Liberté de la presse : RSF dresse un bilan accablant du mandat de Netanyahou

À l’approche des élections législatives israéliennes annoncées pour le 27 octobre 2026, Reporters sans frontières (RSF) dresse un bilan sévère du rapport de Benyamin Netanyahou aux médias depuis son retour au pouvoir, fin 2022. L’organisation dénonce les attaques contre les journalistes critiques, les restrictions imposées à la presse internationale et les violences meurtrières visant les professionnels palestiniens dans les territoires occupés.

La liberté de la presse en Israël et dans les territoires palestiniens occupés constitue l’un des principaux sujets d’inquiétude soulevés par Reporters sans frontières à l’approche des élections législatives israéliennes. Dans une analyse consacrée au bilan du Premier ministre Benyamin Netanyahou, l’organisation dénonce une dégradation des conditions d’exercice du journalisme, marquée par des attaques verbales contre les médias critiques, des pressions institutionnelles et des restrictions d’accès à l’information.

Selon rsf.org, le mandat de Benyamin Netanyahou, entamé fin décembre 2022, a été marqué par une multiplication des tensions avec les médias qui contestent la politique gouvernementale. L’organisation établit notamment un parallèle entre les méthodes de communication du dirigeant israélien et celles du président américain Donald Trump, en soulignant le recours fréquent à la disqualification des journalistes critiques.

Au début du mois de juillet 2026, le Premier ministre israélien a ainsi diffusé sur son compte X une vidéo générée par intelligence artificielle, dans laquelle il apparaît en médecin proposant un traitement contre les « fake news ». La séquence mettait en scène les journalistes Ben Caspit, de Channel 12, et Raviv Drucker, de Channel 13, deux figures médiatiques connues pour leurs critiques de la politique gouvernementale.

Ces chaînes privées sont régulièrement visées par les attaques verbales de Benyamin Netanyahou, qui leur reproche une couverture alarmiste de l’actualité. Pour RSF, ce climat contribue à fragiliser la confiance envers les médias et peut favoriser les actes d’intimidation. L’organisation rappelle notamment que les locaux de plusieurs rédactions, dont Haaretz et Channel 13, ont été la cible de dégradations au cours des dernières années.

Des pressions contre les médias critiques de la guerre à Gaza

Les tensions entre le gouvernement israélien et les médias se sont accentuées depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, après les attaques du 7 octobre 2023. Le quotidien Haaretz, considéré par RSF comme l’un des rares médias israéliens à contester régulièrement le récit officiel du conflit à partir d’éléments documentés, a notamment été pris pour cible.

En septembre, Benyamin Netanyahou a engagé des poursuites pour diffamation contre le journal, plusieurs journalistes et d’autres médias, dont Yedioth Aharonot, Ynet News et Channel 12. Cette démarche faisait suite à des révélations de Haaretz concernant un avertissement qui aurait été adressé au Premier ministre par le président émirien Mohammed ben Zayed, à la fin du mois de septembre 2023, au sujet des risques d’une attaque.

L’organisation rappelle également les mesures visant à fragiliser économiquement Haaretz. Fin novembre 2023, le ministre des Communications, Shlomo Karhi, avait appelé à supprimer les financements publics bénéficiant au journal, notamment les abonnements souscrits par des services de l’État. Ces mesures ont été approuvées l’année suivante.

Pour RSF, de telles initiatives s’inscrivent dans une stratégie de pression sur les médias critiques. L’organisation s’inquiète également des menaces visant les journalistes et les réalisateurs dont les enquêtes portent sur les opérations militaires israéliennes à Gaza.

Les journalistes d’investigation Rachel Szor et Yuval Abraham, associés au site +972 Magazine, ont ainsi été vivement critiqués après la diffusion de leur documentaire Naza, fondé sur des témoignages de soldats israéliens. Selon l’organisation, le Premier ministre est même allé jusqu’à envisager de leur retirer la nationalité israélienne.

Une réforme de l’audiovisuel contestée

RSF dénonce parallèlement le projet de réforme de l’audiovisuel porté par le gouvernement de Benyamin Netanyahou et approuvé en première lecture par la Knesset en novembre 2025.

Le texte prévoit notamment une refonte de l’autorité de régulation du secteur, qui pourrait renforcer l’influence gouvernementale sur les médias. Il comporte également des dispositions susceptibles de favoriser Channel 14, une chaîne réputée proche du Premier ministre, au détriment d’autres médias privés et du diffuseur public KAN, visé par un projet de privatisation.

Channel 14 occupe une place particulière dans le paysage audiovisuel israélien. Propriété de l’homme d’affaires Yitzchak Mirilashvili, la chaîne soutient ouvertement le gouvernement et constitue, selon RSF, un relais privilégié de la communication du Premier ministre. L’organisation relève que Benyamin Netanyahou lui a réservé une part importante de ses entretiens médiatiques au cours des dernières années.

La réforme envisagée suscite ainsi des interrogations sur l’indépendance de la régulation audiovisuelle, le pluralisme et l’équilibre entre les différents acteurs du paysage médiatique.

Les journalistes palestiniens, premières victimes des violences

Le bilan dressé par RSF concerne également les journalistes palestiniens, particulièrement exposés aux violences dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée.

L’organisation indique que plus de 200 journalistes ont été tués par l’armée israélienne dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre, dont 67 en raison de leur travail d’information. Elle dénonce également la multiplication des agressions contre les reporters en Cisjordanie, dans un contexte marqué par l’intensification des violences et des opérations militaires.

Les restrictions imposées aux médias internationaux constituent un autre point central de ses critiques. RSF rappelle que les autorités israéliennes ont adopté une législation permettant notamment de suspendre la diffusion de chaînes étrangères au nom de la sécurité nationale. Les correspondants et envoyés spéciaux restent, par ailleurs, privés d’accès indépendant à la bande de Gaza depuis plus de trois ans, selon l’organisation.

Les difficultés rencontrées par des journalistes étrangers souhaitant couvrir la Cisjordanie et les refus de visas signalés à l’approche du scrutin alimentent également les inquiétudes concernant les conditions d’accès à l’information.

Dans son analyse publiée sur rsf.org, Reporters sans frontières appelle les électeurs israéliens à faire de l’indépendance du journalisme un enjeu du scrutin. L’organisation réclame également que justice soit rendue aux journalistes palestiniens tués dans l’exercice de leur métier.

Au-delà du contexte électoral, ce bilan pose la question de la capacité des médias à exercer librement leur mission d’information dans un environnement marqué par la guerre, les tensions politiques et les restrictions institutionnelles.

Pape Ismaïla CAMARA
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