Le Sénégal pris au piège de la ferveur Par Souley Wade

La ferveur avait annoncé une rupture. Ce que le Sénégal vit aujourd’hui ressemble plutôt à une fracture.

 

Alors que les ménages et les entreprises suffoquent sous le poids d’une économie moribonde, une nouvelle menace se profile : la confusion institutionnelle. Le pouvoir en place, englué dans ses rivalités internes et ses guerres de positionnement, prend en otage tout un pays.

 

La récente proposition de réforme constitutionnelle votée par le parlement en est l’illustration la plus criante. Derrière le bel habillage de propositions qui pouvaient être pertinentes et consolidantes, se profilait, dans le détail des amendements, une volonté affirmée d’affaiblir la présidence de la République au profit de l’Assemblée nationale et de son président, fragilisant ainsi l’équilibre subtil de nos institutions, celui-là même qui a fait du Sénégal un pays stable et respecté de par le monde.

 

L’exécutif ne s’y est pas trompé : il a aussitôt exigé un référendum. Et quand on sait que son calendrier appartient au Président de la République, et que la dissolution de l’Assemblée reste une option sur la table, une chose est certaine, la guerre des clans n’a pas encore dit son dernier mot.

 

La ferveur et la loyauté aveugle ont supplanté la méthode, l’humilité et la cohérence. Le culte du guide suprême a annihilé toute lucidité. Et le pays, lui, en paie les frais tous les jours.

 

Les chiffres sont là, implacables. Le FMI ne table plus que sur une croissance de 2,2 % en 2026, loin, très loin de la moyenne de 4,3 % attendue pour l’Afrique subsaharienne. La dette publique frôle les 132 % du PIB, et le spectre d’une restructuration plane désormais sur le pays. Sur le terrain, le climat social se dégrade : le chômage des jeunes, la cherté de la vie et le sentiment d’abandon rongent la cohésion nationale. Le lien entre les citoyens et leurs institutions, déjà fragilisé, s’effiloche un peu plus chaque jour.

 

C’est dans ce contexte que le manque de méthode risque de nous imposer un référendum coûteux, et probablement évitable, après nous avoir déjà coûté le programme avec le FMI, et les atermoiements qui s’en sont suivis.

 

Le citoyen Sénégalais est, lui, tenaillé par les véritables urgences, qui sont, elles, reléguées au second plan.

 

L’emploi, la compétitivité, la formation des jeunes, le développement des territoires : autant de chantiers vitaux sacrifiés sur l’autel des ambitions personnelles et des guerres de pouvoir.

 

Nous l’avions dit, nous l’avions répété : le populisme au pouvoir, c’est le reniement, l’impasse et l’échec.

 

Comment sortir de ce piège de la ferveur ? That is the question. Travaillons-y.

 

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