Financement du développement : Ajay Banga alerte sur un déficit potentiel de 800 millions d’emplois, la Banque mondiale mise sur le privé et les jeunes

À Bangkok, lors des Réunions annuelles 2026 du Groupe de la Banque mondiale, son président, Ajay Banga, a défendu un modèle de développement fondé sur la mobilisation des capitaux privés, le renforcement des infrastructures et l’investissement dans le capital humain. Face au déficit mondial d’emplois attendu dans les prochaines années, il appelle à une action coordonnée des États, des investisseurs et des partenaires du développement, avec une attention particulière aux jeunes et aux petites entreprises.

La création d’emplois et la mobilisation de financements à grande échelle constituent les principaux axes de la stratégie présentée par Ajay Banga, président du Groupe de la Banque mondiale, lors de la plénière des Réunions annuelles 2026 à Bangkok, en Thaïlande. Son discours met en évidence l’urgence d’adapter les instruments du financement du développement aux besoins des pays, dans un contexte marqué par les conflits persistants, l’endettement croissant, les contraintes budgétaires et le coût élevé de produits essentiels comme l’énergie et les engrais.

Au cœur de son intervention figure le défi de l’emploi des jeunes. Selon les projections avancées par Ajay Banga, quelque 1,2 milliard de jeunes arriveront sur le marché du travail au cours des dix à quinze prochaines années, alors que l’économie mondiale ne devrait générer qu’environ 400 millions d’emplois. Cet écart potentiel de 800 millions d’emplois appelle, selon lui, une transformation des politiques de développement et une mobilisation accrue des ressources disponibles.

Mobiliser davantage de capitaux privés

Pour répondre à cette urgence, le président de la Banque mondiale plaide pour une meilleure articulation entre les financements publics, les investissements privés, la philanthropie et les nouvelles technologies. L’objectif est de diriger chaque type de financement vers les secteurs et les pays où il peut produire le plus d’impact.

Il souligne notamment les progrès réalisés dans la mobilisation des investissements privés, passés d’environ 35 milliards de dollars au cours de l’exercice 2022 à 112 milliards de dollars l’année dernière, selon les chiffres présentés dans son allocution. Le financement total, en tenant compte des ressources propres de l’institution, dépassait 230 milliards de dollars.

Toutefois, les pays à faible revenu restent confrontés à des difficultés particulières pour attirer les capitaux commerciaux. Pour y remédier, Ajay Banga insiste sur la nécessité de renforcer les mécanismes de garantie, de faciliter l’accès au financement en monnaie locale et de mieux répartir les risques entre les acteurs publics et privés.

Les infrastructures et le capital humain comme leviers

La stratégie présentée repose sur trois piliers : le développement des infrastructures physiques et humaines, la prévisibilité du cadre réglementaire et institutionnel, ainsi que le changement d’échelle des investissements privés.

L’accès à l’électricité, à l’eau, aux transports et à la connectivité numérique doit aller de pair avec des investissements dans la santé, l’éducation et les compétences. Le président de la Banque mondiale souligne également l’importance d’institutions solides, d’une gouvernance efficace et de règles claires pour rassurer les investisseurs et permettre aux entreprises de se développer.

Les petites et moyennes entreprises occupent une place centrale dans cette approche. Dans les économies fragiles ou affectées par les conflits, elles peuvent constituer un moteur essentiel de création d’emplois, notamment lorsque les grandes entreprises restent peu présentes. La Banque mondiale entend ainsi améliorer leur accès au financement, leur connexion aux marchés et leur capacité à intégrer des chaînes de valeur plus importantes.

Énergie, agriculture, eau et santé : des ambitions à l’horizon 2030

Plusieurs initiatives sectorielles ont été mises en avant dans le discours. Dans le domaine de l’énergie, la Mission 300, menée avec la Banque africaine de développement et d’autres partenaires, vise à fournir l’accès à l’électricité à 300 millions de personnes en Afrique d’ici à 2030. Ajay Banga indique que 59 millions de personnes ont déjà bénéficié de cette dynamique.

L’accès à l’eau constitue un autre chantier majeur, avec l’ambition d’améliorer la sécurité hydrique pour un milliard de personnes d’ici à 2030, grâce aux efforts conjoints des partenaires. Dans l’agriculture, l’initiative AgriConnect vise à accompagner 300 millions de petits exploitants agricoles pour les aider à dépasser une agriculture de subsistance et à dégager des excédents commercialisables.

En matière de santé, le programme HealthWorks ambitionne de permettre à 1,5 milliard de personnes d’accéder à des services de santé de qualité et abordables à l’horizon 2030. Le Groupe entend également renforcer les investissements dans les minéraux critiques, les corridors économiques, l’industrie manufacturière et les infrastructures de transport, afin de soutenir la transformation économique et de favoriser la création de valeur au sein des pays concernés.

L’intelligence artificielle au service du développement

Ajay Banga a également souligné le potentiel des technologies, notamment de l’intelligence artificielle, pour accélérer les progrès économiques et sociaux. Tout en reconnaissant que les infrastructures nécessaires aux systèmes d’IA les plus avancés restent hors de portée de nombreux pays en développement, il défend une utilisation plus accessible et adaptée aux besoins locaux.

L’intelligence artificielle pourrait ainsi aider les agriculteurs à améliorer leurs rendements, les enseignants à adapter leurs méthodes pédagogiques, les professionnels de santé à mieux orienter leurs décisions et les entrepreneurs à toucher de nouveaux clients. La concrétisation de ces possibilités dépendra toutefois de l’accès à l’électricité, à Internet, aux équipements numériques et à la formation.

Vers un financement du développement à plus grande échelle

Au-delà de la mobilisation de nouvelles ressources, le président de la Banque mondiale souhaite améliorer la capacité des institutions financières internationales à réutiliser leurs capitaux. Il évoque notamment une initiative impliquant six banques multilatérales de développement pour faciliter le regroupement et le transfert d’investissements vers d’autres investisseurs à long terme, permettant ainsi de dégager de nouvelles capacités de financement.

En conclusion, Ajay Banga défend un modèle dans lequel les financements publics interviennent là où les marchés ne peuvent pas encore répondre aux besoins, tandis que les capitaux privés prennent le relais lorsque les conditions le permettent. La philanthropie et la technologie doivent compléter ce dispositif.

Pour le président du Groupe de la Banque mondiale, le développement ne relève pas uniquement de la solidarité internationale : il constitue un investissement dans l’avenir collectif. La priorité est désormais de passer à une mise en œuvre à grande échelle, capable de transformer les ressources mobilisées en emplois, en opportunités économiques et en perspectives concrètes pour les jeunes générations.

Michel DIEYE

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