L’Alliance des Syndicats Autonomes de la Santé (ASAS), regroupée autour d’And Gueusseum, a annoncé, lundi, un réaménagement de son plan de lutte dans le secteur de la santé et de l’action sociale. Si les journées de grève prévues les 28 et 29 mai 2026 sont suspendues à l’approche de la Tabaski, le mouvement syndical maintient plusieurs mots d’ordre et accuse le gouvernement ainsi que certaines organisations syndicales de chercher à affaiblir sa mobilisation.
Dans une déclaration rendue publique le 25 mai 2026, le Directoire d’And Gueusseum, qui regroupe notamment le SUTSAS, le SUDTM, le SAT Santé/D, le CNTS Santé, le SAT/CL et le SYTRACTS, a annoncé une « trêve de la grève » tout en maintenant la pression sur les autorités.
Le collectif syndical explique cette décision par la nécessité de « poursuivre, dans la durée, le combat pour l’apurement intégral du passif social » des travailleurs de la santé et de l’action sociale. Toutefois, cette suspension temporaire des arrêts de travail ne traduit pas un apaisement total des tensions.
De vives accusations contre des “généraux sans troupes”
Dans un ton particulièrement offensif, And Gueusseum dénonce ce qu’il qualifie de multiples tentatives de « parasitage » de ses plans d’action, ainsi que le « plagiat » de ses stratégies et slogans par d’autres acteurs syndicaux.
Le Directoire évoque également une campagne de « diabolisation et d’infiltration » menée, selon lui, par des « généraux sans troupes », accusés de tenir des positions contradictoires sur le pacte de stabilité sociale.
Selon les responsables syndicaux, cette situation participe d’une « logique manifeste de pourrissement et de déstabilisation » visant leur organisation. Ils pointent implicitement la responsabilité du gouvernement et de certaines « organisations syndicales jaunes », soutenues, disent-ils, par des relais acquis à leur cause.
Face à ce contexte, le mouvement estime qu’un « changement de tactique » s’impose dans la conduite de la lutte.
Le boycott de plusieurs programmes sanitaires maintenu
Malgré la suspension des journées de grève prévues les 28 et 29 mai, coïncidant avec la fête de Tabaski, And Gueusseum poursuit néanmoins plusieurs formes de boycott.
Le Directoire annonce ainsi le maintien du boycott des programmes du PNLP et du PNT, ainsi que des activités de supervision, de coordination, de distribution et de formation des acteurs sanitaires, en attendant la publication d’un onzième plan d’actions.
Le mouvement syndical a toutefois tenu à préciser que les activités de vaccination de routine, aussi bien intra qu’extramuros, ainsi que celles relatives aux maladies tropicales négligées, restent exemptées des mots d’ordre de lutte dans cette phase du mouvement.
Dans sa déclaration, And Gueusseum décline également toute responsabilité concernant les conséquences pouvant résulter du non-respect des directives syndicales par certains travailleurs ou sympathisants.
Interpellation du président Bassirou Diomaye Faye
Le collectif syndical a saisi l’occasion pour interpeller directement le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, estimant que la santé des populations doit occuper une place centrale dans l’agenda national.
Selon And Gueusseum, la persistance des mouvements sociaux et les difficultés que traversent plusieurs programmes sanitaires trouvent leur origine dans « un profond sentiment d’injustice sociale et d’iniquité de traitement » vécu depuis plusieurs années par les travailleurs du secteur.
Le Directoire regrette également l’exclusion des anciens ministres de la Santé des concertations présidentielles, après celle d’anciens Premiers ministres, ministres de l’Intérieur et ministres des Finances.
Pour le mouvement syndical, cette mise à l’écart apparaît contradictoire avec les ambitions affichées en matière de développement du capital humain et de souveraineté sanitaire. And Gueusseum estime que toutes les compétences nationales devraient être mobilisées afin de trouver des solutions durables à la crise du secteur.
Appel à la mobilisation des contractuels et agents territoriaux
Enfin, le Directoire a lancé un appel aux contractuels des Établissements publics de santé (EPS) ainsi qu’aux travailleurs des collectivités territoriales exerçant dans le domaine sanitaire.
Le mouvement considère que ce combat syndical concerne l’ensemble des agents du secteur et ne peut être « mené par procuration ». Il invite ainsi les travailleurs à une mobilisation « responsable, consciente et solidaire », loin, selon ses termes, « des discours démagogiques et des vendeurs d’illusions sans légitimité ».

