Démissions de cinq directeurs au MESRI : Pr Daouda Ngom évoque des divergences profondes sur les réformes

L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), Daouda Ngom, est revenu sur les circonstances ayant conduit à la démission collective de cinq hauts responsables de son ancien département. Invité de l’émission « Objection » sur Sud FM, il a attribué cette décision à de profondes divergences avec les nouvelles orientations stratégiques adoptées par l’actuel ministre.

Selon Sud Quotidien, Pr Daouda Ngom a défendu les directeurs démissionnaires — Abdoul Aziz Diouf, Babou Diène, Mame Penda Ba, El Hadji Omar Thiam et El Hadji Samba Ndiaye — qu’il décrit comme des « cadres très compétents, loyaux et républicains ». Il a précisé les avoir trouvés en poste à son arrivée au ministère et a salué le travail accompli sous leur responsabilité.

Le projet Espoir Jeune au cœur du désaccord

Le principal point de friction évoqué par l’ancien ministre concerne le projet Espoir Jeune financé avec l’appui de la Banque mondiale. Ce programme, destiné à renforcer la professionnalisation de l’enseignement supérieur, prévoit notamment la construction et l’extension de plusieurs Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP) à Bignona, Kédougou, Kolda, Koungheul, Louga, Richard-Toll, Sédhiou, Tambacounda et Diamniadio.

Pr Daouda Ngom affirme que son successeur aurait souhaité réduire le nombre d’ISEP à réaliser, une orientation qu’il juge incompatible avec les engagements pris auprès de la Banque mondiale. « On ne peut pas modifier un projet de cette envergure de manière unilatérale », a-t-il soutenu, estimant que cette divergence a constitué « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ».

Marchés publics et financement de la recherche

L’ancien ministre a également évoqué le dossier de l’acquisition des ordinateurs destinés aux étudiants. Selon lui, les achats financés sur le budget national entre 2017 et 2025 auraient été effectués sans recours aux procédures des marchés publics. Son équipe aurait alors entrepris des démarches pour régulariser la situation, avant d’opter pour le versement direct d’une subvention aux étudiants, avec l’autorisation du ministère des Finances.

Autre sujet de désaccord : le financement de la recherche. Pr Ngom a mis en avant l’affectation de trois milliards de francs CFA, dans le cadre du projet Espoir Jeune, au financement de cinquante projets de recherche. Il a présenté cette initiative comme une première dans l’histoire de l’enseignement supérieur sénégalais, destinée à permettre aux chercheurs de travailler sur des priorités nationales sans dépendre exclusivement de financements étrangers.

Enfin, l’ancien ministre a regretté la remise en cause de plusieurs réformes engagées sous son magistère, notamment une trentaine de textes réglementaires portant sur la gouvernance des universités, les ISEP, les classes préparatoires aux grandes écoles, les allocations d’études et l’organisation administrative du secteur. Pour lui, la lettre de démission des cinq directeurs constitue un « exercice de transparence » visant à informer l’opinion publique sur les désaccords de fond qui opposent l’administration sortante aux nouvelles orientations du MESRI.

Mamadou Nancy Fall
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