Les mutilations génitales féminines (MGF) continuent de laisser de lourdes séquelles physiques, psychologiques et sociales chez de nombreuses femmes au Sénégal. Selon le quotidien L’As, plus de 400 patientes éligibles à une chirurgie réparatrice sont actuellement en attente à l’hôpital Abass Ndao de Dakar.
Le Dr Alipio Raymond, chef du service de gynécologie-obstétrique et coordonnateur du Programme de prise en charge holistique des MGF, a révélé que l’établissement reçoit chaque année de nombreuses survivantes nécessitant un accompagnement spécialisé.
Depuis quatre ans, l’hôpital Abass Ndao dispose d’un centre dédié à la prise en charge des victimes de MGF. Cette approche ne se limite pas à l’intervention chirurgicale : elle inclut également un accompagnement psychologique, sexologique et social. « Les patientes participent d’abord à des groupes de parole afin de libérer leur parole. Ce n’est qu’ensuite que nous déterminons celles qui sont réellement éligibles à la chirurgie », a expliqué le Dr Raymond.
Dans le cadre d’une mission humanitaire, une équipe de chirurgiens et d’anesthésistes venue de Côte d’Ivoire a récemment renforcé les capacités de l’hôpital. Cette mission a permis d’opérer gratuitement 50 patientes, les frais ayant été entièrement pris en charge par les partenaires ivoiriens.
Le Dr Raymond a toutefois insisté sur l’ampleur des besoins. Certaines patientes souffrent de complications graves, telles que des kystes clitoridiens, des fistules ou des fibroses, nécessitant une intervention chirurgicale. L’hôpital ambitionne ainsi d’opérer entre 350 et 450 femmes par an, un objectif qui requiert des ressources financières importantes.
Le coût du package de prise en charge est estimé à 253 000 FCFA par patiente, couvrant l’hospitalisation, les médicaments, les analyses, l’opération et les consultations. À cela s’ajoutent les frais liés à la restauration, au déplacement des patientes et à la mobilisation des spécialistes.
Le Dr Vaudy Lambert, responsable de l’équipe chirurgicale de l’association ivoirienne Médecine de Vie, a salué l’organisation mise en place au Sénégal, estimant que cette expérience pourrait servir de modèle pour développer des campagnes opératoires similaires en Côte d’Ivoire.

