Cadre commun, dette, FMI : Abdourahmane Sarr met en garde contre une restructuration prématurée

À quelques jours du déplacement du Président Bassirou Diomaye Faye à Washington, Abdourahmane Sarr appelle l’Exécutif et l’Assemblée nationale à clarifier la stratégie du Sénégal face au FMI et à la question de la dette. Dans une tribune, l’ancien ministre estime notamment que le recours au Cadre commun ne doit pas conduire à une restructuration prématurée de la dette sénégalaise.

La stratégie financière du Sénégal vis-à-vis du Fonds monétaire international continue de susciter le débat. Dans une tribune consacrée à la situation des finances publiques, Abdourahmane Sarr invite l’Exécutif et l’Assemblée nationale à se concerter avant toute décision stratégique majeure concernant la dette du pays.

Cette prise de position intervient à la veille du déplacement du Président de la République à Washington, prévu les 14 et 15 septembre. Abdourahmane Sarr s’appuie notamment sur les récentes explications de la directrice de la communication du FMI concernant la soutenabilité des finances publiques et les besoins de financement du Sénégal.

Selon lui, la nécessité de restaurer la soutenabilité des finances publiques ne signifie pas automatiquement que la dette sénégalaise serait elle-même insoutenable. Il estime que la distinction est essentielle dans l’appréciation de la situation.

Le débat autour du Cadre commun

L’ancien ministre met particulièrement l’accent sur la question du Cadre commun, estimant qu’il existe encore un besoin de clarification sur la nature exacte de la démarche envisagée.

Il relève une différence de terminologie entre les communications relatives au traitement de la dette et celles portant sur la soutenabilité des finances publiques. Pour lui, entrer dans le Cadre commun signifie ouvrir la voie à une restructuration de la dette, alors que la soutenabilité des finances publiques relève d’une problématique plus large.

Dans sa tribune, Abdourahmane Sarr considère qu’une restructuration ne peut être imposée au Sénégal par le FMI. Il estime cependant que le programme doit nécessairement reposer sur une projection de dette viable.

Il appelle ainsi le Président de la République à ne pas engager le pays dans une nouvelle orientation avant que le besoin d’une telle démarche ait été clairement démontré à partir du cadre d’analyse approprié.

Préserver le marché régional

Abdourahmane Sarr plaide parallèlement pour la poursuite des plans de financement du Sénégal sur le marché régional. Il estime que ce marché a démontré sa capacité à absorber une part importante des besoins du pays en francs CFA.

Il préconise donc de maintenir les plans de financement prévus de septembre à décembre, tout en poursuivant l’ajustement budgétaire et en mobilisant parallèlement les financements concessionnels disponibles.

L’ancien ministre estime également que les arriérés intérieurs peuvent être intégrés à la stratégie financière déjà envisagée, plutôt que de contribuer à créer un besoin de financement résiduel qui pourrait ensuite servir d’argument en faveur d’une restructuration.

Éviter de faire du Sénégal un « cas test »

Dans cette réflexion, Abdourahmane Sarr met en garde contre le risque de faire du Sénégal un laboratoire d’une nouvelle approche internationale de la dette. Il estime que le pays ne devrait pas devenir un « cas test » du passage d’une stratégie de refinancement sur le marché régional à une restructuration dans le Cadre commun.

Cette prudence est d’autant plus importante, selon lui, que la méthodologie d’analyse de la soutenabilité de la dette serait actuellement en cours de réexamen au FMI.

Il appelle donc les autorités à privilégier une stratégie permettant de renforcer le marché financier régional et de préserver la souveraineté financière du Sénégal, tout en poursuivant les réformes nécessaires.

Dans sa tribune, Abdourahmane Sarr estime en définitive qu’une décision aussi lourde que celle d’une restructuration de dette doit faire l’objet d’une concertation approfondie entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale. Pour lui, l’objectif doit rester de renforcer les capacités financières du pays sans compromettre les acquis de sa stratégie de financement régionale.

Michel DIEYE

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