Répartition contestée du FADP 2025: le CDEPS saisit l’OFNAC et la justice pour « détournement de deniers publics »

Le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal a vivement critiqué la gestion du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP) pour l’exercice 2025, dénonçant des irrégularités majeures, une rupture d’égalité et une violation des textes en vigueur. L’organisation annonce la saisine imminente de l’OFNAC et des juridictions compétentes pour faire la lumière sur ce qu’elle qualifie de « détournement de fonds publics ».

Réuni face à la presse ce 8 avril à Dakar, le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal n’a pas mâché ses mots. Dans une déclaration empreinte d’indignation, le patronat de la presse sénégalaise a dénoncé « de graves irrégularités, une opacité persistante et des ruptures manifestes d’égalité » dans la gestion 2025 du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP).

Selon le CDEPS, l’analyse des discours officiels et du rapport de gestion révèle une « déviation manifeste » de l’objet du Fonds, initialement destiné à soutenir les entreprises de presse privées conformément au décret n°2021-178 du 27 janvier 2021.

Un ministre « désavoué » par la justice

L’organisation est revenue longuement sur les décisions judiciaires ayant, selon elle, fragilisé la crédibilité du ministère de la Communication. Le CDEPS affirme que plusieurs arrêtés pris par le ministre ont été annulés par la Cour suprême du Sénégal, notamment en décembre 2025 et en février 2026.

Ces décisions ont sanctionné, d’après le CDEPS, des excès de pouvoir, notamment dans la mise en place de la plateforme numérique « Déclaration Médias Sénégal » (DMS) et dans des mesures de suspension de médias. La juridiction aurait rappelé que certaines prérogatives relèvent exclusivement du Conseil national de Régulation de l’Audiovisuel.

Malgré ces annulations, le ministère aurait continué à utiliser la plateforme DMS pour traiter les dossiers du FADP 2025, une situation que le CDEPS qualifie de « défi assumé à l’autorité de la chose jugée ».

Une répartition jugée illégale et déséquilibrée

Au cœur de la contestation figure la répartition des fonds. Le CDEPS affirme que près de 29,6 % du budget total a été attribué à des médias publics, notamment la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise, l’Agence de Presse Sénégalaise et le quotidien Le Soleil.

Ces structures auraient perçu des montants largement supérieurs aux plafonds réglementaires, avec une moyenne de 187,3 millions de francs CFA par entité, contre 18,1 millions pour les entreprises privées.

Le CDEPS souligne que, selon le décret, seules certaines catégories peuvent bénéficier du Fonds, et que l’inclusion de certaines entités publiques ne repose sur « aucune base légale ». Même la dotation accordée à la Maison de la Presse Babacar Touré est jugée contestable au regard des textes en vigueur.

Des critères jugés discriminatoires

L’organisation dénonce également une « rupture d’égalité manifeste » dans le traitement des dossiers. Elle met en avant un écart significatif entre les taux de validation : plus de 80 % pour les dépôts numériques via la plateforme DMS, contre environ 38 % pour les dossiers physiques.

Pour le CDEPS, cet écart résulte d’un dispositif « conçu pour éliminer les candidatures des entreprises privées », notamment en raison d’un délai de dépôt jugé trop court (cinq jours incluant un week-end et un jour férié).

Par ailleurs, le rejet global des projets soumis par les médias privés, pour un montant estimé à plus de 2 milliards de francs CFA, contraste avec le financement accordé à certains projets publics, révélant selon l’organisation une « discrimination délibérée ».

Saisine de l’OFNAC et recours judiciaires

Face à ce qu’il considère comme des violations graves des règles de gestion des fonds publics, le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal annonce la saisine prochaine de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption ainsi que des juridictions compétentes.

L’objectif est de faire constater des faits présumés de « détournement de deniers publics » et de « violation flagrante des règles d’attribution » du FADP.

Le CDEPS précise que cette démarche relève d’un recours légal et non d’une posture politique, insistant sur la nécessité de rétablir la transparence et l’équité dans la gestion des ressources destinées à la presse.

Un enjeu de crédibilité pour l’action publique

Enfin, l’organisation souligne que cette affaire dépasse la seule question financière. Elle interroge, selon elle, la crédibilité de l’action publique en matière de soutien aux médias et, plus largement, le respect de l’État de droit.

Le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal appelle ainsi à un « sursaut institutionnel » fondé sur la transparence, l’équité et le respect strict des textes, estimant que l’avenir d’une presse libre au Sénégal en dépend.

Michel DIEYE

Author

Michel DIEYE

Up Next

Related Posts