L’Action pour les Droits Humains et l’Amitié (ADHA) exprime de vives réserves sur l’entrée en vigueur de la réforme du Pacte européen sur la migration et l’asile. Dans un communiqué publié le 19 juin, l’organisation estime que la nouvelle politique européenne privilégie une logique sécuritaire au détriment d’une réponse durable aux causes profondes des migrations. Elle appelle à une réorientation des politiques migratoires vers l’emploi, l’inclusion économique et le respect des droits humains.
L’Action pour les Droits Humains et l’Amitié (ADHA) monte au créneau contre la réforme du Pacte européen sur la migration et l’asile, entrée récemment en vigueur. Dans un communiqué signé par son président, Adama Mbengue, l’organisation de défense des droits humains considère que ce dispositif renforce essentiellement les mécanismes de contrôle des frontières sans apporter de réponses concrètes aux facteurs qui poussent des milliers de personnes à quitter leur pays chaque année.
Selon l’ADHA, la stratégie européenne repose principalement sur la surveillance, le contrôle et l’externalisation des frontières, alors que les véritables moteurs des flux migratoires demeurent largement ignorés. L’organisation résume sa position par une formule sans équivoque : « contrôler les frontières sans s’attaquer aux causes profondes de la migration, c’est soigner le symptôme en ignorant la maladie ».
Une tragédie humaine qui se poursuit
Pour étayer son analyse, l’ADHA rappelle l’ampleur du drame migratoire à l’échelle mondiale. L’organisation souligne qu’en 2025, près de 8 000 personnes ont perdu la vie ou ont été portées disparues sur les routes migratoires à travers le monde, soit une moyenne de 21 décès par jour.
Parmi ces victimes, plus d’un millier auraient trouvé la mort sur la route maritime des Canaries, devenue l’une des voies les plus empruntées par les migrants originaires d’Afrique de l’Ouest, notamment du Sénégal, de la Gambie et d’autres pays de la sous-région.
Pour l’ADHA, ces chiffres illustrent les limites d’une politique essentiellement axée sur le renforcement des contrôles, alors que les candidats à l’émigration continuent de prendre des risques extrêmes pour rejoindre l’Europe.
Le chômage des jeunes au cœur du phénomène
L’organisation insiste particulièrement sur les difficultés économiques qui alimentent les départs. Citant les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), elle relève que le taux de chômage des jeunes au Sénégal a atteint 27,4 % au quatrième trimestre 2025.
Au-delà des statistiques, l’ADHA met en avant un ensemble de facteurs structurels : le sous-emploi, la précarité, les inégalités territoriales, l’accès limité aux financements, la faiblesse des opportunités entrepreneuriales et les difficultés d’insertion professionnelle.
Selon l’organisation, ces réalités expliquent pourquoi de nombreux jeunes considèrent encore l’émigration comme l’unique perspective susceptible d’améliorer leurs conditions de vie.
Des événements récents qui illustrent la pression migratoire
Le communiqué revient également sur plusieurs faits récents qui témoignent, selon l’ADHA, de la persistance de la pression migratoire dans la région.
L’organisation évoque notamment l’interpellation, le 17 juin 2026, de 67 candidats à la migration irrégulière à Gunjur Madina Salam, en Gambie. Parmi eux figuraient 61 Sénégalais et cinq Gambiens.
Elle rappelle également l’épisode survenu à Soumbédioune, où une pirogue partie de Joal avec une quarantaine de jeunes à son bord avait été contrainte de rebrousser chemin après avoir subi des avaries dans des conditions météorologiques difficiles. Une situation qui, selon l’ADHA, aurait pu se transformer en drame humain.
Pour l’organisation, ces événements démontrent que les politiques de dissuasion ne suffisent pas à enrayer les départs clandestins tant que les causes économiques et sociales demeurent.
Cinq recommandations pour une nouvelle approche
Face à cette situation, l’ADHA formule plusieurs recommandations. Elle appelle notamment à la création de voies de migration légale, sûres et accessibles répondant aux aspirations de la jeunesse africaine.
L’organisation demande également le respect intégral des droits fondamentaux des migrants et des demandeurs d’asile, y compris dans les pays partenaires impliqués dans les politiques d’externalisation du contrôle migratoire.
Par ailleurs, elle préconise un renforcement des investissements productifs créateurs d’emplois en Afrique et une réorientation des ressources consacrées à la surveillance des frontières vers des programmes d’insertion économique et sociale durable.
L’ADHA réclame aussi la réalisation d’un audit des fonds fiduciaires liés à la migration au Sénégal depuis 2005, ainsi qu’une évaluation transparente des mécanismes de migration circulaire mis en œuvre depuis 2008.
Enfin, l’organisation plaide pour une meilleure protection des migrants bloqués dans les pays de transit, souvent exposés aux réseaux de traite, de trafic et d’exploitation.
Un appel à la vigilance de la société civile
Dans son communiqué, l’ADHA invite les organisations de la société civile sénégalaises, africaines et européennes à maintenir une vigilance constante face aux effets du nouveau Pacte européen.
Elle estime que les politiques migratoires ne doivent pas être réduites à des mécanismes de financement ou à des programmes techniques éloignés des réalités vécues par les populations concernées.
Pour l’organisation, la gestion des migrations doit avant tout répondre aux aspirations fondamentales des citoyens à la dignité, à l’emploi, à la sécurité et à la possibilité de construire un avenir viable dans leur propre pays.
« La gestion des migrations ne saurait être réduite à une question de contrôle des frontières », conclut l’ADHA, qui appelle à replacer les droits humains et le développement économique au cœur des réponses apportées à la question migratoire.

