À force de vendre des rêves, certains gouvernements finissent par redouter le réveil des peuples.
Depuis des années, les Sénégalais entendent le même refrain : le pétrole et le gaz transformeront le pays, résorberont le chômage, assainiront les finances publiques et ouvriront une nouvelle ère de prospérité. Cette promesse a été répétée jusqu’à devenir un dogme politique.
Pourtant, les données les plus récentes publiées en juin 2026 par le Natural Resource Governance Institute (NRGI) viennent brutalement rappeler une évidence : une ressource naturelle ne remplace jamais une bonne gouvernance.
Le premier mensonge consiste à faire croire que le pétrole financera durablement le développement du Sénégal. Les projections montrent au contraire que les recettes attendues demeurent relativement limitées au regard des besoins budgétaires du pays. L’Eldorado annoncé se révèle bien plus modeste que la propagande officielle ne l’a laissé croire.
Le second mensonge est plus grave encore. Pendant que l’on célèbre les premiers barils de pétrole et les premières molécules de gaz, la dette publique continue d’étouffer les finances nationales. Chaque année, une part considérable des ressources publiques est absorbée par le remboursement des créanciers. Autrement dit, le pays produit davantage de dettes que de richesses.
Comment justifier que l’on parle d’épargne pour les générations futures alors que la génération actuelle supporte un coût d’endettement particulièrement élevé ? Comment expliquer qu’un État emprunte à des conditions onéreuses tout en immobilisant une partie de ses ressources dans des mécanismes de placement moins rémunérateurs ? Cette contradiction mérite un débat national sérieux.
Le cas de PETROSEN appelle également une vigilance particulière. L’augmentation rapide de son endettement, les interrogations sur la rentabilité de certaines participations et les réserves exprimées sur sa gouvernance renforcent l’exigence d’un audit indépendant, exhaustif et rendu public. Lorsqu’il s’agit des ressources stratégiques d’une nation, aucune zone d’ombre ne peut être tolérée.
À cela s’ajoute une gouvernance des revenus pétroliers qui demeure insuffisamment ouverte au contrôle citoyen. La transparence ne peut être une faveur accordée par le pouvoir, elle constitue une obligation démocratique.
Le Sénégal doit rompre avec la politique des annonces spectaculaires pour entrer dans l’ère de la responsabilité économique.
Nous appelons à un audit public des coûts d’exploitation, à un renforcement des mécanismes indépendants de contrôle, à une priorité donnée au désendettement lorsque cela est économiquement pertinent et à l’affectation des revenus pétroliers à des investissements productifs, mesurables et utiles aux populations.
L’histoire économique est remplie de pays qui possédaient du pétrole mais qui sont restés pauvres faute d’institutions solides. Le Sénégal ne doit pas rejoindre cette longue liste.
La véritable richesse d’une nation ne se mesure pas au nombre de ses puits de pétrole, mais à la qualité de ses institutions, à la crédibilité de sa gouvernance et à la confiance qu’elle inspire à son peuple.
Le pétrole peut produire des recettes. Mais seule la bonne gouvernance produit le développement.
Le temps des illusions est terminé et le temps de la vérité commence.
Moussa Niang
Délégué national à la Vie politique de Guem Sa Bopp, « Les Jambaars »

