directeur général de Carrefour Médical, Saliou Mboup, est revenu sur plus d’une décennie d’engagement en faveur de l’amélioration de la prise en charge des patients dialysés au Sénégal. Dans un témoignage rapporté par Le Quotidien Tribune, il retrace les avancées enregistrées tout en dénonçant les résistances de puissants intérêts économiques qu’il qualifie de « lobbies de la dialyse ».
Selon le responsable de Carrefour Médical, c’est en découvrant la situation dramatique de son ami Ismaëla, contraint d’effectuer trois séances de dialyse par semaine pour un coût annuel estimé à près de dix millions de francs CFA, qu’il a pris conscience des difficultés rencontrées par les malades souffrant d’insuffisance rénale. Informé par les médecins que de nombreux patients figuraient sur des listes d’attente faute de moyens ou de capacités d’accueil, il affirme avoir décidé d’investir dans ce secteur afin de rendre les traitements plus accessibles.
Comme le rapporte Le Quotidien Tribune, ses recherches lui auraient permis de constater que le marché de la dialyse était dominé par quelques opérateurs bénéficiant d’une situation de monopole sur les consommables médicaux. Selon lui, cette concentration du marché faisait exploser les coûts des traitements et limitait les efforts de l’État visant à instaurer la gratuité des séances de dialyse.
Saliou Mboup rappelle qu’entre 2010 et 2011, plusieurs initiatives ont été engagées pour développer de nouveaux centres de dialyse au Sénégal. À l’époque, affirme-t-il, sa structure aurait été la cible d’une campagne de dénigrement mettant en cause la qualité des équipements proposés. Après les vérifications effectuées, les matériels contestés auraient finalement été retenus et équiperaient toujours les centres ouverts depuis 2012.
D’après Le Quotidien Tribune, le Sénégal est ainsi passé d’un ou deux centres de dialyse à près d’une trentaine aujourd’hui. Une évolution que Saliou Mboup considère comme une référence pour plusieurs pays africains confrontés aux mêmes difficultés d’accès aux traitements.
L’entrepreneur affirme également avoir lancé un nouveau chantier consacré à la souveraineté pharmaceutique. Carrefour Médical a investi plus de six milliards de francs CFA dans une unité de fabrication de certaines composantes des kits de dialyse. Selon lui, cette production locale permettrait de réduire davantage le coût des traitements et de générer entre deux et trois milliards de francs CFA d’économies annuelles pour l’État.
Ces économies pourraient, selon ses estimations, être consacrées au recrutement de personnels de santé supplémentaires. Les centres de dialyse, qui prendraient actuellement en charge environ 1 500 patients alors qu’ils disposeraient d’une capacité d’accueil de près de 3 500 personnes, souffriraient principalement d’un déficit en ressources humaines. Une meilleure dotation permettrait ainsi de réduire les listes d’attente et de sauver des patients qui décèdent faute de pouvoir bénéficier rapidement d’un traitement.
Le dirigeant de Carrefour Médical accuse néanmoins certains groupes d’intérêts d’avoir tenté, durant deux années, de bloquer la mise en service de cette usine afin de préserver les importations de consommables médicaux. Selon lui, cette situation aurait privé les finances publiques d’importantes économies.
Interrogée par Le Quotidien Tribune, la Direction de Carrefour Médical confirme que cette intervention a été prononcée lors d’une cérémonie funéraire durant laquelle Saliou Mboup retraçait son parcours dans la lutte contre l’insuffisance rénale. Elle ajoute que le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique aurait engagé ces dernières semaines plusieurs démarches destinées à faire appliquer la réglementation afin de limiter les importations concernées, dans le but de préserver les deniers publics. Carrefour Médical rappelle enfin son implication dans plusieurs domaines stratégiques de la santé, notamment l’oxygène médical, la radiothérapie et la dialyse.

