Réforme du Code électoral : la majorité impose sa marque, l’opposition contre-attaque et saisit le Conseil constitutionnel

Adoptée largement par l’Assemblée nationale, la réforme du Code électoral relance le débat politique au Sénégal. Entre volonté d’élargissement démocratique et accusations de texte « sur mesure », la classe politique se fracture à nouveau.

L’adoption de la proposition de loi portant modification du Code électoral continue de dominer l’actualité politique, marquée par de vives réactions aussi bien au sein de la majorité que de l’opposition. Selon l’Agence de presse sénégalaise (APS), le texte a été approuvé mardi par une large majorité de députés, avec 128 voix pour, 11 contre et 2 abstentions, confirmant ainsi le poids du groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes.

D’après l’APS, cette réforme vise à « réaménager et clarifier » les conditions d’inscription sur les listes électorales, notamment à travers la révision des articles L.29 et L.30. Ces dispositions encadraient jusque-là la déchéance des droits civiques en cas de condamnations pénales. La majorité parlementaire estime que ces articles ont, par le passé, servi à écarter des candidatures jugées crédibles dans des conditions controversées.

Le ministre de l’Intérieur, intervenant lors des débats, a tenté de rassurer en rejetant toute idée de rétroactivité. Il a plaidé pour un système plus inclusif, affirmant que le Sénégal s’oriente désormais vers un modèle où les « scories judiciaires » ne suffiraient plus à exclure des candidats du jeu démocratique.

Mais cette lecture est loin de faire consensus. L’opposition dénonce un texte « personnel » et potentiellement dangereux pour l’équilibre institutionnel. Toujours selon l’APS, certains responsables politiques, dont la députée Aïssata Tall Sall, pointent une réforme susceptible d’encourager la remise en cause des décisions de justice.

La controverse s’est accentuée autour du cas du Premier ministre Ousmane Sonko, dont la condamnation judiciaire en 2023 avait entraîné son exclusion de la présidentielle de 2024. Bien que le ministre de l’Intérieur ait précisé que son nom figure déjà sur les listes électorales, ses détracteurs estiment que la réforme pourrait indirectement consolider sa situation politique.

Dans ce contexte tendu, l’opposition annonce un recours devant le Conseil constitutionnel. Comme le souligne l’APS, cette réforme, censée moderniser le cadre électoral, ravive en réalité les fractures politiques et ouvre une nouvelle séquence de confrontation institutionnelle.

Dieyna SENE
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