Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo est attendu ce mardi 8 septembre 2026 devant l’Assemblée nationale pour sa Déclaration de politique générale (DPG). Dans un contexte marqué par des tensions sociales et des divergences persistantes entre l’Exécutif et la majorité parlementaire, plusieurs dossiers majeurs devraient être au centre des débats.
Selon EnQuête, le chef du gouvernement devra notamment s’expliquer sur la restructuration économique, le coût de la vie, la gouvernance des entreprises publiques, la renégociation des contrats, les fonds politiques, la reddition des comptes ainsi que la date des prochaines élections.
Les engagements pris envers le FMI
La question de la restructuration devrait occuper une place importante dans les échanges. Elle intervient quelques jours après la conclusion, le 1er septembre, d’un accord technique avec le Fonds monétaire international (FMI), au terme de plus de deux années de discussions.
Le communiqué de fin de mission du FMI met notamment l’accent sur la mobilisation des recettes, la rationalisation des dépenses publiques et l’amélioration de la gouvernance des entreprises publiques.
EnQuête relève ainsi que le gouvernement devrait être appelé à préciser les engagements pris pour parvenir à cet accord et les mesures envisagées pour restaurer les équilibres budgétaires.
Une stratégie de recettes à moyen terme doit notamment être mise en place à partir de 2027. Elle devrait permettre de dégager des marges de manœuvre pour financer les dépenses prioritaires.
Cette nouvelle orientation intervient alors que le Plan de redressement économique et social affiche des résultats encore limités. À fin mars 2026, seulement 54,2 milliards de francs CFA avaient été mobilisés sur une cible trimestrielle de 94,8 milliards. Les recettes douanières, elles, s’élevaient à 5,5 milliards pour un objectif de 17,5 milliards, soit un taux de réalisation de 31,4 %.
Subventions et pouvoir d’achat
La rationalisation des dépenses publiques constituera également un dossier sensible. La question des subventions énergétiques, notamment celles consacrées à l’électricité, devrait retenir particulièrement l’attention.
Pour 2026, 250 milliards de francs CFA avaient été prévus pour les subventions sur les produits énergétiques. Cette enveloppe pourrait cependant dépasser 700 milliards si le prix annuel moyen du baril franchissait le seuil de 85 dollars.
Le gouvernement envisage par ailleurs un meilleur ciblage des subventions à l’électricité afin de privilégier les ménages les plus vulnérables. Les modalités de cette réforme et les économies attendues restent toutefois à préciser.
Le Premier ministre sera également attendu sur les préoccupations liées au pouvoir d’achat, au coût des denrées de première nécessité, au loyer et au passif social. Les subventions avaient été évaluées à 158 milliards de francs CFA en 2024, 342 milliards en 2025 et 368 milliards en 2026, soit 869 milliards sur les trois années.
Entreprises publiques : le dossier des structures budgétivores
La gouvernance des entreprises publiques et des agences de l’État constitue un autre sujet majeur. Selon les données du rapport trimestriel d’exécution budgétaire du premier trimestre 2026, 186 organismes disposent d’un budget cumulé de 2 384,8 milliards de francs CFA.
Sur cette enveloppe, 1 201 milliards sont consacrés au fonctionnement et 1 183,7 milliards aux investissements. Les dépenses de personnel dépassent, à elles seules, 397 milliards de francs CFA.
La Poste, Senelec, Air Sénégal, AIBD SA et Dakar Dem Dikk figurent parmi les entreprises dont la situation devrait être évoquée. Le gouvernement devra notamment préciser sa nouvelle doctrine en matière de gouvernance et de gestion de ces structures.
Fonds politiques et reddition des comptes
Les fonds politiques constituent également l’un des sujets susceptibles d’alimenter les débats. Plusieurs interrogations portent notamment sur les véhicules de luxe acquis par la Primature sous l’ancien gouvernement, leur réception éventuelle, ainsi que les conditions dans lesquelles certaines opérations auraient été réalisées.
La majorité parlementaire attend également des éclaircissements sur le montant exact des fonds attribués à la Primature depuis 2024 et leur utilisation.
Sur la renégociation des contrats, les annonces faites précédemment par Ousmane Sonko avaient fait état de gains potentiels importants dans différents secteurs. Il avait notamment évoqué jusqu’à 360 milliards de francs CFA concernant les cimenteries, plusieurs centaines de milliards pour les Industries chimiques du Sénégal (ICS), ainsi que plus de 400 milliards liés à de nouvelles taxes et redevances sur les autoroutes.
À ce jour, souligne EnQuête, ces ressources annoncées ne sont pas clairement retracées dans les lois de finances.
Justice et calendrier électoral
La reddition des comptes et la gestion des dossiers liés aux victimes des violences politiques de 2021 à 2024 constituent également des points de friction entre l’Exécutif et la majorité parlementaire.
La composition du nouveau gouvernement avait d’ailleurs été précédée de divergences concernant notamment le contrôle des ministères de la Justice et de l’Intérieur, selon des informations rapportées par EnQuête.
Enfin, le calendrier électoral devrait figurer parmi les dossiers sensibles. La date des prochaines élections législatives, en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, ainsi que celle des élections locales seront particulièrement scrutées.
Les « lignes rouges » de Pastef
Limogé du gouvernement, Ousmane Sonko avait averti que la collaboration avec l’Exécutif devait s’inscrire dans le respect des orientations programmatiques ayant conduit à la victoire de 2024.
Parmi les exigences avancées figurent le respect du programme, la clarification de la gestion de la dette souveraine, le refus des mesures susceptibles d’aggraver le coût de la vie, la poursuite de la renégociation des contrats stratégiques, la lutte contre la corruption et le contrôle des fonds dits opaques.
L’ancien Premier ministre avait également brandi la menace d’une motion de censure si certaines de ces « lignes rouges » venaient à être franchies. C’est donc dans un climat politique particulièrement tendu que Ahmadou Al Aminou Lo doit présenter la feuille de route de son gouvernement devant les députés.

